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Les noyés remontent-ils parfois à la surface? [PV Anthony]

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American Dreamer
avatarMilda Carter


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MessageSujet: Les noyés remontent-ils parfois à la surface? [PV Anthony] Sam 20 Juil - 19:46

Je pris une autre gorgée de gin en regardant la pluie tomber par la fenêtre du salon. Je devais avoir l’air d’une de ces vieilles dames folles qui se cachent entre leurs rideaux pour observer les passant d’un œil méfiant, l’un de leurs douze chats couché sur le bord de la fenêtre, à la différence que je n’étais pas encore vieille et que je ne possédais aucun animal. Pour ce qui était de la méfiance, malheureusement, j’en avais à revendre, car je savais de quoi le genre humain était capable. Je soupirai et m’éloignai de mon poste d’observation en laissant le rideau reprendre sa forme d’origine. Il y avait bien une heure que je faisais les cent pas dans tout mon appartement – lequel tenait en trois pièces en dehors de la salle de bain – en sirotant un peu d’alcool pour me détendre. Je ne savais pas trop à combien de verres j’en étais parce que je ne les comptais pas, mais je commençais à me sentir un peu étourdie. La nervosité, elle, ne me quittait toujours pas.

J’attendais l’arrivée d’un ami de longue date, un type que j’avais rencontré à l’époque où je vivais dans la rue. Il avait toujours été bon pour moi et il me respectait. Je restais tout de même toujours sur mes gardes avec lui, car je savais que même les hommes les plus doux connaissaient le désir sexuel et que, pour eux, je représentais un moyen de l’assouvir.  Néanmoins, sa présence seule ne me glaçait pas d’effroi comme le faisait celle de presque tout homme s’il se retrouvait seul avec moi. Je le connaissais et j’étais persuadée qu’il ne me voulait aucun mal. C’était d’ailleurs pourquoi j’avais accepté de lui rendre service, même si c’était un peu dangereux.

Larry devait passer une heure plus tôt environ pour chercher cette petite boîte que j’avais cachée dans mon armoire, derrière les quelques boîtes de conserve que j’avais pour passer la semaine. Comme il était en retard, je m’en faisais pour lui et imaginais les scénarios les plus sanglants pour expliquer pourquoi il n’était toujours pas arrivé. Contrairement à moi, mon ami n’avait pas vraiment quitté la rue. Il possédait, bien sûr, un petit appartement à quelques minutes de chez moi, mais il continuait à vivre dans la rue, au milieu de personnes vraiment plus sombres que ce que je percevais chez lui.

À première vue, Larry pouvait être un peu effrayant. À vingt ans, ayant grandi dans la rue, il avait ce regard intense et brûlant qui paralysait les gens sur place. Il était très grand – j’avais l’air d’un modèle réduit à côté de lui – et musclé. Il portait habituellement de vieux jeans troués, des t-shirts pas tellement en meilleur état et une veste de cuir qui devait avoir connu plusieurs générations. Il avait aussi une petite boucle d’oreille, qu’il portait à l’oreille droite, un diamant rond et brillant. De plus, et j’aurais préféré ne pas avoir à admettre que cela avait une incidence sur la perception des gens, Larry était noir. Dans une ville relativement blanche, citons New York, être noir n’était pas un avantage si on voulait passer pour l’un des gentils. Seulement, je savais aussi que mon ami ne tenait pas à être considéré comme un cœur tendre. Dans le milieu dans lequel il œuvrait, il était préférable de sembler avoir du marbre à la place du cœur.

J’en étais à remplir à nouveau mon verre lorsqu’on frappa à la porte. Je réalisai que ma nervosité était évidente, car je faillis bien renverser ma précieuse bouteille en sursautant. Je la déposai donc sur la table pour aller répondre et je ne pris pas la peine de vérifier qui frappait, persuadée que c’était de Larry dont il s’agissait.

Ce fût en voyant que mon visiteur n’était ni noir, ni grand, ni vêtu comme un criminel que je compris que j’aurais pu regarder avant d’ouvrir. Heureusement, l’arrivant ne me voulait certainement aucun mal mais, dans le quartier Grey, il était primordial, surtout pour une femme, d’éviter d’ouvrir sa porte sans prudence. Le visiteur entra et je ne le repoussai pas à l’extérieur, malgré mon envie qu’il parte, probablement à cause de l’état presque léthargique dans lequel l’alcool avait mis mon cerveau.


-Bonsoir Anthony…il ne me semble pas que tu m’aies prévenue de ta visite…?

Je refermai la porte et la verrouillai. Je cherchai comment mettre le jeune homme à la porte sans être trop discourtoise. Après tout, lui aussi était l’un de mes rares amis et, plus important encore, l’un des hommes qui ne m’effrayaient pas trop. Nous nous voyions de temps en temps depuis près de deux ans, et même un peu plus fréquemment depuis que j’avais fait semblant d’être sa conquête d’une soirée pour le bal de Noël de l'année dernière. Quand il ne posait pas trop de questions, il se montrait de très agréable compagnie. J’adorais comment il m’apprenait des choses et m’ouvrait à des sujets dont je n’aurais même pas soupçonné l’existence. Anthony était un passionné, voire même un obsédé, de l’information dans toutes ses formes et il savait me communiquer cette passion et me donner envie de chercher, comme sur toutes sortes de sujets. Toutefois, ce soir, j’avais simplement envie qu’il disparaisse et me laisser attendre Larry toute seule parce que nous n’avions certainement pas besoin qu’un curieux dans son genre vienne mettre son nez dans les affaires louches de Larry.

-Je t’avoue que j’attendais déjà quelqu’un…

Mon regard se posa sur la bouteille, ma bouée, et je sentis une vague me happer.

-Mais il n’est toujours pas arrivé…et…dis, tu n’as rien vu de bizarre sur la rue ou autour?

Je parlai sans quitter ma bouée des yeux.

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Dernière édition par Milda Carter le Mer 27 Aoû - 21:15, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les noyés remontent-ils parfois à la surface? [PV Anthony] Ven 7 Mar - 10:43

[Je suis une personne exécrable d'avoir mis tant de temps! Merci de ta compréhension et des arrangements qu'on a réussi à faire! Et voilà, c'est parti!  I love you  Wink     ]


J’avais déjà vu des tas d’horreurs dans ma carrière de journaliste, mais même le cadavre le plus décomposé qu’il m’ait été donné de rencontré était plus appétissant que ce qui s’était passé lors de l’exécution publique organisée par le maire quelques mois plus tôt. J’avais dressé mon topo de l’événement de la façon la plus objective possible, prenant sur moi et refoulant mes émotions afin que mon opinion réelle ne transparaisse pas. C’était bien là tout le défi des journalistes. Beaucoup croient que c’est facile et que c’est seulement d’expliquer ce qui se passe, mais le véritable métier de journaliste était de saisir toutes les nouvelles et de ne pas les teinter de nous-mêmes. Et très peu y arrivaient. Surtout dans les médias de masse. Les gens ne s’en rendaient pas nécessairement compte, parce qu’ils étaient trop habitués à cette façon de faire, mais moi je le voyais toujours. C’était souvent simplement dans le choix des mots fait par le journaliste. Certains mots, à la base, étaient teintés d’un certain sens, avaient déjà leur histoire et leur degré d’empathie ou de péjorativité. Par exemple, dire que la pauvre victime innocente avait été sauvagement blessée dans un crime cruel et haineux, faisait en sorte que, sans aucunes explications sur les circonstances réelles de l’incident, sur qui étaient ces deux personnes, sur le lien qu’elles avaient peut-être ensemble, tout le monde pensait immédiatement  que la victime était effectivement bien à plaindre et que son agresseur devait être pendu haut et court. Et c’était point final.

Mais bref, je n’étais pas dans le quartier Grey pour philosopher sur comment bien rédiger des articles et exposer les nouvelles… J’y étais pour rendre visite à mon amie, Milda Carter. Je pensais souvent à elle. J’aimais sa compagnie, nos discussions, nos ballades, notre chimie et notre compréhension de l’un et de l’autre sans nécessairement avoir à parler. Il y avait maintenant un peu plus d’un an qu’on se côtoyait régulièrement et je l’avais en très haute estime. Je savais que je pouvais compter sur elle en cas de besoin et c’était totalement réciproque. J’aimais aussi beaucoup sa vulnérabilité, son aura de mystère. Milda était forte, solide, articulée, franche et secrète à la fois. Elle nous disait les choses telles qu’elles étaient, mais semblaient également avoir mille et uns squelettes dans son placard. Milda avait de grands airs et de grands chevaux qui en impressionnaient plusieurs, mais je sentais qu’elle était aussi petite et fragile qu’un papillon, à l’intérieur d’elle. D’ailleurs, j’étais venu lui parler d’un sujet un peu sensible.

J’avais décidé de marcher jusqu’à l’appartement de mon amie ce jour-là. Et j’avais décidé de ne pas regarder les prévisions météo avant de partir, comme à mon habitude. Ainsi, alors que j’entrais dans le quartier mal fâmé de la ville, il commença à tomber quelques gouttes de pluie, puis c’était comme si le lac Titicaca se déversait directement sur New York. À cette distance de chez Milda, il ne valait plus la peine de prendre un taxi ni de courir. J’allais être trempé de toute façon. J’accélérai tout de même le pas, plus par malaise d’être dans Grey et de ne pas savoir qui est dangereux et qui ne l’est pas. J’arrivai finalement chez Milda et entendu des bruits de bagarre dans la ruelle de l’autre côté de la rue. En temps normal, je serais surement allé voir ce qui se passait, dans l’espoir d’aider, ou alors j’aurais appelé les policiers. Cependant, comme c’était Grey, je ne voulais pas me tremper le nez dans des histoires sordides ou dangereuses qui ne me concernaient aucunement. De plus, je savais que les policiers n’en feraient pas une priorité, la bagarre serait donc surement terminée à leur arrivée. Je n’en fis pas plus de cas et continuai mon itinéraire. J’entrai donc dans l’immeuble à logement décrépi et je cognai à la porte de celui qui abritait Milda. Quand elle ouvrit la porte, elle eut l’air un peu surpris de me voir là. Elle était belle, toute en simplicité et en naturel. Ses cheveux flamboyants rendaient son teint encore plus de porcelaine. Elle avait l’air d’une poupée de collection, à manipuler avec soin. Je lui souris, mais ne m’embarrassai pas de formules de politesses excessive et n’attendit pas son autorisation pour entrer. J’étais déjà venu à quelques reprises et j’étais trempé jusqu’aux os, j’avais besoin de me réchauffer. J’entrai donc dans l’appartement, retirai mon veston de cuir et me dirigeai directement vers la source de chauffage qui fonctionnait.


« -Bonsoir Anthony…il ne me semble pas que tu m’aies prévenue de ta visite…?
-Non, tu as raison. J’ai eu soudainement envie de te voir et de te parler… Désolé, j’aurais dû appeler!
-Je t’avoue que j’attendais déjà quelqu’un…
-Ah oui, qui donc? Je le connais? »


Mais quel imbécile je faisais! Ce n’était sûrement pas mes affaires! De plus, il était clair qu’elle avait le droit à son intimité! Surtout dans son propre appartement! Était-ce donc ce quelqu’un qui expliquait ce pour quoi j’étais venu chercher des réponses, justement? Ah et pour qui je me prenais, moi, à débarquer ici, comme un roi et comme si elle me devait quoi que ce soit… Je me sentis soudain bien ridicule et mal-à-l’aise. Je fis quelques pas en sens inverse, prêt à repartir chez moi.

« -Mais il n’est toujours pas arrivé…et…dis, tu n’as rien vu de bizarre sur la rue ou autour? »

Elle regardait sa bouteille d’alcool comme si elle lui parlait à elle, plutôt qu’à moi. Maintenant que j’y prenais attention, elle avait un verre à la main et les yeux différents de d’habitude.

« -Il y avait ce qui me semblait être des bruits de bagarre dans la rue tout à l’heure, mais est-ce vraiment bizarre de nos jours? »

J’essayais de faire de l’humour, mais je n’étais pas très doué dans ce domaine. J’avais peur que Milda ne comprenne pas la subtilité de ma remarque et je regrettai aussitôt de l’avoir dit.

« -Écoutes Milda, j’étais venu pour te parler d’un sujet en particulier… Et c’est plutôt délicat… »

Sans trop savoir pourquoi, j’avais perdu toute ma confiance, mes idées et mes arguments...

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MessageSujet: Re: Les noyés remontent-ils parfois à la surface? [PV Anthony] Mer 27 Aoû - 21:12

J'avais gardé très peu de contacts avec les gens que j'avais connus dans la rue. La plupart d'entre eux étaient morts, ce qui me facilitait la tâche... On ne survivait pas longtemps sans toit sur la tête et sans revenu régulier. On crevait de faim et de soif ou, plus souvent, on se faisait tuer. Les sans-abris morts attiraient d'ailleurs beaucoup plus d'attention que les vivants. Les gens préféraient se désoler sur le sort de cadavres bien froids que prendre conscience que des gens souffraient pendant qu'eux peinaient à transporter leurs sacs d'achats tous à la fois.

Larry était le seul que je voyais encore régulièrement. J'avais coupé les ponts avec presque tous les autres quand j'avais décidé de m'en sortir. Je ne voulais pas les voir arriver un soir pour me quêter de l'argent que je ne pouvais leur offrir parce que je devais payer cet appartement et ces études qu'eux n'avaient pas les moyens d'obtenir. Heureusement, une fois bien propre, avec des vêtements en bon état et mes cheveux de feu, j'étais presque méconnaissable de la jeune fille maigre aux cheveuc blond sale qui portait toujours le même énorme chandail usé et bruni qui cachait ses formes. J'avais même croisé quelques-uns de mes anciens amis dans la rue et ceux-ci ne m'avaient accordé que ce regard las qu'ils offraient gratuitement à tous les passants plus fortumés qu'eux. Je ne savais pas s'ils m'avaient oubliée ou si j'étais vraiment une nouvelle personne maintenant.

Je n'avais pas assisté à l'exécution publique organisé par l'ancien maire de New York, en janvier dernier. Je n'aimais pas les foules, pour commencer, et rien dans le type d'événement ne m'avait attirée. J'avais pu en savoir tous les détails par la suite, parce que tous les médias n'avaient parlé que de cela pendant des semaines. Puis, le maire était mort et c'était de cette nouvelle que les vautours s'étaient régalés. Je ne considérais pas Anthony comme faisant partie de la catégorie des charognards. Il était simplement épris de vérité, ce qui n'était pas le cas de la moyenne des journalistes, voire même de la moyenne des gens. Il était indéniable que l'Américain moyen se nourrissait du malheur des autres. Moi-même, en tant qu'Américaine à temps plein maintenant, je me réjouissais lorsque je savais qu'un détenu particulièrement odieux s'était fait tabasser par d'autres prisonniers. Je n'étais pas mieux que les autres.


-Non, tu as raison. J’ai eu soudainement envie de te voir et de te parler… Désolé, j’aurais dû appeler!

Le naturel d'Anthony me paralysait toujours un peu. Tout semblait si facile pour lui. Tout, sauf les histoires avec les filles. D'ailleurs, il ne m'avait toujours pas reparlé de cette petite fête où nous nous étions rencontrés par hasard en janvier. Il fallait avouer que, depuis, les événements politiques avaient passionné mon ami journaliste au point que je m'étais presque inquiétée qu'il en oublie de manger. Je savais aussi que l'un de ses collègues était mort lors de cette excution dégoûtante et que cela avait dû l'ébranler beaucoup plus qu'il ne le laissait voir. Il était donc normal qu'il ne m'en ait toujours pas plus dit sur la fille blonde qui l'accompagnait à la fête. Il était vrai que je ne l'avais moi-même pas questionné à ce sujet, même alors qu'il y avait maintenant des mois que cette soirée s'était déroulée. Fréquentait-il cette fille, au final?...Cela ne me regardait pas vraiment.

-Ah oui, qui donc? Je le connais?

-Non.

J'avais été un peu brusque, mais la panique au sujet du retard de Larry menaçait de me rendre folle. Je détestais mon ami de ne toujours faire irruption dans ma vie que pour m'inquiéter avec ses histoires dangereuses. Il agissait toujours ainsi: il venait me voir, alors qu'il était au bord du gouffre, et il disparaissait pendant des semaines, voire des mois, ne daignant que me laisser un mot griffonné sur un papier publicitaire dan ma boîte à lettre, de temps en temps.


-Il y avait ce qui me semblait être des bruits de bagarre dans la rue tout à l’heure, mais est-ce vraiment bizarre de nos jours?

Une bagarre, c'était bien le genre de Larry!

-Bliamba...

J'avais laissé échapper un mot en lituanien. C'était bien intelligent de ma part, surtout quand il s'agissait de l'équivalent du mort «merde»... Je paniquais.


-Écoutes Milda, j’étais venu pour te parler d’un sujet en particulier… Et c’est plutôt délicat…

-Je suis désolée, Anthony, mais...Larry.

Je fonçai vers la porte et, sans enfiler ni manteau pour me protéger de la pluie fraiche de cette soirée de la fin du mois de juillet ni souliers, je dévalai les escaliers jusqu'au trottoir, où je m'arrêtai et prêtai l'oreille pour essayer de localiser la bagarre dont mon ami venait de me parler. Il me fallut moins de deux minutes pour grelotter, mais je ne bougeai pas de la rue avant d'être convaincue que, si bataille il y avait, elle se trouvait trop loin pour que je la localise, ce qui ne me prit pas plus qu'une minute supplémentaire. La fraicheur de la pluie m'avait aidée à mettre un peu d'ordre dans mes idées: même si j'avais trouvé Larry en fâcheuse posture, je n'avais aucun atout de mon côté pour lui venir en aide. Il ne me restait qu'à attendre.

Je rentrai, partagée entre mon inquiétude et un peu de honte quant à comment l'angoisse me faisait me comporter devant Anthony.


-Je suis désolée...je suis seulement très inquiète parce qu'il devait arriver il y a un bon moment déjà... Ça me fait plaisir que tu sois avec moi.

Je sentis un minuscule sourire sur mon visage. Une goutte plus large que les autres me chatouilla la joue et je remarquai que j'étais complètement détrempée à cause de mon escapade sur le trottoir. Ma camisole et mes jeans étaient collés à mon corps d'une manière très inconfortable et mes cheveux étaient aussi mouillés qu'à la sortie de la douche. Je me dirigeai donc vers ma chambre.

-Je me change et je t'apporte quelques trucs que je peux trouver.

J'avais bien remarqué qu'Anthony était mouillé, lui aussi. Après avoir changé mon ensemble pour quelque chose de très similaire, je trouvai un pantalon bleu marine que j'avais acheté pour dormir et qui devait être assez grand pour contenir un Anthony et demi.  Je le lui apportai avec une vieille couverture. (Presque tout ce que je possédais était vieux.)

-Je suis désolée de m'être comportée aussi étrangement...tu dois me prendre pour une folle...

J'étais réellement heureuse, finalement, qu'Anthony soit chez moi.  Il pourrait m'aider à me changer les idées jusqu'à ce que j'aie des nouvelles de Larry. Si ça se trouvait, mon ami de la rue avait simplement décidé de passer chez moi un autre soir.

Je tendis la main vers ma bouteille sur le comptoir, mais je suspendis mon geste: j'avais de la visite. J'actionnai donc ma cafetière d'occasion. Mon ami journaliste aurait droit à du bon café en solde.


-Tu disais que tu étais venu pour me parler de quelque chose, je crois...?

Je m'assurai que la cafetière était bien en route avant d'aller me recroqueviller sur mon minuscule sofa à deux places.


[J'ai pris quelques libertés qui, je l'espère, te conviendront. Ensemble, nous sauverons ce vieux sujet! ^^ ]

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MessageSujet: Re: Les noyés remontent-ils parfois à la surface? [PV Anthony] Lun 12 Jan - 23:15

[Je suis désolé, mais je sais que me pardonneras bien un jour... I love you ]

Depuis l'exécution et, surtout, depuis la mort du maire Laufey, beaucoup de choses avaient changées dans la ville de New York. Si la peur, la haine et la vengeance avaient pris le dessus dans les rues suite à l'exécution, c'était la confusion, la panique et l'horreur qui régnaient dans la ville suite à l'annonce du décès du maire. Les élections étaient venues calmer les choses, les discussions avaient repris un ton paisible et les débats étaient redevenus cohérents. Les citoyens ayant envie plus que jamais de se concentrer sur autre chose que leur quotidien et les horreurs des derniers mois. Les candidats avaient faits plusieurs sorties publiques, voulant être le plus près possible de leurs électeurs pour créer un lien de confiance solide, conscients de ce que la population avait besoin après ce temps de crise. Les taux de participation avaient été impressionnants, on avait créé un nouveau record, d'ailleurs, et Elisa Wilde avait été élue reine mairesse de New York. Les gens avaient vu en elle la sauveuse de leur société, la réponse à leurs prières, l'espoir d'une vie meilleure, une vie qui serait plus juste et équitable sous le ciel des Wilde. J'avais également voté pour Elisa et j'espérais qu'elle ne me décevrait pas.

Dans les derniers mois, j'avais été plutôt occupé donc, entre couvrir les élections, trouver un remplaçant à Kyle, mon entrainement et les entrevues que j'avais déjà prévues avant l'exécution, je commençais à être à bout de souffle. Et j'avais perdu le contrôle sur ma perception du temps. Tout était mélangé, comme quand quelqu'un faisait le ménage de votre appartement et changeait des choses de place sans vous en parler. Je savais ce que je cherchais et ce que je devais faire, mais je ne m'y retrouvais plus aussi bien. Parce que le fait de perdre mon collègue et ami dans une vendetta organisé par un homme trop plein d'arrogance et dont le pouvoir lui avait monte à la tête n'était pas suffisant comme épreuve, javais dû faire partie de l'équipe de sélection du remplaçant de Kyle Harrisson. Je ne m'étais donc pas vraiment permis de vivre mon deuil, le travail ayant pris toute la place, mettant ainsi le décès de mon ami dans un coin obscur de ma conscience, bien cachée derrière une caisse de déni. J'étais conscient d'avoir mis longtemps avant de venir voir Milda et je me sentais un peu mal de la confronter sur des événements qui s'étaient produits il y avait si longtemps, mais, en même temps, je devais en avoir le cœur net, je ne serais pas moi-même en sa présence si d'aussi gros fantômes me hantaient et se tenaient entre nous deux. Je devais le faire à tout prix.


« -Bliamba... »

Je ne levai qu'un seul sourcil. C'était clairement un mot étranger, peut-être venait-elle d'un autre pays? Je ne m'étais jamais questionné plus longuement sur le sujet. Elle m'avait dit être américaine et je l'avais cru. Je m’étais dit à l'époque que son léger accent était particulier, mais sans plus... Et si elle venait d'ailleurs? En même temps, elle avait le droit de connaître d'autres langues sans que cane veuilles dire rien de plus. Je devrais me pencher sur le sujet...

« -Je suis désolée Anthony, mais... Larry. »

Je n'eut pas le temps de bouger que Milda était déjà sortie de son appartement. Je me précipitai vers la fenêtre et tenta de la garder a l'œil de mon poste d'observation. Je fus soulagé de la voir rentrer rapidement. Le coin n'était pas sécurisé et la pluie était glaciale. Je ne voulais pas qu'il arrive quelque chose à mon amie.

« -Je suis désolée... je suis seulement très inquiète parce qu'il devait arriver il y a un moment déjà... Ça me fait plaisir que tu sois avec moi. »

Ce sourire, aussi minuscule fut-il, était le plus beau et le plus réconfortant de tous. Soudain, je n'avais plus froid, j'étais rempli d'une chaleur ridicule et incontrôlable.

« -Je me change et je t'apporte quelques trucs que je peux trouver.
-Ne t'en fais pas pour moi... »


Mais elle était déjà partie à sa chambre. Je savais que je ne resterais pas longtemps, je ne voulais pas m'imposer alors qu'elle avait des plans avec un autre... Je profitai tout de même de son absence pour retirer mon t-shirt mouillé qui me collait au corps et j'allai le tordre au dessus de l'évier de la cuisine puis je l'étendit à plat sur le comptoir pour qu'il sèche plus vite, le temps que je serais là. Quand Milda revint avec le pantalon marine et la couverture, j'essayai de cacher le haut de mon corps avec mes bras, en les croisant sur ma poitrine.

« -Je suis désolée de m'être comportée aussi étrangement... tu dois me prendre pour une folle...
-Non, non! Tu es inquiète pour ton ami et tout ça te tient à cœur, c'est normal... »


Je lui fis un sourire doux et rassurant. Vu le quartier, moi aussi je serais inquiet, mais en me e temps c'était un homme, son Larry, il devait donc avoir quelque notions d'auto-défense, non? Ne sachant pas lui dire de plus, je pris le pantalon et me dirigeai vers l'arrière du sofa. Je profitai de la hauteur du dossier pour retirer mes pantalons et mon caleçon avant d'enfiler le pyjama de Milda. Je fis une boule avec mes sous-vêtements que je mis dans ma poche arrière puis j'amenai mes jeans sur le comptoir et les étendit à côté de mon chandail.

« -Tu disais que tu étais venu me parler de quelque chose, je crois...?
-Euh... oui, tout à fait! »


Je pris la couverture qu'elle avait apporté et l'enroulai autour de mes épaules, puis j'allai m'asseoir à ses côtés.

« -Je... c'est juste que je me demandais ce que mes amis avaient fait pour te déplaire. Ils m'ont tous dit que tu ne les avais pas rappelés, suite à vos rendez-vous, que tu avais dit avoir que ça ne marcherait pas et que tu ne répondais plus à leurs messages... Donc euh... je voulais savoir ce qui te déplaisais chez eux. Était-ce leur humour, leur look, leur emploi, leur sexe...? »

Je voulais en savoir le plus possible et je ne devais surtout pas penser à la proximité de nos corps ni au fait que sa camisole était vraiment ajustée et qu'elle était peut-être un peu transparente... J'étais venu pour comprendre mon amie, pas pour profiter d'elle!

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MessageSujet: Re: Les noyés remontent-ils parfois à la surface? [PV Anthony] Mar 13 Jan - 17:53

J'inspectais toujours chaque publicité laissée chez moi. Page après page, je vérifiais que rien n'avait été ajouté à la main, puisqu'il s'agissait du moyen de communication favori de Larry. Je ne trouvais que rarement ce que je cherchais et, à chaque fois, il ne s'agissait que de maigres phrases qui me laissaient avide de détails. «Je vais bien. L.» était ce que j'avais l'habitude de lire. C'était peu et, à la fois, c'était suffisant pour m'enlever un poids de l'estomac. Je savais que Larry ne me mentait pas et lire ce genre de message me rassurait.

J'étais heureuse que la personne dirigeant la ville soit une femme. Je ne faisais pas confiance aux hommes pour des raisons que j'essayais d'oublier. Le fait que la population ait choisi une femme pour la représenter me faisait encore plus aimer New York. Il me semblait que cela signifiait un peu l'acceptation de la femme comme autre chose qu'une servante de l'homme. Je savais que la majorité ne signifiait pas la totalité, et qu'il existait encore beaucoup de gens en cette ville dont le vote était allé à l'un ou l'autre des opposants d'Elisa Wilde, mais une femme avait remporté les élections, au final, et c'était ce qui comptait. D'ailleurs, j'avais un peu suivi la campagne et ni l'un ni l'autre des deux hommes voulant être maire ne m'avait paru spécialement valeureux. Jeunes, beaux, ambitieux et beaux parleurs, ils étaient le clône l'un de l'autre. Si je mettais ma peur de l'autre sexe de côté, ils ne gagnaient pas plus ma confiance alors que Wilde avait avancé des idées qui me rejoignaient en tant que citoyenne ayant choisi les États-Unis comme patrie. Comme tous les autres habitants de New York, je souhaitais un avenir meilleur...et il était indéniable que Wilde était beaucoup plus en mesure d'offrir ce futur doré à la ville que l'avait été Laufey.

En dehors de mes devoirs de citoyenne, je ne m'intéressais que peu à la politique ou à l'actualité. J'avais trop à faire avec mes études et mon boulot pour mettre du temps à démêler le vrai du faux dans ce qui était publié dans les médias. Néanmoins, je m'efforçais de lire les articles d'Anthony, car je savais que je pouvais m'y fier. Il n'était pas du genre à vérifier si tous ses amis se montraient des fans inconditionnels de sa passion, mais j'aimais savoir de quoi il me parlait quand il revenait sur un sujet qu'il avait exploré en profondeur dans l'un de ses textes.

Heureusement, lors de mon éclat de panique, Anthony était resté à l'intérieur. Il m'était difficile de contenir mon inquiétude concernant Larry et sa présence au milieu de mon désarroi m'aurait certainement été insupportable, car j'aurais dû interagir avec lui, ce qui m'aurait empêchée de reprendre complètement mes esprits comme je l'avais fait sous la pluie.

Lorsque je revins avec des vêtements secs pour mon ami, je fus un peu surprise de le retrouver à moitié nu, ce qui me figea sur place quelques secondes, le temps que je me dise qu'il était normal qu'on retire un haut mouillé pour un mettre un sec ensuite. Je m'approchai donc en tendant mon butin devant moi, forçant un sourire qui ne me venait pas vraiment. Anthony était plus musclé qu'il ne m'avait semblé jusqu'à présent. Je m'en rendais compte maintenant que j'avais involontairement une vue presque complète sur le haut de son corps. J'avais l'habitude de craindre de manière presque égale tous les hommes, qu'ils soient plus ou moins grands ou musclés, mais je me sentais encore plus mal en compagnie d'hommes de plus de quarante ans, car ceux-ci représentaient la catégorie d'hommes qui avaient volé mon innocence. J'étais incapable de rester en compagnie de ceux-ci plus de quelques minutes, surtout si j'étais seule. Je paniquais moins avec les hommes plus jeunes. Je ne me souvenais d'aucun moins de trente ans étant venu profiter de mon corps en échange de quelques dollars qui ne me revenaient jamais. Je me tournai dos à Anthony en soulignant mentalement combien il était étrange que sa nudité partielle ne me pétrifie pas d'horreur, si on considérait que les seuls hommes dont j'avais vu autant de peau m'avaient utilisée et blessée.


-Non, non! Tu es inquiète pour ton ami et tout ça te tient à cœur, c'est normal...

Je me pelotonnai encore plus creux dans le coin du sofa lorsque mon ami me rejoint. Je fis bien attention à ce qu'aucune partie de mon corps ne soit en contact avec le sien. Ainsi, je me garantissais un peu de contenance.

-Je... c'est juste que je me demandais ce que mes amis avaient fait pour te déplaire. Ils m'ont tous dit que tu ne les avais pas rappelés, suite à vos rendez-vous, que tu avais dit avoir que ça ne marcherait pas et que tu ne répondais plus à leurs messages... Donc euh... je voulais savoir ce qui te déplaisais chez eux. Était-ce leur humour, leur look, leur emploi, leur sexe...?

Je fixai le bras du sofa et m'affairai doucement à en tirer les fils qui dépassaient. Je ne savais pas quoi répondre à Anthony. Avec les mois, j'avais appris à le connaître suffisamment pour cesser de le craindre aussi voracement que les autres hommes. Je ne le considérais toujours pas complètement sans danger, mais il comptait pour moi. Il était mon seul vrai ami, avec Larry. Je n'avais pas envie de lui mentir, mais j'étais convaincue que je le perdrais si je lui racontais toute la vérité. Pour un Américain normal, ma vie était une histoire qu'on pouvait retrouver sur Internet, une horreur qui n'arrivait qu'à des étrangères. Je ne voulais pas être une étrangère pour Anthony, mais je ne serais pas non plus une énième personne dans sa vie à essayer de lui faire avaler n'importe quoi. Je savais que la vérité était une notion très importante pour lui. Je choisis donc de la lui livrer, en partie, de la seule manière que je connaissais: directement, durement et froidement.

-Je considère tous les hommes comme des violeurs potentiels... Je suis allée à ces rendez-vous pour te faire plaisir, mais je me suis dépêchée à repartir en sécurité le plus vite possible, à chaque fois. Tu es l'un des rares hommes avec qui j'accepte d'être seule sans avoir en tête toutes les armes possibles dans la pièce. Je ne pense pas être le genre de fille que tes amis recherchent...

Je quittai le bras du sofa du regard et me levai pour aller chercher deux tasses de café bien chaud. Je me souvenais bien de comment Anthony prenait le sien, mais je ne pus pas préparer le mien selon mes habitudes: j'étais gênée à l'idée que mon ami me voit y mettre de l'alcool.

Je donnai sa tasse à Anthony et reprit place sur le sofa dans une position presque identique à celle que j'avais deux minutes plus tôt, à la différence que je tenais maintenant ma propre tasse de la main qui ne détruisait pas mon vieux meuble.

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MessageSujet: Re: Les noyés remontent-ils parfois à la surface? [PV Anthony] Mer 1 Avr - 0:50

En tant que journaliste, je devais être au courant de presque tout ce qui se passait dans l'actualité. Bien que je couvrais habituellement plus en sujets brûlants, comme les accidents de voitures, et en politique, je m'intéressais quand même aux autres domaines, comme la culture, l'éducation, l'économie, les droits des humains en général, etc. Je voulais toucher à tout, pour être capable d'avoir une opinion réfléchie et sensible sur chaque sujet. J'aimais pouvoir participer à des débats, enclencher des réflexions et faire changer de camp certaines personnes qui en savaient trop peu sur le sujet. Je voulais faire bouger les choses, gratter les plaies encore à vif, sortir au grand air les tapis mouillés et maintenir les yeux ouverts à tous ces aristocrates qui prenaient trop de somnifères offerts par les autres médias. Je voulais être un citoyen intelligent et actif.

Mes recherches, mes entrevues et mes réunions prenaient beaucoup de mon temps, mais cela m'allait. Les sacrifices étaient nécessaires dans toutes les carrières. On ne pouvait pas tout avoir, il y avait forcément quelque chose ou quelqu'un qu'on délaissait au profit de son travail. Pour ma part, les heures supplémentaires et l'horaire qui changeait tout le temps m'allait très bien. J'adorais l'action et les rebondissements. De plus, cela ne me posait pas de problèmes puisque je n'avais pas beaucoup d'amis et ma famille était majoritairement absente. Les rares personnes dans ma vie comprenaient que le journalisme coulait dans mes veines et elles comprenaient l'importance de mon travail dans ma vie. De toute façon, je me verrais bien mal me plaindre puisque je savais parfaitement dans quoi je m'embarquais quand j'avais commencé mes études dans cette voie.

J'avais soif de vérité et de connaissances depuis que j'étais tout petit. Je me devais de tout savoir, tout comprendre et tout questionner. Heureusement, donc, j'aimais mon travail. J'adorais fouiller les archives, les bibliothèques et sur Internet. J'aimais fouiller le passé. Il me semblait qu'il y avait toujours quelque chose à découvrir, à analyser. Chercher le passé me faisait comprendre le présent. En ce moment, je me rendais compte que je savais pratiquement tout sur les sujets brûlants de l'actualité, et ce, sur ce qui se passait partout sur le globe, même à des kilomètres de New York, mais je ne savais même pas l'histoire complète de Milda, qui elle était assise à quelques centimètres de moi. Ironie, quand tu nous tiens...


« -Je considère tous les hommes comme des violeurs potentiels... Je suis allée à ces rendez-vous pour te faire plaisir, mais je me suis dépêchée à repartir en sécurité le plus vite possible, à chaque fois. Tu es l'un des rares hommes avec qui j'accepte d'être seule sans avoir en tête toutes les armes possibles dans la pièce. Je ne pense pas être le genre de fille que tes amis recherchent... »

J'avais envie de la toucher et de la prendre dans mes bras, pour la réconforter, mais cela ferait beaucoup trop cliché. De toute façon, Milda se leva pour aller nous chercher nos cafés. Sa fragilité et son angoisse me touchaient en plein cœur et j'aurais aimé pouvoir l'aider.

« -Je suis convaincu qu'il existe un homme bien pour toi... euhm... quelque part... »

Je ne comprenais pas pourquoi j'avais dis cela. Surtout maintenant, après ces confidences... Je me raclai la gorge nerveusement, puis je pris une très longue gorgée de mon breuvage.

« -Merci pour le café. »

Je pris une autre gorgée comme pour me redonner contenance. J'avais mille et une question en tête, mais la plupart ne se posaient pas vraiment ou du moins pas comme elles me venaient à l'esprit en premier lieu. Aussi, j'avais tellement de choses qui me brûlait la langue que je devais prendre le temps de les mettre en ordre, de peur de cracher du feu et de faire sauter la bombe à côté de moi. Heureusement, à cause de mon entrainement de journaliste d'enquête et de terrain, mon cerveau était habitué de fonctionner rapidement et avec un certain tact. Après deux gorgées longues et lourdes de silence, je me lançai:

« -Bien sûr ton attitude est prudente et réfléchie, surtout par les temps qui courent. Je suis également content et flatté que tu me fasses confiance et que tu n'aie plus peur de moi. »

Je souris, d'un sourire sincère et attendri. Puis, je pris une grande respiration et tentai un regard vers elle. De profil, je voyais mal son expression et ses yeux, mais elle semblait captivée par sa tasse.

« -Je me permet de te demander ce qui te rend si craintive en général avec les hommes et ce que moi j'ai de différent, mais en même temps, si tu ne veux pas m'en parler pour le moment, ça va aussi, tu n'es pas obligée... »

Je déposai très légèrement seulement le bout de mes doigts sur son genou relevé, quelques secondes à peine. Je voulais lui montrer un peu de réconfort, mais je ne voulais pas la rendre plus mal à l'aise ou qu'elle se sente alors forcée de me parler. Ce serait une sorte de viol et je ne pourrais le supporter...

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MessageSujet: Re: Les noyés remontent-ils parfois à la surface? [PV Anthony] Mar 28 Avr - 21:30

J'avais lu sur la vie de femmes étant passées par des épreuves similaires aux miennes. Je n'étais pas la première à être forcée à utiliser son corps de manière déshumanisante. La bibliothèque de l'université et les articles trouvés en ligne m'avaient permis de connaître les histoires d'autres femmes dont on avait abusé. Je n'avais jamais emporté chez moi un livre sur ce sujet; je les avais tous consultés sur place. Je me voyais mal feindre un air neutre en allant enregistrer mon emprunt au comptoir de la bibliothèque.

Des statistiques sur le viol aux États-Unis jusqu'aux condamnations pour traite de personnes, en passant par les témoignages des victimes, j'avais découvert une quanité effroyable de récits plus horribles les uns que les autres. Des femmes, mais aussi des hommes, affirmaient avoir été forcés au sexe alors qu'ils étaient beaucoup plus jeune que je l'étais moi-même à mon arrivée aux États-Unis. Certains étaient vendus ou loués au prix fort pour que des hommes satisfassent leurs perversions, mais d'autres étaient maltraités par leur propre famille. Plusieurs de ces témoignages m'avaient ramenée à Greta. Encore aujourd'hui, je ne savais pas où elle se trouvait ou même si elle était encore en vie.

Je n'avais pas la naïveté de me convaincre que Greta avait réussi à fuir, comme moi, et à se bâtir un semblant de vie. La plupart des filles que j'avais côtoyées m'avaient semblées bien plus amochées psychologiquement que moi. À l'époque, il n'était pas rare que je me réveille dans une marre de sang qui n'était pas le mien alors qu'une fille était parvenue à mettre la main sur un instrument coupant pour se taillader les veines. D'autres dépérissaient sous les yeux de tous, rongées par les drogues et par les maladies transmises par les clients. Même la plus forte des volontés ne faisait pas reculer une infection mortelle.

J'essayais de ne m'arrêter sur aucun des scénarios possibles concernant Greta. Je ne voulais pas imaginer sa mort ou, pire, songer à la possibilité qu'elle soit encore prisonnière et esclave. Je ne pouvais pas non plus me forcer à avaler un espoir aussi improbable que celui de sa liberté. Alors, je m'efforçais à faire l'Américaine: je me concentrais sur moi, et uniquement moi. Mes études, mon argent, mon appartement, mon avenir... et Larry. Parce qu'il faisait un peu partie de moi. Je commençais aussi à réaliser qu'Anthony avait une place suffisamment importante pour que j'ose échapper quelques-unes de mes pensées les plus secrètes et laides. Comment était-ce possible que deux hommes aient une telle valeur pour moi alors que, jusqu'à présent, je n'étais arrivée à me faire aucune amie de sexe féminin?

Il me semblait que tout le monde était mon ennemi jusqu'à preuve du contraire. C'était la seule explication que je voyais à ce jour.

Je n'étais pas plus attirée par les femmes que les hommes. J'avais lu que plusieurs victimes de viol s'étaient tournées vers des personnes de même sexe et avaient trouvé le bonheur. Je n'avais pas envie de coucher avec une femme, ni même de simplement l'embrasser. Je me souvenais que, petite, je rêvais d'un beau chevalier. Des hommes aux mains brûlantes avaient écrasé mon chevalier et, maintenant, je ne savais plus quoi faire, recroquevillée au fond de ma propre armure. Je voulais mener ma vie comme une Américaine normale et je me forçais à avancer, mais je trouvais tout de même difficile cette certitude que personne ne serait à mes côtés dans les moments difficiles comme l'étaient les amoureux de mes collègues de classe. Néanmoins, je préférais cette solitude au frisson continuel qui me traversait quand mon corps entrait en contact avec celui d'un homme.


-Je suis convaincu qu'il existe un homme bien pour toi... euhm... quelque part...

J'eus un minuscule sourire. Il dura environ trois secondes. Anthony était mignon de toujours souhaiter le meilleur pour les autres. Il me paraissait être une bonne personne et je voulais, moi aussi, qu'il connaisse le bonheur avec une personne pour lui.

-Tu es gentil...

Je faillis lui dire que, de toute façon, je ne cherchais pas l'amour. Ma vie n'était pas un roman où chaque détail devait trouver son dénouement. Il me semblait que mener une existence normale était une victoire suffisante à laquelle aspirer. Néanmoins, je ne voulais pas minimiser ses voeux de bonheur.


-Merci pour le café.

Je posai mon autre main sur ma tasse de café. Il fallait que je cesse de détruire mon mobilier. Je n'avais pas d'argent pour m'en payer du neuf.

-Bien sûr ton attitude est prudente et réfléchie, surtout par les temps qui courent. Je suis également content et flatté que tu me fasses confiance et que tu n'aie plus peur de moi.

-Qu'est-ce qui te fait croire que je n'ai pas peur de toi?

Je regrettai aussitôt mes paroles. Je les adoucis le plus vite possible d'un sourire que je forçai, pour donner l'impression d'une blague. J'en faisais si peu que je voyais mal comment Anthony pourrait tomber dans le panneau.


-Je me permet de te demander ce qui te rend si craintive en général avec les hommes et ce que moi j'ai de différent, mais en même temps, si tu ne veux pas m'en parler pour le moment, ça va aussi, tu n'es pas obligée...

Je tournai la tête vers lui quelques secondes avant de ramener mon visage et mon regard droit devant moi. Je pris une gorgée de café. Je n'avais jamais confié ce que j'avais vécu. Plusieurs témoignages que j'avais lus soulignaient l'importance de partager en mots ces moments affreux pour réussir à avancer. Je trouvais que j'avais tout de même bien cheminé, emmurée dans mon silence, mais je ne niais pas que, peut-être, parler m'apporterait quelque chose. Je ne savais pas quoi exactement, mais ces personnes publiant des livres pour que les gens comme moi puissent les consulter semblaient y trouver une sorte de guérison.

-Je n'ai jamais eu de relation sexuelle pour laquelle j'aurais donné mon consentement... J'avais douze ans la première fois que j'ai été violée. C'est arrivé par la suite trop de fois pour que j'aie envie de les compter.

J'avais beau énumérer les faits froidement et simplement, en reprenant des termes que j'avais lus, ma poitrine se serrait malgré moi. Il me semblait que l'air était plus lourd et que je risquais de me liquéfier et de me fondre dans mon vieux sofa. Je fermai les yeux en priant silencieusement pour que mon café se change en whisky.

-Et je n'ai plus envie de donner de détails.

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MessageSujet: Re: Les noyés remontent-ils parfois à la surface? [PV Anthony] Dim 4 Déc - 9:51

« -Tu es gentil... »

Je ne me trouvais pas particulièrement gentil, puisque j'avais seulement dit ce que je pensais. Je trouvais vraiment que Milda valait la peine de s'y intéresser. Je la trouvais brillante et pertinente. Elle avait peu d'humour, à première vue, mais on pouvait tout de même bien rigoler avec elle. Son humour était sarcastique, donc ce n'était pas pour tout le monde, mais moi elle m'amusait. Elle avait des opinions intéressants et pouvait débattre sur différents sujets, même si elle était bornée sur certaines choses. J'aimais passer du temps avec elle parce qu'elle était simple, une fois sa carapace percée. Alors, elle finirait bien par se trouver quelqu'un qui lui plaise assez pour qu'elle devienne proche. Elle méritait la belle histoire d'amour comme dans les films, mais sans les clichés, évidemment.

Bien sûr, sa carapace était bel et bien présente. Elle avait l'air un peu bête à la première approche et avait l'air snob aussi, mais quand on apprenait à la connaître on pouvait voir qu'il n'en était rien. Il fallait être patient et savoir jouer avec les mots un peu pour réussir à se rapprocher vraiment de Milda. Moi, j'étais plus facile d'approche et c'était plus naturel pour moi. Ce qui était presque idéal dans notre relation. Milda était une femme de peu de mots, mais j'étais un homme volubile, qui savait aussi apprécier le silence. Je passais donc toujours du bon temps avec mon amie.

J'étais comme cela moi, je disais seulement ce que je pensais vraiment, j'étais honnête et franc. Je ne me gênais pas pour dire le fond de ma pensée, même si cela pouvait créer des flammèches avec mon interlocuteur. Je préférais de loin une discussion enflammée à faire semblant. C'était comme contre nature pour moi de jouer les hypocrites. Je me devais de dire la vérité. Cela finirait sûrement par me nuire dans ma carrière, mais je ne voulais pas devenir quelqu'un que je ne pourrais ni respecter ni regarder dans le miroir.


« -Qu'est-ce qui te fait croire que je n'ai pas peur de toi? »

Je fus surpris de sa réponse. Je me demandais si elle blaguait. Elle avait fait un petit sourire, mais il ne me convainquait pas.

« -Tu as raison, je suis impoli d'assumer que je suis différent des autres... C'est juste que... Je sais pas... Oublie ça... »

Je pris une gorgée de café en fixant le fond de ma tasse, puis je regardai le bout de mes doigts sur mon anse. Je ne voulais pas insister pour récolter ses confidences, surtout pas après ce qui venait de se passer. Alors je ne savais plus trop quoi faire. J'avais avalé plusieurs gorgées de ma boisson puisque je ne songeais qu'à finir mon café en vitesse pour pouvoir partir quand Milda parla finalement.

« -Je n'ai jamais eu de relation sexuelle pour laquelle j'aurais donné mon consentement... J'avais douze ans la première fois que j'ai été violée. C'est arrivé par la suite trop de fois pour que j'aie envie de les compter. »

Je restai en silence, la bouche très légèrement ouverte. Je n'en revenais pas. Bien sûr j'étais au courant que les viols étaient communs, et de plus en plus banalisés dans cette société de culture du viol, mais c'était resté un phénomène pour l'instant puisque personne près de moi n'était touché par cette problématique. Je ne savais pas quoi dire ou quoi faire... Pour une rare fois dans ma vie je ne trouvais pas les mots...

« -Et je n'ai plus envie de donner de détails.
-Bah... euh... »


Je me trouvais ridicule. Je ne savais pas quoi dire et j'étais déboussolé que cela m'arrive. J'avais toujours les bons mots habituellement... Je ne voulais pas ne rien dire du tout, mais je ne voulais pas non plus dire quelque chose de cliché ou qui semblerait que je la prenais en pitié.

Je mis donc simplement ma main sur son genou quelques secondes en serrant légèrement.


« -Je comprends très bien... Je n'aurais pas dû insister... Pas besoin de m'en dire plus, surtout si tu n'en a pas envie... Merci de t'être confiée à moi... »

Je la regardais dans les yeux en ayant l'impression de la voir pour la première fois. Même si je savais qu'elle était encore pleine de mystères et de secrets, j'étais content de pouvoir mieux la comprendre. J'étais ému, à la fois de la nature de ses confidences, mais aussi par la simple action qu'elle se soit confiée à moi, mais je ne voulais pas que cela parraîsse. Je passai une main dans ses cheveux, juste pour lui replacer une mèche rebelle, sûrement déplacée par la pluie. Puis, comme j'allais passer ma main derrière ses épaules pour la serrer contre moi, la sonnerie stridente de la porte d'entrée se fit entendre.

Je sursautai, mais comme j'avais fini mon café, je ne fis au moins pas de dégâts. Milda alla ouvrir et cria de joie le nom de Larry. Je pliai la couverture et la laissai sur le coin de la causeuse avant d'aller chercher mes vêtements, toujours humides, pour les remettre afin de pouvoir partir. En sortant de la salle de bains, je découvris Milda en plein éclat de rire avec son ami. Elle riait rarement aussi fort avec moi. Son Larry ne me faisait pas une bonne impression, mais je n'avais rien à dire. Elle pouvait bien voir qui elle voulait. Je me dirigeai vers la porte d'entrée pour remettre mes souliers, trempés.


« -Alors ouais, je vais vous laisser. Merci encore pour le café, Milda. »

Je tendis les bras vers mon amie, pour lui faire une accolade. Je la serrai contre moi, mais pas trop, autant parce que je ne voulais pas la briser que parce qu'elle n'était pas fan des contacts physiques. Je la relâchai ensuite, fit un rapide signe de main pour Larry et sortit de l'appartement.

En chemin, je me rendis compte que mon coeur battait fort. Je devais être plus dérangé que je ne le pensais que Larry ait interrompu notre moment. Et je ne la sentais pas en sécurité avec lui... Je ne voyais rien d'autre pour expliquer mon état.

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MessageSujet: Re: Les noyés remontent-ils parfois à la surface? [PV Anthony] Lun 13 Fév - 18:20

Anthony était toujours très gentil avec moi. Même lorsque nous avions un désaccord, il s'exprimait avec respect. Son attitude bienveillante et calme expliquait probablement en majeure partie pourquoi il ne me terrifiait pas comme le faisaient la majorité des hommes. Beaucoup d'hommes moins imposants physiquement que lui faisaient naître en moi plus de crainte que lui. Il dégageait quelque chose de bon, une énergie qui apaisait ma méfiance. Oh, elle ne s'éteignait jamais complètement, bien sûr, mais il était reposant de la sentir diminuer.

-Tu as raison, je suis impoli d'assumer que je suis différent des autres... C'est juste que... Je sais pas... Oublie ça...

Ma tentative de faire passer mon commentaire comme une blague avait lamentablement échoué. J'ouvris la bouche pour essayer d'atténuer ma remarque, mais je ne trouvai rien à dire. Je fixai ma tasse quelques secondes, me sentant un peu coupable d'avoir terni l'enthousiasme de mon ami. Anthony m'apportait souvent beaucoup de joie, ce qui me sortait de mes habitudes. J'étais généralement dans un état d'esprit neutre, au mieux, ou sombre. Mon ami journaliste était plein d'idées, de questions et de paroles. Il était loin d'être reposant… mais on ne s'ennuyait jamais en sa présence.

-Mais non, Anthony… Tu as raison, tu es différent.

Pourquoi articuler une gentillesse déjà sous-entendue m'était-il si difficile? C'était pourtant la vérité : Anthony était très spécial à mes yeux, autant que Larry.

Je n'avais jamais réfléchi à comment j'aborderais de ce qu'on m'avait fait vivre et forcée à faire après mon arrivée aux États-Unis. Je n'avais pas vraiment envisagé d'en parler avant aujourd'hui et on ne m'avait jamais posé de question à ce sujet. Enfin, aucune à laquelle j'aurais eu envie de répondre sérieusement.


-Bah... euh...

Il semblait évident que j'avais fortement sonné Anthony. Il ne s'attendait certainement pas à une révélation de ce registre. Pourquoi ressentais-je de la honte? Et cette stupide envie de pleurer? Je fermai les yeux et inspirai profondément en espérant que la torpeur dans laquelle je me complaisais quotidiennement allait reprendre ses droits. Toutefois, la main d'Anthony sur mon genou me fit sombrer encore plus loin et, pour une fois, ce ne fut pas une peur terrible qui accompagna ce type de contact physique. Je n'avais pas l'habitude de ne pas me sentir toute seule. Je tentai un regard vers Anthony. Peut-être qu'un contact visuel m'aiderait.

-Je comprends très bien... Je n'aurais pas dû insister... Pas besoin de m'en dire plus, surtout si tu n'en a pas envie... Merci de t'être confiée à moi...

J'aurais voulu détendre l'atmosphère avec une blague sarcastique, mais il me semblait que je n'avais plus aucune arme. Quelques rapides mots sur ce que j'avais vécu avaient suffi à me mettre dans ce pathétique état. Je ne comprenais pas comment il était possible que toute semble encore plus réel. Pourtant, quelques minutes plus tôt, mon passé n'était pas moins vrai que maintenant. J'aurais presque voulu que mon ami me brusque en paroles, ou qu'il ne me croie pas, pour que je puisse lui en vouloir et retrouver une sorte d'aplomb. J'étais figée, tombant à l'infini à l'intérieur de ma propre poitrine. Je ne me raidis même pas lorsque Anthony toucha mes cheveux.

Larry me sauva la vie. La sonnette me fit l'effet d'un électrochoc. Je bondis du sofa vers la porte. Je savais que j'agissais injustement envers Anthony. Je m'éloignais de lui sans un regard après lui avoir lancé de telles horreurs. C'était tout simplement au-dessus de mes forces. En fait, lui avoir confié tout cela dépassait mes capacités, semblait-il. Il n'y avait qu'à voir dans quel état cette action m'avait plongée.

J'ouvris la porte à Larry et m'empressai de le serrer contre moi, même si ce n'était pas dans mes habitudes. Je m'accordais ainsi un délai supplémentaire pour que mes yeux paraissent moins embués.


-Larry! J'étais tellement inquiète!

Je le fis entrer et remarquai l'absence d'Anthony au salon. Il devait être allé vérifier l'état de ses vêtements. Je servis un café à Larry, sachant bien qu'il se fichait qu'il soit froid. Il finissait rarement ses cafés, de toute manière. Je l'écoutai me raconter sa dernière mésaventure et, encore troublée par ce qui venait de se passer avec Anthony, je feignis l'amusement d'une manière qui me parut très peu crédible, mais Larry sembla y croire.

Je vis Anthony passer derrière Larry mais, comme celui-ci était au beau milieu d'une phrase, je ne l'interrompis pas pour les présenter l'un à l'autre.


-Alors ouais, je vais vous laisser. Merci encore pour le café, Milda.

Je m'avançai vers lui et je le laissai m'étreindre. Je sentis le regard de Larry dans mon dos. Je restai quelques secondes devant la porte après le départ d'Anthony, encore troublée par toute cette soirée, puis je me tournai vers Larry.

-C'est lui, Anthony?

- Tu sais bien que je n'ai pas d'autres amis.

-Il a l'air timide. Tu m'avais dit qu'il parlait tout le temps.

-C'est pas sa soirée.

-Oh..ok.. Et il est arrivé quoi à tes cheveux?


Je souris en levant les yeux au ciel.

-C'est pas ma soirée non plus, si tu veux savoir. Mais allez, raconte-moi ce que la fille blonde a fait ensuite. Je meurs d'envie de tout savoir.

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