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Les clients, ces plaies ouvertes et supurentes... [TERMINÉ]

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MessageSujet: Les clients, ces plaies ouvertes et supurentes... [TERMINÉ] Mar 6 Aoû - 17:04

L’été, cela devenait une habitude, Lenny participait à la vie des affaires familiales. Il y avait toujours un employé à remplacer ou un stagiaire à évincer. Chez les Pinsker, on privilégiait le droit du sang et, pour ainsi dire, son avenir semblait déjà tout tracé. S’il échouait ses études, on lui trouverait bien une petite place en vente, en gestion, en attendant de lui offrir sur un plateau la direction d’un commerce. L’idée le déprimait presque. Il trouverait peut-être son bonheur avec une librairie, un magasin d’instruments de musique, une galerie d’art, mais ses parents reculaient devant des secteurs aussi précaires. Les enseignes en places absorbaient déjà le plus gros du bénéfice, il n’en resterait pas assez pour un nouveau projet. Non, les passions « c’est merveilleux mon chéri, mais imagine dans quelle misère nous vous aurions élevé si nous avions suivi les nôtres ton père et moi ! », lui rappelait sa mère, et d’évoquer cette hypothétique grande carrière d’actrice à laquelle elle avait dû renoncer pour mettre au monde de merveilleux enfants. Ses parents n’avaient aucun goût. Ils se fichaient d’en avoir. L’important était d’appâter une clientèle large, fortunée, de gagner de l’argent pour s’assurer le meilleur confort de vie possible, avoir l’air de gens bien comme il faut. Ainsi, son père ne jurait que par l’électronique. Tout le monde avait besoin d’un écran plat dernier cri, d’un i-pad, d’un véritable home cinéma. Les plus pauvres étaient même capables de faire des prêts pour prétendre à cette aisance matérielle là. Malgré la destruction partielle de la civilisation, les Pinsker étaient restés égaux à eux-mêmes. Pire, avec une indifférence incroyable, ils avaient même vu dans la chute des plus grandes institutions un moyen d’améliorer leur marge. Dieu les avait laissés en vie, ils accompliraient de grandes choses. Et, passif, Lenny participait sans convictions. Que répondre à des parents qui se tuent à la tâche pour vous rendre heureux ? Horribles avec les autres, peut-être, mais désespérément attachés à leurs fils. Concrètement, il ne pouvait rien leur reprocher.

Les deux années précédentes, le jeune garçon s’était ennuyé près de deux mois dans la grande surface d’electro-ménager de son père, où il avait passé la plus large partie de son temps entre le rayon réfrigérateurs et machines à laver. Cette année, Ylan avait été contraint de le remplacer, et, après s’être plaint de l’incompétence de toutes ses stagiaires, « de vraies péronnelles », sa mère lui avait fait entendre que sa présence dans sa boutique de vêtements était plus que désirée. Avec ses charmantes manières, il ne pourrait que séduire ses aimables clients ! Lenny n’avait pas la moindre envie d’occuper ce que son frère appelait en se moquant un « poste pour gonzesse ». Mais, malheureusement, il ne pouvait rien refuser à sa mère. Conseiller un jeune couple sur l’achat de sa prochaine cuisine avec un discours préformaté était une chose, mais toucher une corde plus sociale en souriant aux grosses dindes qui se plaignaient de ne pas entrer dans du 38 en reprochant à la marque d’être vraiment, très mal coupée parce que, vous comprenez, ça ne me serre pas autant d’habitude, ou aider un homme égaré à se trouver un costume de cérémonie pendant qu’il vous explique que le contenu de sa garde-robe n’a pas été renouvelé depuis plus de trois ans, semblait au-delà de ses forces. Et, pourtant, il réalisait de grands exploits d’abnégation depuis ses premières semaines chez Jack Galant. La marque, assez jeune, avait profité de la destruction des plus gros sièges de vêtements de luxe pour s’imposer. Personne ne savait très bien qui était ce Jack Galant mais il fallait donner l’illusion d’une personne chez qui il fait bon d’aller : un prénom commun, qui parle à tout le monde, et un nom qui évoque une tenue de haute couture. A peine remise de la catastrophe planétaire, sa mère avait sauté sur l’occasion pour réaliser son rêve de tenir une boutique de mode bien en vue dans New York… Sauf que New York avait perdu de sa superbe et qu’elle se contentait de gérer une chaîne… coûteuse soit, et classe, il fallait le reconnaître, mais ça n’avait rien à voir avec de la passion. Elle ne choisissait rien, se contentait de vendre ce qu’on lui livrait. Le produit n’y changeait finalement pas grand-chose.

Aujourd’hui, Lenny souffrait. Sa mère l’avait laissé seul une après-midi entière pour la grande journée thermale accompagnée de soins du corps qu’elle s’offrait au moins une fois par mois. Une femme aussi active qu’elle se devait d’avoir des moments privilégié pour continuer à s’occuper de ses enfants une fois à la maison. Ylan et Lenny n’étaient plus tellement concernés mais, deux gros autres « détails » composaient la famille, une petite sœur de six ans et un petit frère de quelques mois, mais l’adolescent ne les comptait pas tellement dans ses soucis quotidien, ils étaient trop jeunes pour l’intéresser, surtout le bambin absurde né au début de l’année. Il n’avait jamais approuvé ce projet. Passait Abby et sa naissance post-traumatique qui a suivi la fausse dépression de sa mère, tellement choquée par la disparition de tant d’innocents. Mais, pour Theodore, c’était de la manipulation, rien de plus. Elle s’était encore fait monter la tête à la synagogue où les croyants nageaient en plein délire de repopulation. Faites des gosses tant que vous le pouvez encore ! Et, avec sa peur de vieillir, et sa nouvelle pseudo-déprime de toute nouvelle quarantenaire, sa mère y avait visiblement vu un moyen de se donner l’illusion d’une seconde jeunesse en se donnant l’impression d’être utile à la communauté, à l’humanité toute entière même.
Sinon, vous avais-je dit qu’il adorait sincèrement sa mère ?

Depuis le début de la matinée, il devait subir les bavardages inutiles de la clientèle qui se faisait toujours en devoir de lui expliquer quelle occasion merveilleuse leur permettrait d’étrenner leur nouvelle tenue, ou de quelle manière elle en était venue à changer radicalement de style. Certaines personnes lui parlaient même de leur régime. Tous insipides et pitoyables. Mais, comme toujours, il y avait un vainqueur… Enfin, une gagnante plutôt. Les femmes avaient tendance à triompher sur les scènes de l’insignifiant et de la nullité, sauf sa mère, parce qu’il l’en excusait. L’incarnation de son cauchemar était une ex-bimbo transformée en pétasse depuis ses trente-cinq ans… c'est-à-dire, un look qui essaye de rester jeune, avec les premières rides et vergetures apparentes et un goût prononcé pour le vulgaire. D’ailleurs, lui aussi était vulgaire, mais seulement dans ses pensées. Et, pour faire simple, rien de ce que cette femme essayait ne lui allait. Elle dégageait une chose tellement dégoutante, qu’elle donnait l’impression d’avoir trouvé les robes à plus de 500 dollars dans des friperies. En plus de sa sale tête, de son horrible teinture orangée, les vêtements lui tombaient mal. Elle était maigre, mais parvenait à rendre cette maigreur écœurante, vous savez, quand le peu de peau que vous avez encore sur les os trouve le moyen de pendre. En plus, elle puait la cigarette. Bref… plus Lenny la voyait, plus il ne pouvait s’empêcher de faire monter en lui sa haine et son horreur. Elle le méritait. Depuis trente minutes, elle le prenait quasiment pour son larbin, l’envoyait chercher une autre tenue, une autre taille, et passait un éternité devant le miroir à lui demander s’il était vraiment sûr que ça lui allait… non parce que, fallait que ça plaise à son mec quand même, etc. Et, à force d’insister, elle provoqua le drame, lui fit atteindre le point de non retour où un mépris évident franchissait ses paroles.

- Vous voulez connaître ma pensée sincère ? demanda-t-il avec un calme étrange au bout d’un moment.
- Mais oui, bien sûr, je ne voudrais pas me tromper
, dit-elle naïvement.  
- Vous ne l’aurez jamais. Je suis là pour vous inciter à acheter, vous endormir avec de belles paroles et je me fiche complètement de si votre compagnon vous trouvera plus féminine qu’un pneu accidenté à votre prochaine soirée.
- Pardon ???
Elle était sincèrement perplexe et, Lenny eut un genre de retour à la réalité brutal. Il avait osé dire ça et, après avoir senti son visage se fermer d’un coup, il en rougit d’embarras.
- Heu… Je voulais dire, faites comme-vous voulez, les deux vous vont très bien, balbutia-t-il machinalement comme si cela pouvait rattraper son déplorable écart. En plus, quelqu’un était entré dans la boutique entre temps. Et si c’était sa mère ? Il se retourna dans un élan de panique, et fut presque soulagé de ne voir qu’un jeune homme, un témoin hélas. Tout le monde le regardait à présent, mais quelle angoisse ! Il l’activait comment déjà ce pouvoir qui poussait tout le monde à lui dire que tout ce qu’il entreprenait était positivement génial ?


Dernière édition par Lenny Pinsker le Dim 23 Fév - 15:34, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Les clients, ces plaies ouvertes et supurentes... [TERMINÉ] Ven 9 Aoû - 12:10

Drake n’arrivait pas à se décider sur ce qui était pire: les longues et ennuyantes journées à la mairie ou les greluches obsédées qui le rappelaient sans cesse même après qu’il leur ait bien expliqué qu’elles n’avaient été pour lui qu’une folie temporaire. Le jeune espion avait beaucoup d’énergie, mais ce n’était pas le fait de rester collé à une chaise toute la journée qui le gênait dans son emploi de fonctionnaire. Il pouvait passer des heures sans bouger, devant un ordinateur, à aligner code sur code pour obtenir un résultat satisfaisant, que ce soit pour saboter ou rechercher. Drake Varner était amoureux de l’informatique, sous toutes ses formes. Il aimait fouiller, contourner les barrières ou passer entre les mailles, trouver la petite erreur qui lui permettrait d’arriver à ses fins. Saboter lui plaisait un peu moins, à la base, mais il s’y adonnait parfois dans un but de vengeance ou pour prouver sa valeur et sa force à d’autres pirates informatiques qui piquaient sa fierté en lui tendant des défis. Seulement, à la mairie, il ne faisait rien de tout cela : il se contentait d’obéir, de remplir des formulaires, de les classer ou de les corriger. Il ne prenait pas le risque de trop mettre son nez partout, malgré la forte envie qu’il en avait, car il savait que les employés de la mairie de New York étaient surveillés de près. Il attendait donc d’être chez lui pour s’amuser avec ses ordinateurs.

Les greluches étaient un autre problème. Drake aimait séduire, les hommes comme les femmes, bien qu’il éprouve plus fréquemment une attirance envers les femmes. Il était plus difficile sur les hommes; il l’avait remarqué avec les années. Ce qu’il y avait de bien triste avec beaucoup de gens, c’était qu’ils ne savaient pas quand décrocher. Le jeune sorcier appréciait la chasse et, bien sûr, la consommation de ce qu’il arrivait à piéger dans son lit, mais il ne voulait pas s’attacher et il se faisait un honneur à ne jamais pousser ses aventures plus loin qu’une semaine de fréquentation, et cela seulement si la personne était vraiment intéressante ou attirante. Malheureusement, certaines personnes ne comprenaient pas cet aspect intéressant de Varner : elles se pensaient différentes, elles croyaient qu’il y avait quelque chose de sérieux entre eux…comme si Drake Varner était capable de quoi que ce soit de sérieux. Au bout d’un temps, les greluches se lassaient, commençaient à le détester de loin et le laissaient en paix. Sauf qu’il y en avait toujours une pour le harceler – et notons que certaines de ces greluches étaient des hommes mariés.

Ce jour-là, Drake avait justement été un peu méchant avec l’un de ces pauvres mecs engagés à passer leur vie auprès d’une femme et ne rêvant que de partager à nouveau le lit de ce joli jeune homme rencontré dans une fête. Après que le pauvre type n’ait pas compris que des jours sans lui répondre signifiaient qu’il n’était plus intéressé, le sorcier lui avait téléphoné, et pas sur son portable, mais bien sur son téléphone fixe dont il avait facilement trouvé le numéro, pour lui dire qu’il avait bien envie de le revoir, mais qu’il préférerait un plan à trois, parce qu’il avait trouvé la voix de son épouse troooop sexy quand il avait téléphoné. Maintenant, l’autre débile allait certainement le laisser tranquille.

C’est donc l’esprit tranquille que Drake entra dans cette boutique de vêtements qu’il aimait bien. Le jeune homme avait un style vestimentaire particulièrement varié qui l’amenait à visiter toutes sortes de magasins. Il pouvait porter des vêtements raffinés tout comme des t-shirts colorés à messages énormes et vulgaires qui étaient tout sauf matures et élégants. Ce jour-là, il portait justement un pantalon noir et un t-shirt jaune vif au message très clair :
Hello, my name is Awesome.  

Spoiler:
 

- … Je suis là pour vous inciter à acheter, vous endormir avec de belles paroles et je me fiche complètement de si votre compagnon vous trouvera plus féminine qu’un pneu accidenté à votre prochaine soirée.

Drake leva la tête de l’étalage de chemises qu’il était en train d’observer pour voir d’où provenaient de telles paroles et il sourit en constatant que celui qui les avait dites n’était nul autre que ce petit blondinet qui lui avait semblé coincé comme personne dès la première fois qu’il l’avait rencontré. Il venait vraiment de sortir du personnage que le sorcier lui avait collé. Comme quoi tout le monde pouvait surprendre…

- Heu… Je voulais dire, faites comme-vous voulez, les deux vous vont très bien.

Le sourire de Drake se ternit à mesure que le vendeur rougissait. Vraiment? Il se dégonflait si vite après une réplique aussi amusante – et méritée – qui donnait presque l’impression qu’il avait confiance en lui? Décevant. Très décevant. Mais les gens étaient ainsi : ils n’osaient jamais rien et, lorsqu’ils le faisaient, ils se sentaient mal ou ils trouvaient une excuse qui justifiait un comportement sortant des normes ennuyeuses établies par des gens sans spontanéité.

Seulement, il y avait quelque chose de triste, justement, dans ce jeune homme si mal à l’aise et tous ces vautours qui savouraient de le voir agoniser sous leur regard désapprobateur. Drake eut envie d’aider cette pauvre créature et il choisit de donner un spectacle plus intéressant que l’angoisse visible d’un adolescent. Il poussa un étalage sur le sol, non sans avoir évalué, au préalable, qu’il ne s’agissait que de vêtements et que rien ne se briserait, et le bruit, dans un endroit aussi calme où les paroles avaient cédé la place à l’observation du calvaire d’un jeune vendeur au bout de sa patience, fut suffisant pour attirer l’attention de nombreuses personnes qui délaissèrent le pauvre blondinet.


-Oh… je suis vraiment maladroit! Excusez-moi, je vais tout ramasser…

Il lui était plus difficile qu’il l’aurait crû de feindre la gêne quand il appréciait réellement d’être le centre de l’attention, mais il se trouva tout de même crédible. Il releva donc l’étalage et entreprit de plier les vêtements tombés, dans l’espoir que le vendeur vienne l’aider et que les gens reportent leur attention sur leurs courses. De toute manière, les humains étaient incapables de s’intéresser à autre chose qu’eux-mêmes pendant plusieurs minutes consécutives. Ils devraient donc rapidement détourner le regard de ce que Drake faisait pour éviter de risquer de croiser son regard et de se sentir obligés de lui venir en aide.

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MessageSujet: Re: Les clients, ces plaies ouvertes et supurentes... [TERMINÉ] Mer 16 Oct - 17:15

Il avait craqué, la faute à des longues journées de frustration accumulée. Même si cette cliente en tenait une belle couche, ce n’était pas la pire, il ne comptait plus les individus tous justes bons à être brûlés sur la place publique qu’il avait pu croiser, mais, elle avait su le pousser à bout. Elle méritait son humiliation. Il se le répétait en accéléré tandis que les regards se posaient sur lui, sur la femme. Toutes les personnes présentes n’étaient pas choquées. Certaines souriaient derrière leur main. Bien sûr ! Il avait presque rendu service à la communauté ! Personne n’aimait sincèrement des pimbêches, et personne n’osait jamais les remettre à leur place. Elles venaient tourner des fesses un peu partout, criaient plus qu’elles ne parlaient, racontaient leur vie par le menu à n’importe qui, et on ne leur disait rien. Les gens roulaient des yeux, tout au plus. Alors, les scènes cauchemardesques qu’elles imposaient dans tous les lieux qu’elles fréquentaient se répétaient à l’infini. Elles se pensaient tout permis. Elles s’imaginaient qu’on les aimait, que les seuls individus qui leur avaient rabattu le caquet un jour n’avaient rien compris à la profondeur de leur personnalité. Ça ne se faisait pas de juger sans connaître qu’elles disaient. Parfois, elles évoquaient aussi un problème de frustration ou de jalousie, sans trop savoir où devait se situer la « jalousie » d’ailleurs. Lenny se demanda un instant s’il pouvait faire passer son petit esclandre par un « excusez-moi, je suis jaloux de votre bonheur ». Non, non, non. Il redevenait cynique. S’il devançait ses critiques, elle estimerait qu’il se moquait d’elle. Peut-être que s’il avait été une fille, un « C'est-à-dire que j’aimerais tellement être aussi bien conservée dans vingt ans » aurait fonctionné ? Non. Même souci. Ah… Voilà que ses pensées lui échappaient totalement. Il se donnait raison, il cherchait à s’excuser, il était mort de honte, et néanmoins persuadé d’être dans son bon droit, il… Il voulait hurler. Trop de contradictions se bousculaient sous sa petite tête blonde, et il ne s’était même pas encore passé trente secondes.

En réalité, sa plus grande angoisse était de devoir affronter la répartie de la cliente. Une fois son trouble passé, elle retrouverait toute sa voix et saurait lui signifier qu’il n’était qu’un odieux personnage. C’était probablement le type pénible jusqu’au bout. Elle allait attendre sa mère et se plaindre. Elle n’aurait la paix qu’une fois qu’elle serait certaine de l’avoir bien puni… Mais, malgré tout, il la trouvait assez amorphe. Les adultes ne se comportaient pas comme les filles du lycée. Elle avait l’air mal à l’aise, elle aussi, et elle hésitait encore. Son trouble avait-il eut raison de son esprit, était-il en train de retenir l’explosion de sa douce voix ?
A quelques rayons de là, quelqu’un interrompit toute tentative de rebuffade en renversant un étalage. Trop tendu, Lenny sursauta violemment, ce qui eut pour effet de répondre à sa question. Sa subtile variation d’humeur remet d’un coup les idées de la femme en place.

- Vous n’irez pas très loin dans la vie en…
, commença-t-elle dans ce registre donneur de leçon que les ratés de plus de quarante ans adoraient utiliser. Mais, sautant sur la perche qu’on lui tendait, l’adolescent se rua vers les vêtements froissés. De toute manière, le reste de la clientèle préférait désormais s’intéresser au maladroit, hausser les épaules et retourner à ses essayages.
- Oh non, ne vous inquiétez pas, je vais tout remettre en ordre. Les installations sont un peu trop fragiles.


Même dans la panique, il retrouvait ses réflexes de « bon » vendeur. Un sourire plaqué sur ses rougeurs, il mentait comme un professionnel pour mettre à l’aise l’acheteur potentiel. Un homme curieux d’ailleurs, avec un t-shirt dont la couleur et le message étaient des plus douteux. Ses gestes restaient nerveux. Il craignait le retour de la poufiasse, tout en se reprochant de laisser filer une cliente au lieu de chercher à l’apaiser. Elle était sur le point d’acheter une tenue relativement chère, sa mère ne le lui pardonnerait pas si elle savait. Et, par-dessus tout, il fallait que l’homme aux pieds duquel il s’était jeté pour ramasser les articles tombés soit jeune, beau, charismatique. Il se sentait d’autant plus embarrassé et ridicule. Ses yeux restaient obstinément tournés vers le parquet blanc lustré de la boutique. Il devait retrouver son calme, être en mesure de gérer la prochaine personne à l’approche d’une grosse heure de pointe. Si tout était sans dessus dessous au retour de sa mère, ce serait un désastre, il trahirait toute sa confiance. Et, mentalement, il priait pour qu’on le laisse tranquille, le temps que tout soit à nouveau parfait, qu’il soit capable de présenter un visage aussi pâle et amène que d’habitude. Il entendait les talons de l’autre hystériques claquer vers lui… Elle allait continuer… Elle insisterait jusqu’au bout…

- Je crois que je vais finalement prendre cette robe
, dit-elle d’une voix étonnement calme. Vous pourrez me la faire passer en caisse dès que vous serez moins occupé ?
- Oui… oui bien sûr…


Il se redressa avec deux cintres à la main, consterné, mais sauvé. Etait-ce lui ? La femme avait-elle simplement décidé de faire preuve d’un peu plus de maturité ? Cette histoire de sorcellerie le rendait fou. Il avait le sentiment de ne jamais savoir à quel point les gens réagissaient naturellement ou dans le seul but de lui faire « plaisir ». Et, après tout, qu’importait la réponse, cette conclusion l’arrangeait bien.
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MessageSujet: Re: Les clients, ces plaies ouvertes et supurentes... [TERMINÉ] Dim 19 Jan - 11:14

Drake n’aimait pas s’ennuyer et, malheureusement pour lui, cela lui arrivait assez souvent. Son travail à la mairie devenait répétitif et ne lui demandait pas suffisamment d’utiliser ses facultés intellectuelles. Il finissait donc par perdre du temps et ne rien faire, ses tâches lui apparaissant comme une montagne insurmontable de souffrance lente et étouffante. Il prenait donc du retard et devait tout achever à la course, ce qui le motivait, étrangement. Drake aimait l’effet que lui apportait le travail sous pression, devoir se dépêcher, avoir l’impression que la charge de travail était trop lourde pour le temps alloué, être dépassé, chercher des solutions au manque de temps…

Les gens aussi ennuyaient souvent le pirate informatique. Ils étaient tous si semblables, si faciles à mettre dans les mêmes vieux moules recyclés. Très peu de gens arrivaient à le surprendre et l’amuser, surtout après plus d’une rencontre. C’était pourquoi le sorcier avait peu d’amis. Il côtoyait principalement Ethan Wilson et Gabrielle Englebert, mais il ne s’ouvrait pas à eux comme le faisaient les jolis personnages de films qui aimaient tellement leurs amis qu’ils leur confiaient chaque tressautement de leur âme.

Avec Gabrielle, Drake sortait, riait et faisait des folies. Il critiquait gentiment ses petits amis et lui faisait des comptes-rendus humoristiques sur ses propres aventures. Il aimait passer du temps avec la jeune femme parce qu’elle ne se privait jamais de donner son opinion – parfois bien arrêtée – sur toutes sortes de sujets. Ensemble, ils se moquaient des gens et glorifiaient leur propre méchanceté envers ceux qui étaient imbéciles ou ridicules. Ils se taisaient leurs peines et les évènements sérieux qui survenaient dans leur vie, bien qu’ils fussent tous deux capables de les devenir, ne se gardant que le droit d’être heureux ensemble. Ainsi, ils étaient à la fois proches et étrangers. C’était de cette manière que Drake se sentait en sécurité; quand son cœur était inatteignable.

Sa relation avec Ethan était un peu différente. Bien sûr, Drake ne le laissait connaître que cette image de lui qui lui plaisait tellement mais, en même temps, il ne pouvait s’empêcher de laisser sortir des parties de lui qu’il cachait aux autres. Il avait avec Ethan des discussions plutôt intellectuelles qui auraient étonné quiconque ayant l’habitude de le côtoyer. Généralement, le sorcier préférait faire l’imbécile devant les autres et passer pour plus stupide qu’il ne l’était. Cette attitude le rendait beaucoup plus sympathique, à son avis, qu’étendre sa connaissance et ses réflexions aux yeux des autres, comme le faisait Ethan, justement… Néanmoins, quand ils étaient seuls, Drake se permettait de lui répondre et, parfois, de l’impressionner ou même le bloquer complètement avec une réplique à laquelle il était impossible de répondre.


- Oh non, ne vous inquiétez pas, je vais tout remettre en ordre. Les installations sont un peu trop fragiles.

Drake aida tout de même le vendeur et profita de sa proximité pour l’observer. Il était assez mignon, si on aimait le genre blond et prude comme un ange. Le sorcier eut un peu pitié de lui en réalisant qu’il était visiblement stressé par ce qui venait de se passer, même maintenant qu’il était un peu libéré de la vieille furie. Pour un homme qui avait l’habitude de tout prendre à la légère et se de moquer éperdument de ce que les inconnus pensaient de lui, les émotions du jeune homme blond étaient difficiles à saisir complètement. Il comprenait comment il devait se sentir, mais il ne pouvait pas s’empêcher de trouver sa réaction ridicule. Pourquoi s’en faire autant pour des clients qui allaient certainement revenir quand même? Parce qu’aux yeux de Drake, en dehors de la femme insultée, les clients n’allaient pas se priver de venir profiter de la marchandise et des prix de la boutique juste parce qu’ils avaient été témoins d’un manque de professionnalisme. Les gens étaient beaucoup plus attachés à leur bonheur matériel qu’à des principes qui auraient pu leur donner envie de boycotter les lieux par motivation émotionnelle.

- Je crois que je vais finalement prendre cette robe.

Voilà encore une preuve que Drake avait raison : même après avoir été traitée sans égards, la bonne femme achetait quand même une robe. Vieille conne. Drake eut un petit sourire.

-Oui… oui bien sûr…[/i]

Pauvre chéri. Que pouvait-il faire de plus que se plier à servir cette harpie dans ces conditions? Drake jugeait parfois sévèrement les gens, mais il plaignait les pauvres employés devant servir une clientèle toujours stupide se croyant toute-divine parce qu’elle dépensait. Comme si une carte de crédit sur laquelle on ne faisait souvent que le paiement minimum posait automatiquement une couronne sur la tête de quiconque se rendait dans une boutique. Pourtant, il en était ainsi dans la plupart des entreprises : le client était roi parce qu’il rapportait et qu’il avait un pouvoir de vie et de mort s’il décidait de passer sa carte de plastique dans la machine d’une boutique ou d’une autre.

Drake ramassa encore quelques vêtements et, une fois ses bêtises réparées, il laissa le vendeur aller s’occuper de la dame et les rejoignit au comptoir. Pendant que la dame payait, il attrapa un reçu qui traînait là – probablement laissée par un client qui prenait le magasin pour sa poubelle – et un stylo, sans demander la permission et inscrivit quelque chose derrière le reçu. Il attendit que la vieille débile daigne diriger son gros postérieur vers la sortie avant de donner le reçu au vendeur.


-Bonne journée, mon joli.

Il lui fit un clin d’œil et se dirigea vers la sortie avec un sourire satisfait. Il venait de trouver un passe-temps nouveau qui serait certainement intéressant. Ce jeune homme venait de l’amuser et de le surprendre. Il avait donc un bon potentiel, même si celui-ci ne semblait pas du tout exploité, à voir son malaise et son stress. Drake avait donc envie de l’aider à découvrir ce potentiel et, par la même occasion, en profiter pour s’amuser…peut-être aux dépends du jeune blondinet.

Le mot:
 

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MessageSujet: Re: Les clients, ces plaies ouvertes et supurentes... [TERMINÉ] Lun 20 Jan - 14:00

Tout rentrait dans l’ordre, tout serait bientôt terminé. Il pourrait à nouveau respirer, conseiller des clientes sans intérêt, terminer sa journée de la manière aussi insipide quelle avait commencée. Ce n’était rien d’autre qu’un petit incident. Il en avait connu d’autres, même s’il n’avait encore jamais osé insulter un client. Mais, enfin, un métier pareil n’était pas fait pour lui ! Sa mère s’obstinait à le prétendre doué. Elle lui mentait, peut-être inconsciemment. La vente ne lui correspondait absolument pas. Il détestait les gens, surtout les femmes, qui, à part quelques exceptions aux courbes absolument parfaites, lui imposaient un corps immonde à chaque essayage. Ce n’était jamais assez de s’admirer dans un miroir. Il fallait qu’elles l’appellent, lui demandent son avis sur l’effet d’un décolleté, ou encore de les aider à fermer une robe fermeture, tirer sur un corset… Insupportable. Il les soupçonnait de ne pas en faire autant avec les autres filles. Elles fondaient toujours sur lui, même devant une stagiaire. Pourquoi ? Sa mère disait qu’elles faisaient plus facilement confiance à un homme à l’allure distinguée parce qu’il leur donnait l’illusion d’un regard vraiment extérieur. Illusion était bien le mot. Toute sa stratégie en boutique reposait sur le fait qu’il n’avait pas d’opinion – et il y en avait encore pour le remercier de ses précieux conseils.

Le client qui avait tout renversé cessa de le troubler pour lui permettre de finir son travail. Lenny accompagna la femme jusqu’à la caisse, la tête ailleurs. Avait-il influencé son achat ? Et, surtout, pouvait-il se moquer de la clientèle sans que son attitude ait le moindre impact sur le commerce ? Non. Il devrait avoir honte d’y songer. La magie n’était qu’une tentation diabolique. Elle n’était à invoquer qu’en cas d’extrême nécessité. S’il s’en servait pour satisfaire tous ses caprices, il deviendrait mauvais, et on finirait par se douter de quelque chose, il serait condamné. Comment ? Il n’en avait encore aucune idée, mais il y aurait des conséquences, et il ne voulait pas les connaître. D’un geste machinal, il emballa le vêtement, avec un soin presque irréel. Voilà aussi la raison de la confiance de sa mère, il pliait et rangeait à la perfection. « C’est là un véritable don ! » lui disait-elle souvent. Il aimait juste les choses « bien faites ». Il n’y avait pas de quoi en faire tout un cas. Cependant, le bel homme s’était rapproché d’eux. Du coin de l’œil, Lenny le vit gribouiller quelque chose sur le revers d’un ticket pendant qu’il encaissait l’achat de la dame.
Puis, lorsque cette dernière le salua, il lui tendit le papier et signa aussi son départ d’un air… coquin ? Le jeune garçon se sentit rougir.

- Oui ! Répondit-il brusquement, avant de réaliser tout le ridicule d’une telle attitude. Il rougit de plus belle, et froissa le ticket dans sa main. Comme si cela pouvait annuler sa stupidité !

Malheureusement, le pauvre Lenny n’était pas au bout de ses émotions. Il attendit quelques minutes pour consulter le mot. Un malaise profond s’empara de lui. Oh… Ce message était très ambigu… Surtout avec le numéro de téléphone qui l’accompagnait. Etait-ce un genre de plan drague ? C’était absurde. Cet homme n’avait pas pu être intéressé par lui. En même temps, on laissait rarement son numéro de téléphone pour autre chose, et cette simple hypothèse lui inspirait déjà des sentiments contradictoires. Il était flatté. Personne ne lui avait porté ce genre d’attention, mis à part quelques collégiennes qui se contentaient de lever de grands yeux sur lui derrière les jupes de leurs mères. Mais, d’un autre côté, il n’utiliserait jamais ce numéro, ce serait trop gênant, c’était un coup à se faire prendre pour un il ne savait quoi… Enfin… Il le rangea dans son portefeuille. Qui sait, peut-être trouverait-il un sens à ce « souvenir » un jour ?

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Les clients, ces plaies ouvertes et supurentes... [TERMINÉ]

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