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Découverte macabre & musique classique [Terminé]

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MessageSujet: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Dim 21 Déc - 17:45

Au début de l’été, Lenny s’était persuadé que sa vie allait connaître un tournant majeur grâce à son entrée à l’université. Il se réjouissait de fuir enfin ses camarades inutiles du lycée, avoir le privilège de fréquenter des étudiants passionnés par la grande littérature, des enseignants follement intéressants, qui sauraient reconnaître son talent, et, peut-être mener un quotidien un peu moins monotone, réussir à participer à des soirées entre jeunes gens qui préféraient débattre de sujets profonds plutôt que se rouler par terre avant minuit. Maintenant que sa première session venait de se terminer, il devait accepter l’évidence, il n’avait rien de particulièrement trépidant à raconter. Ses nouveaux compagnons lui semblaient presque aussi stupides que ceux qu’il avait quittés avec joie au mois de juin. C’était une réelle déception. La plupart étaient incapables de tenir une conversation argumentée sur leur dernier livre de chevet, quand il y avait un intérêt à discuter du contenu de leur triste bibliothèque. L’inculture générale de son entourage, dans des classes dédiées au monde des lettres, l’effarait. Il songeait souvent à regret que ses parents n’avaient pas eu tort d’essayer de le décourager d’embrasser cette voie, il ne rencontrerait pas de meilleurs individus en école de commerce ou de droit, à la seule différence que ceux-là avaient, au moins, un avenir assuré. Mais voilà, Lenny voulait continuer à écrire ses histoires et se voyait mieux dans le costume d’un professeur d’université plongé nuit et jour dans ses recherches que dans celui d’un directeur d’entreprise.

Cependant, il n’arrivait pas à se faire remarquer par les enseignants ou, du moins, ils ne lui apportaient pas toute l’attention qu’il espérait. Les amphithéâtres étaient bondés. Il y régnait un anonymat déroutant et, même s’il était satisfait des notes qu’il avait obtenu à ses différents travaux, Lenny n’avait pas le sentiment d’avoir réussi à se démarquer des autres. Ces autres, d’ailleurs, il les fréquentait à peine. Des clans s’étaient formés sans qu’il ne s’en rende vraiment compte et personne ne pensait vraiment à l’inviter aux différentes soirées. Il voyait circuler l’information sur internet bien sûr. Cependant, comme personne ne lui inspirait confiance, et puisqu’aucun étudiant ne se donnait la peine de l’inciter à venir de vive voix, il restait à chaque fois chez lui en se persuadant qu’il avait mieux à faire que perdre du temps avec des imbéciles. Cette situation lui évitait aussi d’engager des négociations avec sa mère qui, depuis sa mésaventure avec Frederic le vampire, ne voyait pas d’un très bon œil le fait que son fils adoré s’aventure hors de l’université et de l’appartement sans elle. Elle ne manquait pas de lui rappeler à chaque fois qu’il tentait une sortie que la majorité était à vingt-et-un an et qu’il était encore trop jeune et fragile dans sa tête pour demander son indépendance. S’il fallait donc tirer un bilan de ces derniers mois, le résultat était catastrophique. Tandis que tous ses camarades goûtaient aux joies de l’émancipation, du premier amour, des premières vraies soirées, il restait confiné chez lui, encore moins libre qu’avant et toujours aussi désespérément seul. Même ses « meilleurs amis » de l’époque ne lui parlaient plus vraiment. Lorsqu’il avait appris que Sandie et Yacov, qu’il estimait pourtant pathétiques et voyait passer leur vie célibataires et dépressifs, s’étaient mis en couple, la nouvelle lui avait fait un tel choc au moral qu’il s’était mis à les détester. Allan était resté fidèle à lui-même, parfaitement imperméable au monde extérieur, mais ses études l’absorbaient et, sans la pression des deux autres, aucun moyen de le faire sortir de sa tanière.

Ce soir cependant, le blondinet avait obtenu une permission exceptionnelle pour aller voir un orchestre philarmonique jouer du Brahms dans un vieux théâtre récemment rénové. Sa mère estimait qu’il méritait bien un moment de détente après avoir brillamment réussi sa première session mais envisageait avec beaucoup de réticence l’idée de passer trois heures assise sur un siège à écouter de la « musique d’intellectuels ». De toute manière, son fils ne serait-il pas entouré de personnes trop guindées et trop âgées pour songer à lui faire du mal ? Elle l’avait déposé à l’entrée de la salle en voiture et reviendrait le chercher à l’heure exacte que lui avait indiquée la réceptionniste. La connaissant, Lenny savait qu’elle serait même capable d’arriver vingt minutes en avance. Il n’en pouvait plus. Et, en même temps, malgré toutes ces contraintes, malgré la platitude absolue de son existence, il s’étonnait de la rapidité avec laquelle le temps continuait de filer. Ce constat l’attristait un peu aussi. Pouvait-on vraiment finir comme toutes les personnes ridées qui l’entouraient et n’avoir rien vécu de notable ? Non, les choses finiraient bien par changer, même si tous les mois qui couvraient sa seconde session semblaient déjà écrits à l’avance. Il retournerait travailler, sa mère continuerait de le surveiller comme un enfant, tandis que son frère cadet commettait toutes les bêtises possibles sans être jamais puni. Au final, il avait été plus malin dans sa stupidité. En faisant le désespoir de ses parents, Ylan s’était assuré une belle tranquillité. Le visage neutre et sans émotion, Lenny posa son manteau au vestiaire. Il salua quelques habitués qu’il croisait d’un concert à l’autre sans jamais vraiment leur parler d’un hochement de tête poli. Au moins, les personnes paisibles de cette société le traitaient avec une certaine bienveillance. Elles appréciaient de voir une jolie tête blonde comme la sienne si fidèle à une musique que nombre d’adolescents délaissaient au profit de rythmes binaires barbares. Comme le concert ne devait pas débuter avant trente minutes, il s’arrêta au bar pour demander une coupe de champagne. C’était bien le seul plaisir qu’il lui restait, boire un verre, se laisser bercer par la musique en imaginait que tout pouvait encore changer. Et, au fond de lui, il ressentait quelque chose d’étrange, encore indéterminé, qui semblait aller dans ce sens.

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Mar 20 Jan - 22:55

Il y avait maintenant près de six mois qu'Ezra était de nouveau célibataire. Contrairement à ses habitudes, il ne cherchait pas à se remettre en couple. Par le passé, il avait guéri les absences en les cachant sous de nouvelles présences. Le départ de Kayla de sa vie l'avait plongé dans le doute et il prenait un peu de temps pour réfléchir sur sa manière d'orienter sa vie. Employait-il les bonnes méthodes pour se dissocier de Quetzalcóatl? Ne réussissait-il pas qu'à devenir de plus en plus doué dans les faux-semblants? En y repensant, il avait du mal à distinguer le vrai du faux dans tout ce qu'il avait dit et fait ces dernières années. Où s'arrêtaient les mensonges? Combien de personnes avait-il aimées réellement?

Son existence lui paraissait sans but concret aujourd'hui, et il fallait qu'il lui trouve un sens.  Se fixer des objectifs était le seul moyen, à ses yeux, d'arriver à avancer quand on avait l'éternité devant soi. Il y avait des siècles maintenant qu'il poursuivait cette quête de l'amour et chacune de ses tentatives s'était soldée par un échec douloureux. Il commençait vraiment à en avoir marre des efforts vains, l'un après l'autre. Avant Kayla, il y avait eu plusieurs personnes, bien sûr. Des hommes et des femmes aux différences marquantes s'étaient succédés, mais personne n'était resté. Il était horrible de constater qu'une personne pouvait un jour être si proche de soi et, un peu plus tard, redevenir l'étrangère qu'elle était avant qu'on la rencontre. Le plus intolérable restait cette amère nostalgie qui se superposait presque toujours aux bons souvenirs et leur retirait toute leur saveur. Il ne restait souvent rien de beau des amours éteints, sinon des cendres auxquelles on préférait ne plus toucher, de peur de se salir ou d'y rencontrer des braises cachées.

Ezra n'avait pas fait une croix définitive sur l'amour. Il avait simplement cessé de le rechercher à tout prix, pour le moment. Comme il était âgé de plusieurs siècles, quelques mois passaient très vite pour lui. Depuis sa rupture, il réfléchissait, de cette sagesse discutable que les années et les expériences lui avaient permis d'acquérir, aux meilleurs moyens d'atteindre l'ultime dessein d'être complet et unique. Il ne niait pas que persister dans ses tentatives pour devenir bon puisse lui permettre de se dissocier de Quetzalcóatl, mais il doutait sur les moyens d'y arriver, après tant de parties perdues contre l'amour. Il avait commencé à songer à plusieurs solutions pour améliorer son sort, comme cesser de vendre de la drogue ou encore déménager dans un quartier reflétant plus les personnes à l'âme moins noire, mais il n'avait arrêté son choix sur aucune idée en particulier.

Se retenir de faire le mal lui était plus difficile depuis le départ de Kayla et depuis le début de cette nouvelle remise en question. Il y parvenait beaucoup plus facilement lorsqu'il était heureux et concentré sur ses projets avec elle, ou encore avec une autre personne élue de son coeur. De nouveau seul, Tezcatlipoca avait du mal à résister à l'envie de succomber à ses vieilles habitudes. Néanmoins, il ne pouvait pas se permettre de recommencer à faire le mal après tous ces efforts pour cesser d'être l'ombre de son frère. Il faisait donc de son mieux pour se tenir occupé à des activités en accord avec ses plans sur le long terme.

Ce soir-là, justement, Ezra avait choisi de sortir écouter un orchestre. Il évitait encore les spectacles de danse, malgré son intérêt pour cet art, car ceux-ci lui rappelaient trop Kayla et, même s'il s'était fait à l'idée qu'elle n'était pas le grand amour qu'il cherchait depuis si longtemps, leur séparation n'était pas complètement sans douleur dans sa mémoire. Néanmoins, les journées s'accumulaient et faisaient disparaître ses regrets.

Le jeune homme était arrivé à l'avance, car il détestait être bousculé dans l'entrée et au vestiaire. Surveiller les coudes menaçant de se planter accidentellement dans son visage ne lui plaisait pas particulièrement. Il était donc en train d'attendre l'ouverture de la salle, un verre à la main, quand il aperçut Lenny Pinsker. Il n'hésita pas longtemps et se dirigea vers lui. Ezra avait bien besoin de contacts sociaux ces temps-ci. Parler à quelqu'un, peu importe le sujet, allait certainement lui faire du bien.


-Bonsoir, Lenny.

Il y avait assez longtemps qu'il n'avait pas passé de temps avec Lenny. Il avait eu l'impression que le jeune homme l'évitait, alors qu'il était en couple avec Kayla, et il n'avait pas forcé les choses pour le voir. Le dieu n'avait du temps pour les enfantillages que lorsque ceux-ci l'amusaient ou le servaient. Puis, les semaines s'étaient entassées à un rythme incontrôlable. Voilà qu'ils étaient au début d'une nouvelle année et qu'ils se croisaient par hasard à ce même genre de soirée que la première fois qu'Ezra avait remarqué Lenny.

-Tu es seul?

Une partie de lui espérait que ce soit le cas. Il avait envie de discuter avec Lenny, mais la pensée d'être présenté à des inconnus lui déplaisait, à cet instant.

-Je suis venu seul et je ne pensais pas rencontrer une personne connue. Je suis très heureux de te voir, d'ailleurs.

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Lun 26 Jan - 17:19

Pour survivre, Lenny apprenait à ne penser à rien. Il parvenait avec une certaine efficacité à rester le regard dans le vague, absorber de l’alcool et attendre un événement quelconque. Des bribes de conversations entraient et sortaient de son oreille sans y laisser la moindre marque, il laissait le temps couler sans s’inquiéter d’être un acteur passif, un élément oublié dans le décor. Que pouvait-il y faire, de toute façon ? Parfois, il réfléchissait à ses histoires, il rêvassait au sujet d’un hypothétique succès littéraire, se persuadait que sa place n’était jamais mieux que vissé derrière son écran d’ordinateur à taper une suite de mots sans fin, compter les signes, les pages, produire une œuvre débordante, comme celle de Proust, et peut-être finir malheureux, mais célébré après sa mort. Lenny savait qu’il possédait du talent. Quand il regardait les textes des gens de son âge qui prétendaient écrire, il ne lui faisait aucun doute que ses productions étaient incroyablement meilleures. Mais, la plupart du temps, il suffisait de les entendre parler. Tous semblaient si imbéciles que rien de grandiose ne pouvait sortir de leurs petits esprits. Cependant, il n’espérait pas être reconnu par ses contemporains. Il se pensait doué et imaginait aussi que la plupart des gens détesteraient ce qu’il faisait, à cause de leur mauvais goût, alors il ne montrait rien, ou postait quelques chapitres sous pseudonyme avec son blog d’écriture. Cela pourrait paraître étrange d’ailleurs, mais il se faisait passer pour une fille. Au début, l’idée lui avait semblé parfaite pour se détacher véritablement de son identité, et aborder des sujets qui risquaient de le faire passer avec trop d’évidence pour un gay. Aujourd’hui, avec son petit lectorat, il se sentait profondément coincé. Non pas que ses « fans » lui en voudraient de ce mensonge, ils trouveraient sans doute cela très amusant, mais Lenny, en revanche, reconnaissait ce travestissement assez honteux. Un tas de filles se faisaient passer sur des garçons sur internet en avançant toujours des arguments apparemment solides. Mais l’inverse, se pratiquait beaucoup moins, on irait à tous les coups penser qu’il avait de sérieux problèmes avec sa sexualité et autres choses du genre. Certes, ce n’était pas faux. Néanmoins, il ne voulait paradoxalement surtout pas être associé à une fille. Il n’aimait que les personnages féminins qu’il créait. Les filles réelles, même sa mère au final, étaient toutes, ou à de rares exceptions près, absolument détestables.

Mais cette longue digression était inutile, puisque ce soir, Lenny ne pensait réellement à rien. Il guettait le signal pour enfin passer dans la salle du concert, trouvait le temps long, regrettait un peu de n’avoir personne avec qui partager cet instant. Il était si inattentif au monde qui l’entourait qu’il ne vit pas un jeune homme en fauteuil roulant se diriger vers lui. Quand Ezra le salua, la surprise le fit se retourner un peu brusquement. Ils ne s’étaient plus adressés la parole depuis l’année passée. Entre temps, Lenny l’avait déjà croisé à d’autres concerts, mais l’idée de sa relation avec Kayla l’énervait d’une manière qu’il ne s’expliquait pas vraiment. Cette fille ne lui avait pas fait bonne impression. Même s’il n’aimait pas beaucoup les filles en général, cette blonde lui semblait particulièrement plus inutile, et superficielle que d’autres. Il en voulait à Ezra d’élire à ses côtés une si mauvaise partenaire alors que ce garçon lui avait semblé intelligent. Cela justifiait-il tant de haine de sa part ? Il n’en était pas certain. Cependant, sa rancœur pour un garçon qui ne lui devait rien était restée assez tenace. L’handicapé avait bien compris le message puisqu’il n’avait plus essayé de s’adresser à lui. Pourquoi ce soir alors ? Lenny ne pouvait y répondre, il savait juste que si le jeune homme avait fait la démarche plus tôt, malgré ses airs hostiles, il ne l’aurait pas repoussé, au contraire. Les mouvements d’humeur du blondinet lui mettaient souvent les gens à dos, mais cela ne signifiait pas que sa démarche était réfléchie, assumée et sincère. Il suivait ses sentiments. Ses sentiments étaient rarement justes, cependant ils le bloquaient sur une contrariété éprouvée à un moment. Les gens ne se donnaient hélas presque jamais la peine de revenir pour balayer d’un simple sourire cette petite contrariété.

- Bonsoir Ezra
, répondit-il avec un pâle sourire qui se voulait engageant. Je suis content de te voir aussi… Enfin, je ne m’attendais pas à avoir de la compagnie ce soir, j’ai renoncé depuis longtemps à essayer d’amener quelqu’un à ce genre de concert. – Il soupira avec un petit air blasé involontaire. – Je n’ai pas la chance de connaître des personnes susceptibles d’être intéressées en-dessous de cinquante ans et je ne vois pas l’intérêt d’inciter quelqu’un à y aller avec moi. Quel intérêt si la démarche d’aller écouter cette musique n’est pas sincère ? Enfin…

Lenny s’arrêta avant de trop en dire. Il était toujours ravi de pouvoir discuter avec quelqu’un mais il maîtrisait trop mal les codes de la conversation pour amorcer convenablement un échange. Il disait souvent des choses que l’on qualifiait d’ennuyeuses, s’y perdait, et restait mal à l’aise devant un auditoire muet. Comme souvent aussi, il éprouvait le besoin de se justifier sur sa solitude. Il voulait assurer que celle-ci était un choix parfaitement volontaire alors que son insistance criait précisément l’inverse.
Il était aussi heureux d'apprendre qu'aucune Kayla n’était dans les parages. Il refusait de supporter toute la soirée la vision de cette horrible fille en train de bécoter un garçon aussi bien qu’Ezra. D'ailleurs, il y avait une chance que ce soit terminé. A priori, ils étaient ensemble depuis plus d’un an, mais si le jeune homme se présentait sans elle, et osait soudain venir vers lui, cela signifiait qu’une rupture avait eu lieu. Au bout d’un an, ils auraient dû être un couple accompli, désireux de passer toutes ses soirées ensemble non ?

- Comment vas-tu depuis ce temps ? Je crois que les choses se passaient plutôt bien pour toi la dernière fois que nous avons pu discuter...

Quoi ? Sa question était parfaitement fourbe, intéressée et indélicate ? Et Alors ? Il n'était censé être au courant de rien, donc tout se passait peut-être toujours très bien pour Ezra. Il devrait juste se retenir pour ne pas montrer sa joie ou sa déception selon le contenu de la réponse.

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Mer 11 Mar - 19:37

La passion était facile à trouver. Du moins, c'était l'avis du dieu maléfique. Ses années sur terre lui avaient rappelé ce fait qu'il avait déjà expérimenté du temps où il était un dieu bien connu. On montrait aujourd'hui l'attirance magnétique entre deux personnes comme le but ultime à atteindre pour être pleinement comblé alors qu'il s'agissait de quelque chose de presque banal. Il suffisait que deux personnes se trouvent attirantes et se laissent aller. Tezcatlipoca avait connu plusieurs unions brûlantes et, s'il avait été transporté par celles-ci, elles ne l'avaient pas bouleversé comme l'avaient fait des relations basées sur la connaissance de l'autre. L'idéal, plus difficile à réaliser, reposait sur un savant mélange des deux dimensions: l'instinct et la conscience.

Jamais Tezcatlipoca n'avait considéré la passion comme quelque chose d'automatiquement positif. Les nombreux films d'amours où les héros tombaient amoureux au premier regard et passaient leur vie ensemble par la suite le dérangeaient parce qu'ils étaient à la fois irréalistes et niais. Comme si trouver un amant signifiait immanquablement trouver un mari. Même les plus mauvaises personnes pouvaient être séduites ou, pire, conquérir une autre personne. Accorder de l'intérêt à une personne parce que son apparence nous faisait tourner la tête n'avait rien de romantique aux yeux d'Ezra. C'était ordinaire, tout simplement.

Ce que le dieu cherchait depuis longtemps - et qu'il n'avait jamais réussi à pleinement atteindre - se révélait être loin de ce que les romans d'amour dépeignaient. Il ne cherchait pas un amour qui le changerait radicalement ou qui deviendrait son obsession centrale, ou encore un amour d'une pureté inimaginable. Il voulait seulement une personne intéressante et spéciale qui le comprendrait et qui l'aiderait à être lui-même...et donc, qui lui permettrait de cesser d'être hanté par la certitude qu'il n'existait que comme poids compensant pour celui de Quetzalcoatl sur une balance imaginaire. Après tant d'années parsemées d'échecs douloureux, il doutait qu'il y arriverait. Il prenait une pause dans sa quête de l'amour, mais pas dans sa recherche d'individualité. Il lui fallait arriver à une solution, à un plan, mais rien ne lui apparaissait aujourd'hui.

L'art était l'un des moyens d'Ezra pour songer à autre chose qu'attirer une personne chez lui pour la torturer. Il y avait des moments où son ancienne existence lui manquait, même s'il se souvenait de l'impression d'égarement qui le suivait en permanence. Être craint des foules, recevoir des sacrifices, terroriser les humains...  Sa vie de dieu du mal était tout de même excitante, si on la comparait à la monotonie de celle d'un jeune homme coincé dans un fauteuil roulant quand le soleil brillait. Il se concentrait donc sur la musique, la peinture, le dessin... Il ne créait pas vraiment lui-même, se contentant d'apprécier les grands classiques et les nouvelles oeuvres. Les humains étaient fascinants pour ce qui était de l'art: ils dédaignaient un artiste vivant pour ensuite le glorifier des siècles après sa mort.

Lenny fut visiblement surpris lorsque l'autre jeune homme l'aborda. Néanmoins, il lui offrit un sourire, ce qui signifiait qu'il ne souhaitait pas le départ immédiat de son interlocuteur.


- Bonsoir Ezra. Je suis content de te voir aussi… Enfin, je ne m’attendais pas à avoir de la compagnie ce soir, j’ai renoncé depuis longtemps à essayer d’amener quelqu’un à ce genre de concert.

Ezra ne put réprimer un minuscule sourire devant l'air las et désabusé de Lenny. L'attitude de ce jeune homme l'amusait souvent, et il se gardait bien de lui en faire la remarque, car il savait très bien que ce n'était pas volontairement que Lenny le faisait sourire.

-Je n’ai pas la chance de connaître des personnes susceptibles d’être intéressées en-dessous de cinquante ans et je ne vois pas l’intérêt d’inciter quelqu’un à y aller avec moi. Quel intérêt si la démarche d’aller écouter cette musique n’est pas sincère ? Enfin…

-Tu as raison; mieux vaut la solitude que l'embarras, bien sûr. Comme tu peux le voir, je n'ai pas non plus accompli le miracle de venir accompagné. Je ne pensais d'ailleurs pas te rencontrer ici ce soir, puisque tu m'as semblé très occupé ces derniers temps... Dans le cas contraire, je t'aurais certainement proposé de venir avec moi.

Il lui mentait effrontément, et ce, avec le plus doux des sourires. Ezra n'avait pas la naïveté de croire que Lenny avait été pris par des obligations l'empêchant de voir tous ses amis. Le dieu savait qu'il avait été mis de côté, boudé pour une raison qu'il ne s'était pas donné la peine de découvrir et que son ami n'avait jamais cru bon de lui faire connaître. Mettre Lenny mal à l'aise était le but principal de sa gentillesse feinte.

- Comment vas-tu depuis ce temps ? Je crois que les choses se passaient plutôt bien pour toi la dernière fois que nous avons pu discuter...

Une ombre passa dans le regard d'Ezra. Il était venu ici ce soir pour se changer les idées et il n'avait pas l'impression que confier le désarroi dans lequel le plongeait ce nouvel échec amoureux allait l'aider à se sentir mieux. Le dieu profita d'une gorgée dans son verre pour prendre quelques secondes pour chercher les meilleurs mots pour bien paraître. Une fois la petite quantité de boisson avalée, il n'avait toujours pas de réplique miracle à servir à Lenny.

-Eh bien...je n'ai pas voulu te déranger avec mes soucis, mais Kayla m'a laissé tomber. Elle ne m'a pas expliqué grand chose à ce sujet, mais sa décision est définitive.

Ou comment attirer la pitié en deux phrases. Mauvais. Très mauvais.

-Mais ce n'est pas comme si j'étais le genre à accourir dès qu'on me rappelle. Ça fait quelques mois déjà et je suis passé à autre chose.[/color]

Il y croyait à moitié. Il avait effectivement fait une croix sur Kayla, mais il ne se sentait pas mieux par rapport à ses plans d'avenir. Mieux vallait éloigner l'attention de sur sa vie amoureuse.

-Et toi?

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Mer 18 Mar - 19:29

Ignorer une personne avec laquelle on s’est bien entendu par le passé est une chose assez désagréable. Il faut toujours feindre d’être parfaitement occupé, éviter assez bien son regard pour pouvoir laisser l’autre penser qu’on ne l’a pas vu, et feindre la surprise s’il se décide à faire le premier pas. Comme Lenny n’était pas du genre à piquer des colères très ouvertes, il laissait souvent grossir son sentiment de gêne, de rancœur, pour rendre ces situations inévitables. Il avait même fini par considérer que la plupart des gens employaient les mêmes ruses et l’ignoraient quand ils n’avaient réellement pas remarqué sa présence. Alors, il se mettait à les détester aussi. Il pensait toutes sortes de méchancetés sur eux jusqu’à ce qu’ils lui adressent un grand sourire qui le soulageait autant qu’il l’embarrassait. Face à Ezra, il se trouvait cependant idiot de s’être imposé toute cette gêne. Ce garçon était l’un des rares à partager un peu de ses passions. Il s’était coupé de son seul interlocuteur possible en concert, peut-être même d’un ami avec lequel il pourrait faire des activités culturelles accompagnées de discussions intéressantes. Mais il y avait Kayla. Il n’aimait pas cette fille. Les personnes en couple l’exaspéraient. Il ne supportait pas l’idée de ne pas avoir une place privilégiée dans une relation, même si ce n’était qu’amical, sinon il redoutait sans cesse l’abandon. Lorsqu’il y songeait, il finissait toujours par conclure qu’il valait mieux être seul. Ce n’était pas une situation très agréable, mais au moins, aucune attente, donc aucune déception.

Ezra ne semblait pas se vexer de tout le talent mis en œuvre pour passer à côté de lui sans le voir ces derniers mois. Il lui signifia même avec une extrême politesse qu’il l’aurait invité à se joindre à lui s’il ne l’avait pas pensé si occupé. Lenny tenta de dissimuler son malaise, mais son visage se figea un instant. Deux interprétations lui venaient à l’esprit, et elles n’avaient rien pour le réjouir. D’un côté, le jeune homme jouait peut-être le même jeu que lui. Même s’il était revenu vers lui, cela signifiait qu’il s’en voulait aussi de l’avoir ignoré et essayait de chasser son sentiment de culpabilité. Mais pourquoi ? Avait-il senti qu’il détestait sa petite amie ? Avait-il autre chose à lui reprocher ? Une chose qu’il ignorait encore… S’était-il ridiculisé à un moment sans le savoir ? Cette gourgandine de Kayla avait-elle eu l’affront de lui demander de ne plus jamais s’adresser à lui ? ça ne pouvait qu’être ça. Dans l’autre cas, Ezra l’appréciait vraiment. Il aurait voulu se rapprocher de lui, et il était passé à côté d’une belle entente en le méprisant. Toutes ces pensées contradictoires le perdaient. Il estimait cependant que le meilleur scénario était celui qui donnait Kayla le rôle de la castratrice, et les posait tous les deux en victimes de la cruauté féminine. Malheureusement, la vérité était rarement là où il espérait la trouver. En considérant que, de toute manière, si le jeune homme lui faisait la conversation leur relation n’était pas en mauvaise voie, il s’en tira comme il put en bafouillant maladroitement :

- Ah… C’est gentil… Enfin, j’ai effectivement été très occupé ces derniers mois. On parle beaucoup de ces étudiants qui échouent leur première année, et mes parents n’approuvent pas tellement mon choix d’étude, je voulais vraiment être dans les meilleurs. Surtout que ma mère… - Mais pourquoi était-il déjà en train de s’emballer et de raconter sa vie ? Son excuse devenait beaucoup trop longue. – Laisse tomber… Je pense que j’ai une assez bonne avance pour relâcher la pression maintenant alors on pourra sans doute aller à un spectacle ensemble, je crois qu’une bonne saison de concerts s’annonce pour ce printemps.

Il avait lancé cette invitation avec plus de vivacité qu’il ne l’aurait souhaité. Pour une raison inexplicable, son cœur et sa gorge se serrèrent douloureusement lorsqu’il se tut. Qu’y avait-il de gênant à proposer à un autre passionné de musique classique quelques concerts ? Tout le monde faisait ça, non ? Mais, quand il soutenait le regard magnifique d’Ezra, lui proposer ce genre de chose lui semblait complètement fou. Il devait cependant être certain de sa rupture avec la blondasse. Si il excusait son absence parce qu’elle souffrait d’ignobles fuites sanglantes entre les jambes, ou autre problème idiot de filles, il était parfaitement capable de le détester à nouveau. Cependant, le jeune homme lui avoua que la mégère l’avait lâché. Définitivement lâché. L’information passa rapidement, puis plus lentement dans son esprit. Il la savoura, mais déchanta assez vite en entendant l’expression « passer à autre chose ». Cet « autre chose » impliquait-il « quelqu’un d’autre » ? Entre la jubilation qu’il tentait de cacher, ses interrogations, et une sorte de mal de crâne qui revenait sournoisement dans sa tête, Lenny répondit un peu trop vite à sa dernière question.

- Je suis passé à autre chose aussi. – Il cilla nerveusement. Qu’était-il en train de raconter ? – Heu… Je veux dire… J’ai eu d’autres priorités avec les cours, et je m’attendais à rencontrer des gens plus intéressants à l’université alors… Mais en tout cas, tu fais bien je pense d’être passé à autre chose. Je n’ai pas trouvé que vous alliez très bien ensemble, j’imagine que tu as fait d’autres rencontres depuis…

Si Ezra répondait par l’affirmative, il venait de tendre le bâton pour se faire battre. Au moins, il serait fixé. Il espérait le mettre en confiance en lui faisant croire qu’il était certain de sa capacité à rencontrer d’autres personnes qui le méritaient davantage que Kayla mais, au fond, il savait par avance qu’il détesterait cette autre personne. Cependant, son mal de tête s’intensifia. Il eut même, un instant, l’impression d’entendre des voix intérieures, des murmures, des cris, des grésillements. Qui faisait ça ? Soudain perturbé, il regarda autour de lui et demanda malgré lui :

- Qu’est-ce que c’est ? – Devant l’air perplexe d’Ezra, il se sentit obligé d’expliquer. – On dirait que quelqu’un pleure non ?

Un écran noir passa sur son front. Il ferma douloureusement les yeux. Ce qui arrivait n’était pas normal. Ça se passait à l’intérieur de lui. Et s’il faisait une attaque cérébrale. Il porta soudain une main sous ses narines.

- Je ne saigne pas du nez, pas vrai ? Je…
Ses lèvres tremblèrent, ses yeux se voilèrent et les pupilles se rétrécirent. Quelqu’un pleurait, souffrait et appelait désespérément au secours quelque part dans le bâtiment. Et, alors que le public commençait à se diriger vers la scène pour prendre place, Lenny partit soudain dans la direction opposée.
- Il y a quelque chose… Il y a quelque chose au sous-sol, répéta-t-il.

En fait, il ne pensait plus vraiment par lui-même. Il n’arrivait pas à résister à cette sorte d’appel qui lui dictait de trouver l’entrée du sous-sol, et une impression d’urgence terrible. Il lui semblait qu’une personne… que des personnes allaient mourir s’il ne les retrouvait pas.

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Ven 10 Avr - 15:56

Ce qui était ennuyeux, lorsqu'on était un dieu âgé de plusieurs siècles, c'était qu'il existait très peu de nouvelles expériences à faire. Au bout de seulement quelques décennies, il fallait considérablement élargir ses intérêts si on ne voulait pas s'ennuyer. Ezra était bien heureux de s'être découvert une passion pour l'art. Celui-ci évoluait avec les époques et permettait au dieu de se divertir facilement. Au besoin, les musées étaient là pour présenter les anciennes oeuvres les plus officiellement marquantes, ce qui donnait au dieu la possibilité de conserver une sorte de lien avec le passé.

Il était amusant de voir tous ces humains si éphémères venir naïvement admirer des toiles et des sculptures dont ils ne connaissaient que les sages informations affichées par les musées. Souvent, ils paraissaient fascinés par des détails qui, lors de la création de l'oeuvre observée, n'importaient aucunement ni à l'artiste ni à l'homme moyen de l'époque. Tezcatlipoca avait été présent alors que les grandes oeuvres étaient mises au monde. Sans être perché tout près des créateurs de celles-ci, il avait connu les moeurs et les gens de ce temps. Aller dans un musée lui faisait l'effet d'ouvrir un vieil album photo, tout comme écouter d'anciennes mélodies.

En dehors de cette vague nostalgie, Ezra n'accordait pas beaucoup plus d'estime aux oeuvres dites classiques qu'aux nouveautés de l'heure. Il ne boudait pas les oeuvres actuelles. Pour lui, l'âge d'une pièce n'en déterminait pas la valeur artistique ni l'intérêt émotionnel ou intellectuel. La chanson originale d'un adolescent avec sa guitare sur le coin d'une rue pouvait revêtir autant d'intérêt qu'une symphonie. Le dieu aimait facilement toute oeuvre, mais il ne s'accrochait pas longuement à chacune d'elles. S'il appréciait les découvertes, il ne se lassait pas de ce que d'autres qualifieraient de vieilleries et qui l'avait marqué. Ce qui était malheureux avec la modernité était qu'une proportion plus grande des créations s'avérait vide après la première écoute ou la première observation. On fabriquait pour consommer et jeter. Tezcatlipoca ne se plaignait pas de ces chansons un peu cacophoniques ou du théâtre expérimental et leur donnait leur chance sans juger sévèrement, mais il passait justement à autre chose après avoir vécu le moment et, comme la la plupart des êtres humains parmi lesquels il évoluait, il recherchait toujours un nouveau point d'intérêt à absorber et recracher.

Au moins, il restait toujours une partie de la population pour continuer à apprécier les grands classiques. Si certaines nouveautés étaient bouleversantes, l'art intemporel n'achevait jamais d'attirer son attention. Ezra appréciait d'investir son temps dans une valeur sûre, telle la consommation d'un concert comme celui de ce soir-là. La seule chose qui l'intéressait autant que l'art était l'humain. Depuis des siècles, à partir des sacrifices en son honneur jusqu'au manque de respect pour un jeune homme en fauteuil roulant, les humains le fascinaient. Ils étaient si illogiques.


- Ah… C’est gentil… Enfin, j’ai effectivement été très occupé ces derniers mois. On parle beaucoup de ces étudiants qui échouent leur première année, et mes parents n’approuvent pas tellement mon choix d’étude, je voulais vraiment être dans les meilleurs. Surtout que ma mère... Laisse tomber… Je pense que j’ai une assez bonne avance pour relâcher la pression maintenant alors on pourra sans doute aller à un spectacle ensemble, je crois qu’une bonne saison de concerts s’annonce pour ce printemps.

Il était évident que Lenny avait cessé de bouder, ce qui réjouissait le dieu plus qu'il ne l'aurait crû s'il s'était posé la question quelques minutes plus tôt. La solitude commençait un peu à lui peser et il n'avait pas envie de perdre du temps auprès d'humains ordinaires obnubilés par leurs réseaux sociaux et leurs calories au point de ne pas avoir une seule seconde pour l'art.

-Ça me ferait vraiment plaisir.

Sourire innocent.

- Je suis passé à autre chose aussi.

Le dieu dut baisser les yeux une seconde pour ravaler son amusement. Lenny qui s'emmêlait dans ses paroles était un spectacle plutôt délectable.

- Heu… Je veux dire… J’ai eu d’autres priorités avec les cours, et je m’attendais à rencontrer des gens plus intéressants à l’université alors… Mais en tout cas, tu fais bien je pense d’être passé à autre chose. Je n’ai pas trouvé que vous alliez très bien ensemble, j’imagine que tu as fait d’autres rencontres depuis…

Ah bon. Kayla et lui n'allaient pas bien ensemble? Si on se fiait à ce petit indice ainsi qu'au fait que Lenny avait cessé de lui parler, le chemin n'était pas long à tracer: le jeune homme n'aimait pas Kayla. Les motivations de ce sentiment échappaient à Ezra et, comme ses propres raisons d'en être arrivé à cette conclusion étaient difficiles à défendre, il ne pouvait pas questionner Lenny.

-Oui et non. Les rencontres sont un peu plus compliquées dans mon cas - Il désigna ses jambes d'un mouvement évasif. - et j'ai préféré mettre mon énergie ailleurs. J'ai pris du temps pour moi.

Il avait parlé avec désinvolture et non dans le but d'attirer la pitié sur sa condition. Il était simplement vrai que les filles se jetaient beaucoup moins sur les handicapés.

- Qu’est-ce que c’est ?

-Quoi?

-On dirait que quelqu’un pleure non ?


Non...? De quoi parlait-il? Le dieu observa le visage de son interlocuteur alors que celui-ci fermait les yeux, pris d'un trouble inexplicable. Ezra en profita pour capturer le reflet de Lenny dans sa bague d'obsidienne. Peut-être en apprendrait-il plus grâce à la magie.

- Je ne saigne pas du nez, pas vrai ? Je…

-Non, tu ne...

- Il y a quelque chose… Il y a quelque chose au sous-sol.


Avant qu'il n'ait le temps de réagir avec intelligence, Lenny le contourna et s'éloigna sans lui donner plus d'explications. Le temps de se retourner, Ezra ne put que l'apercevoir s'engager dans l'escalier du théâtre - voilà qui était bien pratique pour essayer de le suivre!

Le jeune homme en fauteuil roulant se fraya un chemin entre les gens jusqu'à arriver devant un ascenseur. Une fois engouffré dans celui-ci, Ezra s'empressa de fermer les portes pour être seul, appuya sur le bouton désignant le sous-sol et pencha la tête sur sa bague d'obsidienne.

Le dieu ne mit pas longtemps après l'ouverture des portes de l'ascenseur pour retrouver Lenny.


-Tu m'expliques ce qui se passe?

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Jeu 23 Avr - 17:32

Avant de perdre conscience, Lenny se réjouissait intérieurement de savoir Ezra toujours célibataire, bloqué dans sa condition d’handicapé. Au final, Kayla n’était qu’une exception. La plupart des filles étaient bien trop superficielles pour voir au-delà des apparences. On leur apprenait à être des choses fragiles, des sortes de parasites qui devaient s’accrocher à plus fort pour survivre. Bizarrement, l’idée semblait leur plaire. Elles s’extasiaient devant des montagnes de muscles idiots qui, au final, les frappaient plus qu’ils ne les défendaient, et laissaient de côté les garçons trop dépendants. Proposer son amitié à une personne plus faible avait des avantages pourtant. Lenny se sentait rassuré de savoir Ezra peu recherché. S’il luttait un peu mieux contre sa timidité, il pourrait peut-être devenir véritablement proche de lui. Même si, d’un côté, il n’était pas certain de pouvoir se féliciter de profiter d’une personne diminuée par manque de confiance en lui, les gens jugeraient probablement leur relation différemment. Personne n’oserait la critiquer ouvertement. Il aurait l’air de faire une bonne action, d’avoir plus de cœur que n’importe qui… C’était sans doute la motivation même de Kayla ! Elle s’était désintéressée de lui en réalisant que ce couple ne la valorisait pas selon ses prévisions. Mais Lenny estimait réellement Ezra. Il trouvait juste plus confortable, en y réfléchissant, de se lier avec une personne assez peu exposée aux tentations. Ses amitiés de lycée l’avaient déjà trop déçu. Les gens étaient instables par nature. Ils vous juraient une chose un jour, et s’en allaient là où les contrées semblaient plus vertes, où ils trouvaient l’amour, la réussite, la gloire… Avoir de la conversation n’était jamais suffisant pour retenir ces électrons aussi libres qu’ingrats.

Seulement, il était une règle d’or dans son existence. Dès que tout s’annonçait bien pour lui, l’horizon se chargeait de nuages. La dernière fois qu’il avait aimablement fait connaissance avec un joli garçon, on avait essayé de le vampiriser. Ce soir, des voix dans sa tête avaient décidé de s’en mêler. Il fallait avoir un sacré mauvais karma pour échouer sa vie sociale avec une aussi belle régularité. Il en aurait hurlé de rage si les bourdonnements internes ne l’étourdissaient pas au point de lui donner la nausée. Quand il s’agita et commença à marcher, il n’était plus lui-même. Son corps répondait à une urgence. S’il ne suivait pas le chemin qu’on lui soufflait, la douleur empirerait. Elle devait partir et… Et toutes les âmes suppliciées devaient retrouver la paix. Des images de plus en plus terribles se découpaient au travers de visions troubles. Il entendait des appels au secours, des hurlements de douleur. Il commençait à éprouver des choses désagréables, du sang au fond de la gorge, des cordes qui cisaillaient la chair, la sensation d’une boucle obstruée, la peur d’étouffer. Il recevait trop de souvenirs d’un coup pour les distinguer, mais ils parcouraient sa peau. Des larmes silencieuses coulèrent en abondance sur ses joues… Les siennes ? Les leurs ? Quand Ezra parvint à le rejoindre, il lui répondit d’une voix monocorde, en se retournant vers lui mais en regardant un point vide, comme l’aurait fait un aveugle :

— Ils les ont séquestrés… Torturés… Violés… Nous sommes prisonniers depuis un siècle… Emmurés… Oubliés…

Il continuait à avancer d’un pas raide. La situation s’éclaircissait peu à peu. Au début du XXe siècle, des hommes puissants avaient dissimulé sous leur beau théâtre une alcôve secrète où jeunes filles et garçons issus de l’immigration subissaient toutes leurs perversions. Ils étaient des proies faciles, les misérables venus d’Italie, d’Afrique, de Chine, à la recherche de ce rêve américain dont on parlait tant. Certains avaient été enlevés avant de réussir à obtenir des papiers, d’autres vendus pour payer une dette fantaisiste exigée par les mafias, sous peine de voir toute leur famille se faire tuer. Ils étaient attachés, drogués, déchiquetés dans un vide-ordure s’ils mouraient. Cela avait duré des années puis, le groupe de libertins s’était dispersé. Leur dernière cruauté avait été de recouvrir l’entrée à la salle en laissant leurs proies dedans. Révolté par les images qu’on lui imposait, qui salissaient ses pensées, Lenny se stoppa net en attrapant sa tête.

— Arrêtez !! Je ne veux plus voir ça !! Je ne veux plus voir ça !! – Les larmes dégoutaient sur son nez. Mais les esprits parlèrent à nouveau : - … Ils sont morts dans le luxe… L’abondance… Jamais eu à répondre de leur crime…

Les mains de Lenny se plaquèrent brusquement sur le mur qui dissimulait l’ignominie.

— La vérité est derrière… La vérité est derrière…

Il répéta cette phrase plusieurs fois tandis que ses mains martelaient la pierre avec de plus en plus de frénésie. Ses nerfs ne lui appartenaient plus. Chaque coup aurait dû le faire crier de douleur, mais il n’arrivait pas à le faire. Il était pourtant certain d’avoir toutes les jointures ouvertes, peut-être même les os abîmés. Ses mains allaient se briser avant que le mur n’ait bougé d’un pouce. Même à dix sur lui, les esprits n’auraient jamais assez de puissance pour tirer un meilleur parti de son corps. Ils étaient désespérés, juste trop heureux d’avoir trouvé un être avec lequel établir une connexion pour le lâcher. Mais Lenny le sentait, leur pensée était vieille, désordonnée, ce n’était peut-être plus qu’un simple souvenir qui tournait en boucle, une obsession qui le hantait au point de mettre sa propre vie en danger.

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Dim 26 Avr - 11:21

En tant que dieu maléfique, Tezcatlipoca avait vu beaucoup d'horreurs. Il avait été responsable de massacres mais, à l'époque, il se distanciait suffisamment des humains pour posséder la même insensibilité à leur malheur que celle d'un enfant gâté à la vue de la fourmilière qu'il venait d'innonder. Il martyrisait et éliminait de petites créatures de loin plus faibles que lui et dont le destin lui importait peu. Il agissait à la fois par envie de faire souffrir plus petit que lui, par ennui et par devoir. Il avait la responsabilité, en ce temps, de commettre les pires infamies pour que son frère, Quetzalcóatl, ait à rétablir l'équilibre en se montrant gentil, courageux et lumineux. Cette routine avait duré assez longtemps pour que les deux dieux se sentent à l'aise dans leur tâches, même si celles-ci allaient à l'encontre de leurs réelles envies.

Ezra se demandait parfois si celle qui était maintenant sa soeur et non son frère avait, à l'époque, ressenti le même malaise que lui, la même force tirant à contre-sens de ce qui était attendu d'un grand dieu au titre bien évident et aux actions délimitées par sa place dans un équilibre plus important que sa personne. Se pouvait-il que Quetzalcóatl en ait eu marre de jouer le gentil? C'était improbable. Ce rôle était celui que n'importe qui espérait. Tezcatlipoca avait lui-même secrètement rêvé de cette place de choix qui revenait au héros, mais il était né avec les devoirs du vilain et il s'était empressé de les prendre en charge du mieux possible. Avec le temps, il était devenu si doué qu'il avait fini par prendre le dessus sur son frère en l'entraînant dans une chute vers la dépravation, ce qui avait signé son départ vers la dimension des humains dans le but d'y vivre autrement qu'esclave du juste équilibre des choses. Vaincre la bonté de son frère lui avait laissé entrevoir la possibilité de se détacher de lui et il avait fui.

Le dieu doutait encore de la sagesse réelle de sa décision. Ses jambes inertes dès le lever du soleil lui rappelaient quotidiennement l'existence de sa soeur, laquelle ne lui avait pas laissé le droit de fuir seul. Néanmoins, il avait maintenant l'impression d'agir pour lui-même et non en tant que serviteur du mal. Il réfléchissait avant d'agir et arrivait maintenant facilement à faire le bien, malgré une certaine inclinaison aux colères noires et froides, aux pensées sadiques et aux activités dangereuses.

Lenny avait intéressé Ezra, à la base, parce qu'il était rare de voir quelqu'un de son âge apprécier la musique classique. Habituellement — Tezcatlipoca l'avait confirmé à plusieurs époques — les jeunes aimaient ce qui était de leur temps. Après avoir capturé son reflet dans sa bague et l'avoir analysé, Ezra avait compris que Lenny possédait d'intéressantes différences avec les autres humains, ce qui avait attisé son intérêt pour lui. Avec les années, Ezra avait connu des centaines d'humains plus fascinants les uns que les autres et Lenny semblait assez prometteur à ce sujet, si on considérait sa sensibilité mais, aussi, les manières tordues qu'il avait d'éviter de se laisser submerger par celle-ci. Il avait vite rappelé à Ezra un certain dieu, il y avait des siècles, se sentant tout petit sous les montagnes de responsabilités qu'il se savait seul à porter. Les qualités des gens soulevaient toujours l'intérêt du dieu mésoaméricain, mais leurs faiblesses le passionnaient bien davantage.

Le pouvoir de lecture des reflets d'Ezra ne lui permettait pas de saisir toute la personnalité, toute la vie, toutes les pensées ni tous les pouvoirs magiques d'une personne en une seule fois. Habituellement, un reflet contenait plusieurs éléments importants et présents lors de la capture de celui-ci. Aussi, dans l'ascenseur, le dieu prit évidemment conscience du pouvoir de médiumnité de Lenny et eut un bref aperçu de ce qui l'avait poussé à descendre sans plus se soucier de lui. En franchissant les portes de l'ascenseur, le dieu savait que son ami était la proie de visions du passé de l'endroit où il se trouvait, sans toutefois savoir exactement lesquelles. Il choisit toutefois de faire comme s'il ne savait rien, par souci de simplifier les choses mais, aussi, parce qu'il préférait ne révéler ses pouvoirs qu'en cas de nécessité.


— Ils les ont séquestrés… Torturés… Violés… Nous sommes prisonniers depuis un siècle… Emmurés… Oubliés…

L'envie d'interrompre Lenny et de l'éloigner était présente chez le dieu, car celui-ci trouvait ces esprits bien sadiques de faire souffrir un vivant qui ne leur avait rien fait. Cependant, en toute froideur, il devait se résoudre au fait que ce genre d'épreuve pouvait faire avancer considérablement une personne sur les niveaux magique et personnel. Aussi, il resta immobile en fixant Lenny.

— Arrêtez !! Je ne veux plus voir ça !! Je ne veux plus voir ça !!

Ses mains se serrèrent un peu sur les bras de son fauteuil.

- … Ils sont morts dans le luxe… L’abondance… Jamais eu à répondre de leur crime…

Lorsque Lenny se mit face à un mur, Ezra fit pivoter son fauteuil pour se retrouver derrière lui, face au mur lui aussi, pour bien voir ce qui se passait.

— La vérité est derrière… La vérité est derrière…

Souvent, les médiums étaient pris de visions de quelques minutes qui s'estompaient d'elles-mêmes dès que le message était passé ou si on les brusquait pour les faire revenir à eux. Ezra comprit, après quelques coups portés sur le mur, que les chocs physiques ne calmaient aucunement les visions de Lenny. Il se leva donc et fit un pas vers l'autre jeune homme avant de s'immobiliser en secouant la tête. Il reprit place dans son fauteuil maudit et avança avec celui-ci jusqu'à être juste à côté de Lenny. Il attrapa l'une des mains de Lenny et la tint le plus fort possible.

-Lenny, arrête...calme-toi.

Sa lamentable tentative fut naturellement sans effet sur l'état de Lenny.

Ezra soupira, regarda Lenny, regarda le mur...Lenny...le mur... Puis, il posa une main sur la surface de pierres, sans retirer sa main de celle de son ami et ferma les yeux pour mieux appeler son pouvoir de passage. Quand il ouvrit les yeux, quelques secondes plus tard, il se trouvait assis sur le sol, toujours agrippé à l'autre jeune homme. Il se détesta d'avoir oublié de faire traverser son fauteuil avec lui.

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Mer 6 Mai - 16:23

Les esprits étaient faibles, mais nombreux, chargés d’images atroces contre lesquelles Lenny était incapable de lutter efficacement. Au fond de lui, il était terrifié par ce qui lui arrivait, les tortures confuses qu’on lui présentait. Il voulait résister, et ne trouvait pas la volonté nécessaire pour le faire, comme il était difficile de se détacher d’une vidéo horrible sur internet alors qu’elle risquait de nous hanter toute la nuit. Son incompréhension se liait à une fascination morbide, presque masochiste. Jusqu’où ces pervers étaient-ils allés ? Et, surtout, comment pouvait-on imaginer de pareils sévices. Il n’osait valider ce qu’il croyait apercevoir. Il laissait les scènes venir puis les chassait violemment dès qu’elles devenaient intolérables. Non, il ne voulait pas connaître en détails la mort d’une jeune fille agonisant pendant qu’on continuait de la saillir, ou pire encore… Car il y avait pire. Et ce pire le tétanisait psychiquement. Il frappait le mur sans comprendre. Sa douleur physique se mêlait à la souffrance mentale. Il finissait par croire que, si le mur se brisait, son problème s’en irait aussi. Ezra était à ses côtés, mais il n’arrivait plus à distinguer ses paroles au milieu de tous les cris. Il frappait le mur, et c’était idiot. Il ne pouvait pas le briser. Il devait combattre autrement, mais il lui semblait que la détresse des esprits lui aspirait toute envie de le faire. S’il n’était pas passé au travers des murs, il n’était pas certain de sa survie. Mais, pour une curieuse raison, il se retrouva dans la cellule, avec Ezra assis par terre qui lui tenait la main. La surprise la lui fit lâcher. Comment était-ce possible ? Les fantômes du passé possédaient-ils aussi ce pouvoir ? A force de le pousser à s’acharner sur les pierres, avaient-ils réussi à le rendre intangible ? Et pourquoi entraîner Ezra avec lui ? Était-ce leur manière de se venger, en les condamnant aussi ? En tout cas, ils semblaient satisfaits – ou aussi étonnés que lui – puisque leurs voix étaient plus discrètes. Mais elles restaient là, toujours suppliantes, et, il le sentait, montrer leur triste sort à un vivant était important. Que pensaient-ils qu’il allait faire ? Sortir du théâtre et dire à tout le monde qu’il y avait des morts dans les sous-sols, sans aucune preuve pour le confirmer ? Ou, trouver les preuves lui-même, en menant des recherches acharnées pour rendre justice à des inconnus, à des misérables venus illégalement en Amérique pour y mourir pauvrement dans la plupart des scénarios possibles.

Il voulut serrer les poings de colère mais se ravisa quand ceux-ci l’élancèrent douloureusement. Oui, il ne ressentait pas la moindre pitié pour les crânes qui l’observaient de leurs orbites vides. Il se sentait la victime d’une profonde injustice. Les morts n’avaient pas le droit de venir gâcher sa vie, de ruiner sa soirée, et sans doute les prochains mois de son existence en lui imposant les visions de leur propre échec. Qu’y pouvait-il s’ils avaient été assez idiots pour tomber entre les mains de dégénérés sexuels qui avaient été, à l’inverse, assez malins pour échapper à la justice ? Il n’allait pas non plus faire comme ce gamin idiot du Sixième Sens et s’occuper à vie de tous les cas perdus. Il avait déjà bien assez de problèmes lui-même pour s’occuper de ceux de vieux os desséchés. Sa rage restait cependant interne. En apparence, on le voyait encore profondément choqué, le visage pâle, les yeux rougis. Ses ruminations avaient momentanément éclipsé le fait qu’il se trouvait dans une pièce entièrement scellée. Il avança soudain vers l’un des squelettes, le fixa un instant, avec un regard humide qui semblait exprimer la pitié, et sans prévenir, donna un coup de pied violent dedans. Le crâne roula à ses pieds et il le ramassa sans penser que ce geste risquait de bientôt l’écœurer. Après tout, l’être qui avait possédé cette tête était encore quelque part en ces lieux, elle l’entendait, elle le voyait peut-être.

— J’y peux rien si vous avez échoué votre vie… Ok ? J’y peux rien si… - Sa main se mit à trembler et il envoya se fracasser le crâne contre le mur. – Laissez-moi avec mes problèmes, je n’ai pas besoin des vôtres !!!

Lenny avait crié un peu plus qu’il ne l’aurait voulu, en oubliant à moitié la présence d’Ezra. Il se sentait profondément humilié, et, pour chasser le sentiment de honte, rejeter la faute sur les autres était toujours une bonne solution. Apparemment, les esprits ne s’attendaient pas à rencontrer une personne si peu disposée à créer un lien d’empathie avec eux. Non, se découvrir aussi brutalement medium ne lui ouvrirait pas une vocation de sauveur d’âme. C’était bien trop sordide. Mais les images terribles étaient toujours là, sa douleur, son malaise, son état de choc aussi. Et passé son petit éclat, il s’effondra pitoyablement en sanglots. Ce fut aussi rapide que subit, il n’était pas seul et, surtout, il y avait un autre problème, ils se trouvaient dans une pièce sans issue. Il s’approcha, posa ses mains ensanglantées sur le mur dans l’espoir de voir le même phénomène se reproduire. Puis, il se tourna enfin vers Ezra. Ce n’était pas qu’il voulait l’ignorer, mais il ne savait pas quoi faire ni quoi lui dire après tout ce qu’il venait de lui arriver.

— Excuse-moi si je t’ai entraîné là-dedans… Je ne savais pas du tout que ce genre de choses étaient possibles… Je crois qu’ils sont partis… Mais il m’arrive tellement de trucs bizarres en ce moment et… Je… Je n’ai pas la moindre idée la manière dont nous sommes entrés…

Ses propos décousus montraient à quel point il était perdu. Trop de choses arrivaient en même temps et, surtout, il était coincé. Ils étaient coincés. A cause de lui. Ezra n’avait même plus son fauteuil pour avancer. Ils allaient peut-être mourir ici. Il n’aurait certainement pas dû s’énerver contre les morts. La panique commençait sérieusement à le gagner. Comment son compagnon d’infortune faisait-il pour rester aussi serein ?

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Dernière édition par Lenny Pinsker le Dim 22 Mai - 18:19, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Dim 28 Juin - 17:17

Ezra s'était levé de son fauteuil et s'était instinctivement avancé vers Lenny. Les reflets qu'il avait capturés de celui-ci l'avaient fait l'apprécier de plus en plus et il n'aimait pas le voir souffrir. Le dieu était devenu assez semblable à un humain sur ce point: la douleur de ceux qui comptaient pour lui lui était plus difficilement supportable. Si sa nature de dieu maléfique le portait encore à avoir quelques aspirations sadiques de temps à autres, Tezcatlipoca visait toujours des inconnus ou des gens qui lui avaient fait du mal d'une façon ou d'une autre. Il avait une manière de plus en plus banale de faire le mal, lorsqu'il en ressentait le besoin. Il n'appréciait presque plus les coups portés sur les personnes fragiles et innocentes, contrairement à avant de fuir son ancienne vie.

Le dieu avait néanmoins décidé de se rasseoir dans son fauteuil. Il souhaitait conserver le secret sur sa capacité à marcher lorsque le soleil était couché et, de toute manière, il doutait que ce moment soit le bon pour mettre Lenny au courant de cette particularité. Il vivait déjà un moment assez perturbant sans ce petit bonus en plus.

Une fois de l'autre côté du mur, il réalisa que l'émotion lui avait fait oublier de transporter son fauteuil avec lui. Ezra avait voulu se presser à faire traverser Lenny pour que celui-ci cesse de se blesser sur le mur beaucoup plus solide que lui et il en avait complètement laissé de côté cet élément si essentiel. Se retrouver cloué au sol était très frustrant, surtout en considérant que le soleil était couché et que ses jambes possédaient toute leur force. Son irritation s'accentua quand Lenny lâcha sa main.


-J’y peux rien si vous avez échoué votre vie… Ok ? J’y peux rien si…

Ezra suivit le crâne des yeux et sursauta lors du choc de celui-ci sur le mur, même en ayant anticipé le bruit, car il était étrangement nerveux. Lui, dieu puissant et expérimenté, ne se sentait pas vraiment à l'aise dans ce qui n'était pourtant qu'une pièce ordinaire et, bien que jonchée de cadavres, sans plus grand danger que celui de trébucher à cause de la noirceur. Alors que Lenny semblait tout absorbé par sa panique, son ami observa les lieux à la recherche de la source de lumière qui faisait que l'endroit, sans fenêtres ni lumières visibles, se retrouvait tout de même éclairé. Un sortilège ou un objet magique devait avoir été laissé sur place. L'avait-on oublié ici ou comptait-on revenir? Existait-il une issue autre que ce mur scellé qu'ils venaient de traverser?

-Laissez-moi avec mes problèmes, je n’ai pas besoin des vôtres !!!

Ezra reporta son attention sur Lenny, lequel avait plus besoin de son attention que cette vieille pièce plein de secrets dégoûtants. D'ailleurs, à ce moment, le jeune homme blond s'écroula en sanglots et le dieu maudit Quetzalcóatl et sa malédiction. Il rampa assez lamentablement pour se rapprocher de Lenny et essayer de lui apporter du réconfort. Toutefois, Lenny se calma avant qu'il n'ait eu le temps de beaucoup s'avancer et il revint vers lui.

- Excuse-moi si je t’ai entraîné là-dedans… Je ne savais pas du tout que ce genre de choses étaient possibles… Je crois qu’ils sont partis… Mais il m’arrive tellement de trucs bizarres en ce moment et… Je… Je n’ai pas la moindre idée la manière dont nous sommes entrés…

Ezra baissa les yeux, comme si Lenny avait pu y lire sa responsabilité dans leur déplacement. Il ne voyait pas de moyen simple de sortir sans lui avouer son pouvoir et, en même temps, il considérait que cette confidence allait peut-être aider son ami à se sentir moins seul et bizarre. Il se rapprocha donc du mur suffisamment pour pouvoir poser sa main dessus et tendit l'autre main à Lenny.

-J'ai une petite particularité assez utile.

Dès que la main de Lenny toucha la sienne, il les fit passer de l'autre côté du mur. Une fois hors de la cellule, il ne laissa pas le temps au jeune blond de se mettre à paniquer et attira son attention sur un problème simple mais immédiat.

-Tu m'aides à remonter sur mon fauteuil?

Naturellement, devinant les limites de la force physique de Lenny, Ezra tricha un peu en s'aidant subtilement avec ses jambes faussement inertes.

-Ça te dit qu'on quitte cette place de fous?

Il n'attendit pas son accord, convaincu qu'il le suivrait, et se dirigea vers l'ascenseur par lequel il était arrivé. Une fois les portes refermées, il tourna son fauteuil face à Lenny.

-Approche.

Il s'empressa de remettre un peu d'ordre dans les vêtements de Lenny, conscient que ressortir tout froissé de l'ascenseur ne lui attirerait pas la plus positive attention une fois en haut, et il trouvait que son ami avait eu assez de chocs pour ce soir.

Une fois hors du théâtre, il prit doucement la main de Lenny.


-Tu as besoin de repos. Tu veux que je nous appelle un taxi?

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Dim 12 Juil - 16:50

Ils allaient mourir ici. Ce serait peut-être sa punition pour avoir insulté les esprits. Le souffle commençait sérieusement à lui manquer tant il était paniqué à cette idée. Il s'en voulait d'avoir trouvé le moyen de condamner Ezra avec lui et, à la fois, il ne pouvait s’empêcher de penser de manière horrible que ce serait toujours mieux que se dessécher seul. Oserait-il vivre ses premiers et derniers émois amoureux avec lui en attendant la fin ? Finiraient-ils par s'entre-dévorer pour repousser inutilement la mort, ou briseraient-ils l'un des os pour se tailler les veines avec, en trouvant une fin plus rapide, plus digne ? Il hésitait à rappeler les esprits, leur jurer de faire son possible pour les aider à condition qu'ils les laissent sortir d'ici. Il avait si peur qu'il se sentait capable de leur proposer un marché, celui de garder Ezra en otage jusqu'à ce qu'il leur rende justice. Oui, ce ne serait pas si mal. Car enfin, même s'il ne réussissait pas à tenir sa promesse, il serait au moins assuré d’être libre. D'ailleurs, alors que l'étrange lumière diffuse de la cellule commençait à décliner, son compagnon restait anormalement calme. Avec un peu d'effort, il avait rampé jusqu'au mur et lui fit un signe de prendre sa main en déclarant qu'il avait « une particularité utile ». Lenny le suivit sans comprendre. Et, comme quelques minutes plus tôt, le mur disparut, ils se retrouvèrent de l'autre côté. Ainsi, les fantômes n'avaient rien à voir avec tout cela. C'était Ezra qui avait pris le risque de lui dévoiler ses dons paranormaux pour l’empêcher de s'écorcher les mains sur la cellule. Il l'observa, totalement déboussolé, en essayant de calmer son cœur affolé.

– C'est toi qui… tu… tu…

Mais Ezra ne lui laissa pas le temps de lui demander plus d'explications et lui demanda très simplement de l'aider à retrouver une position plus confortable dans son fauteuil. Il s'exécuta, en essayant de chasser la gêne qu'il ressentait en se retrouvant dans cette situation de proximité inattendue avec un garçon qui était visiblement capable de lui retourner le cœur même dans un moment aussi inapproprié. Il ne le tint pas dans ses bras longtemps cependant. Le jeune homme n'était peut-être pas capable de tenir debout, mais il réussissait néanmoins à prendre un assez bon appui pour ne pas le déséquilibrer lui-même. Quand il lui proposa de quitter ces lieux sordides, il hocha la tête. Il se serait attendu à des remarques un peu plus troublées de sa part, mais Ezra se comportait comme s'ils sortaient d'une séance de cinéma dérangeante, comme si le phénomène ne lui était pas du tout inconnu en fait. Dans l’ascenseur, il lui demanda de se rapprocher et prit l'initiative de replacer correctement sa chemise. Lenny n'osa pas bouger. Il se demanda même si ce geste n'était pas plus perturbant que tout ce qu'il venait de vivre. C'était néanmoins plus agréable. Il y avait peut être un peu de positif à tirer de cette aventure, ils venaient d'atteindre un degré d'intimité et de confiance qu'un concert n'aurait jamais pu leur offrir.  

Lenny ne savait vraiment plus où il en était, surtout lorsque Ezra lui prit la main sur le trottoir du théâtre. La poitrine lui pesait, sa peau frémissait pour des raisons aussi diverses que contraires. De toute manière, ce geste ne signifiait rien. Le jeune homme le voyait dans un état de choc violent, il cherchait à lui apporter son soutien comme n'importe quel ami. Et Lenny ne savait pas très bien non plus s'il s'accrochait fermement à cette main parce qu'elle appartenait à un garçon qui lui plaisait ou parce qu'il avait besoin d'un contact humain, chaud, rassurant, pour ne pas fondre à nouveau en larmes. La question du taxi le ramena cependant à des préoccupations beaucoup plus concrètes.

– Non ! répondit-il un peu trop vivement.

Sa première sortie depuis près de six mois était un désastre. Sa mère devait le chercher à la fin du concert. Qu'allait-elle dire s'il rentrait plus tôt que prévu ? Elle l'observerait sous toutes les coutures et verrait bien que quelque chose s'était mal passé. Tandis que si elle venait dans une heure, comme prévu, elle ne chercherait pas à le détailler plus que nécessaire, la situation lui semblerait parfaitement normale. Lenny essaya de s'expliquer.

– Ma mère doit venir me chercher à la fin du concert. Je ne suis plus sorti seul depuis l'été à cause de… parce que… - Oh, et au point où ils en étaient, il pouvait bien le dire… - je me suis fait mordre par un vampire. Ma mère ne l'a pas vu comme ça bien sur. Mais elle a au moins compris que je me suis fait agresser et… elle est très protectrice, elle va vraiment faire une crise si elle voit que je me suis encore retrouvé en danger, elle va finir par être convaincue que j'ai un comportement auto-destructeur.

Il savait en déballant tout cela que c'était un peu incompréhensible et ridicule. Mais il ne pouvait pas grand-chose contre sa mère. Elle n'entendait jamais que ce qu'elle voulait. Même si il voulait lui désobéir, il ne serait pas épargné par toutes les crises dont elle avait le secret pour se faire prendre en pitié et le confondre en culpabilité. En réfléchissant très rapidement, Lenny jeta des regards autour de lui et ce fut à son tour de guider Ezra. Sans lâcher sa main, il le fit entrer dans un bar chic situé juste à coté du théâtre. Si le jeune homme le voulait bien, il allait mettre cette heure à profit pour obtenir des réponses qui, il l'espéraient, l'aideraient à retrouver un peu plus de tranquillité. L'endroit n'était pas très peuplé mais le coin le plus isolé était déjà occupé par un couple qui se faisait les yeux doux devant des chandelles un peu ringardes. Il s'en approcha d'un pas droit. Avec ce qui venait d'arriver, pour cette fois, il penserait à ses besoins et non à ceux des autres. Le couple se tourna vers Ezra et lui d'un air interrogatif et là, Lenny commença son petit cinéma en faisant revenir sans difficulté les larmes sur son visage.

– Bonsoir, je viens de vivre quelque chose de très difficile avec mon ami, nous avons vraiment besoin de parler en privé et votre place est la moins exposée. Nous n'avons qu'une heure devant nous alors s'il vous plaît, pourriez-vous nous laisser votre place ?

L'expression du couple se figea au fur et à mesure que Lenny parlait de sa petite voix pathétique. Peut-être que le charme pouvait aussi opérer s'il réclamait impérieusement la même chose mais il ne voulait pas se lancer dans une expérience maintenant. D'un air absent, la femme et l'homme mirent leurs couverts dans leur assiette et s'en allèrent à une autre table en oubliant leurs verres. Le blondinet se mit à table et termina d'une gorgée la coupe de blanc qui se trouvait devant lui. Il avait besoin de s'étourdir un peu avant d'interroger Ezra. En levant les yeux vers son compagnon, il lui demanda un peu plus tendu :

– Écoute, je ne comprends rien à ce qui m'arrive… Qu'est-ce que je suis ? Qu'est ce que toutes ces choses signifient ? Tu as l'air d'en savoir plus que moi. Je pensais que j'étais seul, seul avec des vampires sortis de je ne sais où et maintenant, des fantômes… J'ai peur, avoua-t-il d'une voix plus sourde. Peur de ce qu'on pourrait me faire, de ce que je pourrais faire moi…

Ses mains tremblaient à nouveau. Elles lui faisaient atrocement mal et il hésitait à prendre le saut à glaçon de la bouteille de vin pour les tremper dedans. Il se retint pour ne pas attirer bêtement l'attention sur eux.

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Mar 18 Aoû - 9:56

Si Ezra avait été humain, sa première théorie sur le comportement de Lenny aurait été une crise de démence. Il aurait été persuadé que son ami blond avait des problèmes mentaux graves et que ceux-ci se manifestaient par des hallucinations horribles. Toutefois, le dieu avait vu toutes sortes de ravages causés par la magie au cours de sa longue vie. Il connaissait une vaste étendue de pouvoirs et savait que beaucoup de ceux-ci n'étaient pas de tout repos pour ceux qui les possédaient. Il avait reconnu rapidement les signes de l'agissement d'un pouvoir de médium. Le dieu avait rencontré plusieurs personnes dotées de ce genre de magie et, dans la plupart des cas, la maîtrise de ce don avait demandé beaucoup de travail. Il était évident que Lenny n'avait aucun contrôle sur sa magie, ce qui faisait de lui une victime pour celle-ci plutôt qu'un maître.

Le dieu maléfique avait connu des gens prêts à se donner la mort plutôt qu'endurer une vision d'horreur de plus. Les réactions de Lenny, ce soir, ne le faisaient pas douter sur la possibilité de cette issue si personne ne lui venait en aide. Les centaines d'années d'expérience qu'il avait acquises plaçaient Tezcatlipoca dans une position plus que confortable pour soutenir quiconque avait besoin de soutien pour développer sa magie. Sa manière de percevoir la vie le définissait aussi clairement comme assez neutre sur la manière dont une personne choisissait d'utiliser ses dons. Ainsi, si Lenny finissait par avoir envie de sauver des vies avec son pouvoir, il ne le laisserait pas tomber, mais il lui donnerait tout de même plusieurs exemples de sorciers que ce type de vie avait détruits complètement. Si, au contraire, le jeune sorcier se montrait intéressé par les côtés sombres de la magie, il trouverait en Ezra un mentor qualifié. Le dieu avait choisi de ne plus sciemment faire le mal, mais cette avenue n'avait jamais cessé d'être celle sur laquelle il retournait instinctivement de temps à autres.


– Non !

Ezra fut un peu surpris de la vive réponse de Lenny. Il avait rencontré plusieurs médiums qui, à force d'être assaillis de visions des problèmes des autres, avaient un grand besoin de se retrouver seuls pour reprendre leurs esprits. C'était pourquoi il avait proposé de raccompagner son ami chez lui.

– Ma mère doit venir me chercher à la fin du concert. Je ne suis plus sorti seul depuis l'été à cause de… parce que… je me suis fait mordre par un vampire. Ma mère ne l'a pas vu comme ça bien sur. Mais elle a au moins compris que je me suis fait agresser et… elle est très protectrice, elle va vraiment faire une crise si elle voit que je me suis encore retrouvé en danger, elle va finir par être convaincue que j'ai un comportement auto-destructeur.

-Mordu par un vamp…


Ezra était sous le choc. Voilà donc ce à quoi s'occupait Lenny quand il l'ignorait : il essayait de se faire tuer par des créatures de la nuit! Le dieu sentit une vague de colère le frapper sans la voir venir. Il la calma le plus rapidement possible tout en se faisant la réflexion qu'il lui déplaisait rarement à ce point qu'on blesse une autre personne.

-Alors, n'inquiétons pas ta mère.

Le dieu se laissa guider. Son fauteuil avait deux options. Il pouvait le conduire manuellement, en tournant les roues à la force de ses bras, et il pouvait le faire avancer automatiquement, avec un petit panneau de contrôle sur le bras droit du fauteuil. Habituellement, il utilisait la force physique, ce qui lui permettait de garder la forme malgré son immobilité forcée. Le mode automatique lui servait principalement quand il était pressé. À ce moment, comme il n'avait pas envie de lâcher la main de Lenny, il faisait fonctionner le petit moteur de son fauteuil pour arriver à aller à la même vitesse que lui.

Ezra observa attentivement Lenny alors que celui-ci manipulait un couple pour obtenir la meilleure place dans le bar. Il fut assez impressionné de voir le couple se lever et abandonner la table sans opposer de résistance. Le jeune homme possédait un don puissant en ce domaine, si on en jugeait par la facilité avec laquelle il venait d'obtenir ce qu'il voulait, et ce, avec une expérience aussi réduite. Avec le temps, il promettait de devenir une menace sérieuse pour quiconque serait sur son chemin. C'était fort intéressant.

Le dieu se déplaça de son fauteuil à la banquette près de la table alors que Lenny achevait la boisson laissée sur la table. Il aurait pu prendre place devant son ami, mais il préférait être plus proche. Il prit lui-même une petite gorgée de vin en laissant le temps à l'autre jeune homme de prendre la parole le premier.


– Écoute, je ne comprends rien à ce qui m'arrive… Qu'est-ce que je suis ? Qu'est ce que toutes ces choses signifient ? Tu as l'air d'en savoir plus que moi. Je pensais que j'étais seul, seul avec des vampires sortis de je ne sais où et maintenant, des fantômes… J'ai peur. Peur de ce qu'on pourrait me faire, de ce que je pourrais faire moi…

Lenny avait besoin de réconfort plus que d'une longue leçon sur les différentes créatures magiques. Plus tard, Ezra lui fournirait certainement toutes les connaissances nécessaires sur le monde dans lequel ils vivaient mais, ce soir, il se devait d'être bref et efficace. De plus, il ne fallait surtout par qu'il augmente la peur panique de Lenny.

-J'en connais assez, oui. Je crois que tu es un sorcier… un humain avec des pouvoirs paranormaux. Il en existe un bon nombre, avec des pouvoirs de toutes sortes. Tu n'es pas une bête étrange et isolée, tu vois?

Il espéra que sa manière de le dire donnait l'impression qu'il était lui-même un sorcier. Il n'avait pas envie de mentir à Lenny, mais il était hors de question qu'il lui avoue qu'il était un dieu.

-Je pense que ce truc de ce soir était une manifestation d'un pouvoir de médium, ou de quelque chose de lié à ce domaine. J'ai rencontré d'autres sorciers avec ce type de pouvoirs et, avec du temps, on peut arriver à mettre des barrières et à se contrôler… et même à le développer dans d'autres avenues.

Le dieu avait connu plusieurs sorciers dont l'espoir de devenir plus puissants avait permis de ne pas perdre la tête. Il laissait donc flotter l'idée pour que Lenny connaisse cette option.

-Je peux t'aider, si tu veux… Je ne suis pas médium moi-même, mais j'ai de petites particularités aussi, et je voudrais être là pour toi, si tu le veux.

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Lun 24 Aoû - 17:41

Avec tout ce qu'il envoyait à Ezra, il n'y avait pas que sa mère qui risquait de penser qu'il avait un don pour s'attirer des problèmes. Quand il faisait le bilan de ces dernières années, sa vie semblait plus mouvementée que celle de n'importe quel adolescent de son âge, mais elle ne l'était, hélas, pas dans le bon sens. Lenny n'avait pas de grands exploits à raconter. Chaque événement notable lui apportait un nouveau traumatisme. Il fallait dire que peu de personnes devaient posséder des capacités comme les siennes. Mais, ses dons paranormaux lui avaient cependant sauvé la vie à deux reprises, et n'étaient pas la cause de sa rencontre avec des vampires. Il commençait à croire que son troisième pouvoir était de s'attirer systématiquement la malchance, en particulier lorsqu'une créature démoniaque ou sanguinaire rôdait dans les parages. Ezra recevait ses révélation avec une certaine perplexité. Comment ne pas croire qu'il avait un comportement dangereux pour s'être retrouvé la victime d'un vampire ? Il valait certainement mieux ne pas en rajouter en précisant qu'il ne s'agissait pas de la première fois. En même temps, le jeune handicapé connaissait-il l'existence de ces créatures ? N'était-il pas en train de le prendre pour un grand cinglé qui s'inventait une vie à la Buffy en ce moment même ? Il aurait vraiment mieux fait de se taire. Mais il ne savait plus du tout comment se comporter. Entre toutes les options qui se présentaient à lui pour rassurer le garçon, il opta pour l'une des plus ridicules :

– Mais rien de grave, nous sommes devenus amis depuis !

Oh god, ça n'avait aucun sens. Sa vie n'avait plus aucun sens. Heureusement, Ezra était trop déphasé lui-même pour réagir à son énormité, le traiter de grand malade, ou lui demander quelle était cette nouveauté de s’acoquiner avec des buveurs de sang qui voulaient le tuer. Il préféra ne pas le contrarier et l'aider à éviter d'inquiéter sa mère. S'il connaissait madame Pinsker, nul doute que Ezra comprendrait pourquoi il était réellement fondamental de ne rien faire qui puisse perturber son esprit très droit de fière bourgeoise. Ils avancèrent sans se lâcher la main. Si Ezra n'avait pas été en fauteuil roulant, Lenny n'aurait peut-être pas osé. Mais il ne pensait pas que les passants risquaient des les confondre avec un couple. Personne ne pourrait être choquée de la proximité de deux garçons lorsque l'un d'eux était handicapé. Mis à part pour les esprits mal placés, il n'était rien de plus qu'un bon ami pour un pauvre jeune homme paralysé des jambes. Finalement, la situation d'Ezra présentait quelques avantages. Il pouvait lui tenir la main sans trouver cela bizarre, ou déplacé. De la même manière, une fois dans le bar, son compagnon d'infortune se plaça à côté de lui plutôt qu'en face. S'il avait pu marcher, tout le monde aurait été intrigué de le voir tirer une chaise pour la mettre juste à côté de celle de son ami, mais là, personne n'allait s'en soucier, et ils pouvaient parler à voix basse de sujets que personne ne devait entendre. Lenny ne pensait pas que quelqu'un aurait une folle révélation en surprenant leur conversation. Ils passeraient pour deux illuminés ou pour des geek fans de jeux de rôle. Néanmoins, il ne ressentait pas le besoin d'être confondu avec la lie de la société.

Ezra n'avait pas fait de commentaire sur la manière dont il avait chassé le couple. Une fois de plus, il gardait une parfaite tranquillité, même s'il l'avait observé avec intérêt. Il lui confirma ne pas être novice en la matière et lui lança qu'il était certainement un sorcier. Lenny ne put cacher sa consternation. Un sorcier ? On appelait vraiment « sorcier » des gens comme lui ? Il avait l'impression d'être le personnage d'une série ou d'un livre de fantasy. Et apparemment, il n'était pas seul. Ezra semblait posséder des pouvoirs aussi, et il en avait rencontré d'autres. A l'entendre, il semblait que posséder les caractéristiques d'un medium était une chose courante. Le plus rassurant dans son discours était de savoir que son fantastique pouvoir pouvait se contrôler avec un bon entraînement, et qu'il était prêt à l'aider. Lenny resta un instant sans voix. Un millier de questions se bousculait dans sa tête. Il ne savait pas du tout par quoi commencer. Puis, il se lança, et un flot de paroles nerveuses lui échappa :

– J'avais fini par comprendre que j'étais… différent. Je n'avais jamais vu de fantômes avant mais, comme tu l'as peut-être compris, j'arrive à faire autre chose. Parfois, les gens m'écoutent. Je ne sais pas depuis quand j'arrive à faire ça. Depuis que j'en ai conscience, j'essaye de faire attention mais… – Comme il n'avait pas la moindre idée de la manière dont il allait poursuivre, il partit sur une autre idée : – J'ai vraiment essayé de trouver des réponses, et j'ai l'impression que c'est impossible quand on ne sait pas à qui s'adresser. Pourquoi en sais-tu autant ? Il y a aussi des lignées de sorciers et des choses de ce genre ? Je risque de me découvrir d'autres pouvoirs ? Est-ce qu'on peut les faire disparaître ?

Il n'avait même pas pensé à remercier Ezra pour l'aide qu'il se proposait de lui apporter. Il allait le faire, bien sûr, mais il était un peu embarrassé. Il devait le flatter un minimum, pour lui donner envie de l'épauler, et en même temps, il ne devait pas avoir l'air trop enthousiaste de pouvoir réclamer des sortes de cours particuliers avec lui, même si c'était une perspective plutôt réjouissante. Mais, de toute façon, dans l'immédiat, il n'avait pas trop la tête à réfléchir à la meilleure manière de maîtriser son pouvoir. Son corps était encore traversé de longs frissons. Il voulait surtout oublier les visions de la cave.

– Je ne crois pas que je supporterais très longtemps l'idée de vivre avec un esprit ouvert à toutes les intrusions malsaines possible, dit-il plus sombrement. Je ne veux pas abuser mais, si tu peux m'aider, c'est gentil, je ne crois pas que je pourrais m'en sortir seul. Je n'en peux plus, je suis obligé de mentir à tout le monde pour avoir l'air sain d'esprit, et je ne sais même pas comment je vais gérer ça mais… Je n'ai pas la force d'apprendre maintenant. Je ne veux pas retoucher à ce pouvoir. Je vais éviter de fréquenter des lieux que je ne connais pas pour un temps.

La seule idée de s'exercer à bloquer son pouvoir, annihilait toute sa volonté. Il se sentait incroyablement faible. Il aurait voulu prendre Ezra dans ses bras et ne plus le lâcher et, à la fois, il voulait se retrouver seul pour assimiler tout ce qu'il venait de vivre, sans être certain que cela l'apaiserait ou déclencherait la crise d'angoisse proche de lui labourer le ventre. Il ne s'était jamais senti aussi seul, et chez lui, malgré la présence de sa famille, il serait plus isolé que jamais.

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Dernière édition par Lenny Pinsker le Jeu 17 Sep - 13:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Lun 7 Sep - 12:02

Ezra essayait toujours de faire attention lorsqu'il s'exprimait sur son passé. Il était anormal qu'une personne de visiblement moins de vingt-cinq ans ait des centaines d'expériences dans tous les domaines de la vie et ait rencontré des milliers de personnes différentes. Il restait donc habituellement assez vague sur les quantités et les durées. Il ne devait pas attirer l'attention des gens mais, en même temps, il ne voulait pas nier complètement les connaissances qu'il avait acquises. Généralement, il inventait une personne lui ayant raconté l'essentiel sur la magie et quelques autres en exemples selon la personne à qui il devait s'expliquer.

– Mais rien de grave, nous sommes devenus amis depuis !

Amis? Voilà qui était inquiétant. Ezra garda le silence parce que le moment était mal choisi pour un interrogatoire, mais il se promit bien de questionner Lenny à ce sujet dans les prochains jours. Certains vampires charmaient des humains, d'une manière romantique ou d'une manière platonique, selon ce qui convenait le mieux, pour ensuite les manipuler et en faire leur petit buffet personnel. Ils les appelaient ou allaient les voir dès qu'ils avaient une fringale. Leur victime restait en vie tant qu'elle obéissait bien ou tant qu'ils ne se lassaient pas. Elles devenaient leur propriété. Lenny était dans une période difficile de sa vie et le dieu soupçonnait qu'il serait aisé pour une personne mal intentionnée d'en profiter. Plusieurs plans en ce sens lui venaient d'ailleurs facilement, puisqu'il avait lui-même longtemps été ce genre de personne.

– J'avais fini par comprendre que j'étais… différent. Je n'avais jamais vu de fantômes avant mais, comme tu l'as peut-être compris, j'arrive à faire autre chose. Parfois, les gens m'écoutent. Je ne sais pas depuis quand j'arrive à faire ça. Depuis que j'en ai conscience, j'essaye de faire attention mais…

Quiconque possédait un don puissant était un jour confronté à sa propre envie d'en abuser. Les dieux étaient l'exemple parfait de ceux qui avaient succombé à leur désir de se montrer supérieur. Les mortels devaient se montrer plus prudent et c'était bien souvent la peur qui les empêchait de mettre le bordel partout autour d'eux avec leurs facultés magiques. Tezcatlipoca n'avait jamais détesté le chaos et l'idée d'un blondinet découvrant les limites de ce pouvoir de manipulation magique ne le choquait pas du tout. En fait, soutenir l'autre jeune homme dans cette voie lui plairait beaucoup, si l'occasion se présentait. Par le passé, il avait connu des expériences de ce type et en avait retiré beaucoup de plaisir.

– J'ai vraiment essayé de trouver des réponses, et j'ai l'impression que c'est impossible quand on ne sait pas à qui s'adresser. Pourquoi en sais-tu autant ? Il y a aussi des lignées de sorciers et des choses de ce genre ? Je risque de me découvrir d'autres pouvoirs ? Est-ce qu'on peut les faire disparaître ?

- Ce n'est effectivement pas un domaine où les réponses sont faciles à trouver… J'ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes pour en découvrir un maximum à ce sujet. Si tu le souhaites, je pourrai te dire tout ce que je sais sur chaque type de créature et sur comment bien s'en protéger.

Le dieu était persuadé que Lenny avait besoin qu'on lui assure qu'il n'était pas en grand danger parce que le monde grouillait de monstres. La plupart de ces monstres ne voulait qu'exister tranquillement et, pour les autres, il existait des moyens, d'une efficacité variable, de s'en protéger. Toute personne normale découvrant subitement l'existence de la magie se sentait effrayée. Heureusement pour Lenny, Ezra était là pour faire de son mieux pour le rassurer, et il savait quelles erreurs éviter en ce domaine pour les avoir déjà commises avec d'autres sorciers.

- Le monde n'est pas Harry Potter non plus; les gens avec des pouvoirs magiques savent rester discrets. Comme les pouvoirs sont variés, il n'y a pas de grandes écoles officielles, ni d'histoires de sangs-purs...du moins, pas du côté des sorciers. Certains créatures sont plus chiantes que d'autres à ce sujet.

Ezra faisait bien sûr référence aux Felidae, mais il existait aussi d'autres races qui appréciaient peu les mélanges. Les Felidae étaient simplement les moins sympathiques à ses yeux.

-Il existe des objets qui arrêtent la magie. Donc, si tu en portes un, il peut bloquer tes propres pouvoirs.

– Je ne crois pas que je supporterais très longtemps l'idée de vivre avec un esprit ouvert à toutes les intrusions malsaines possible. Je ne veux pas abuser mais, si tu peux m'aider, c'est gentil, je ne crois pas que je pourrais m'en sortir seul. Je n'en peux plus, je suis obligé de mentir à tout le monde pour avoir l'air sain d'esprit, et je ne sais même pas comment je vais gérer ça mais… Je n'ai pas la force d'apprendre maintenant. Je ne veux pas retoucher à ce pouvoir. Je vais éviter de fréquenter des lieux que je ne connais pas pour un temps.

La nature divine de Tezcatlipoca le poussait à avoir envie qu'on l'adore et qu'on ait besoin de lui. Ainsi, savoir que Lenny nécessitait réellement son aide le combla de joie, mais il s'efforça de ne pas la laisser s'étendre sur son visage. Il se composa plutôt un sourire bienveillant.

-Je serai honoré de t'aider et, tu vois, tu as une personne à qui tu peux dire la vérité maintenant. Tout va aller mieux avec le temps.

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Jeu 17 Sep - 16:38

Contrairement à ce qu'il redoutait, Ezra ne semblait pas du tout gêné de s'ouvrir un peu plus sur la magie. Il s'exprimait sans gravité, ravi d'avancer avec lui dans un domaine qu'il maîtrisait. Lenny découvrait une facette surprenante du jeune homme. Il se demandait même s'il n'avait pas deviné d'une manière ou d'une autre sa particularité. Cela expliquait probablement pourquoi il était si attiré par l'handicapé. Oui, Ezra pouvait l'aider, son inconscient le savait depuis le début. En tout cas, l'incident les rapprochait beaucoup. Il n'avait pas encore la tête à s'en réjouir, mais il voyait bien qu'ils partageaient désormais un secret très spécial. Et ce secret le rendait plus intéressant aux yeux du beau garçon. Si ces maudits fantômes ne s'étaient pas mêlés de lui montrer l'horreur à l'état pur, il aurait pu tirer un meilleur avantage de cette situation. A la place, il bredouillait et tremblait en serrant nerveusement sa main en sang sur le saut à glace. Il avait trouvé un allié pour explorer les forces intangibles qui agissaient autour d'eux, et il était loin de briller comme un héros prêt à affronter son nouveau destin. C'était tout l'inverse. Leur discussion dans un bar pris au hasard ressemblait à une fin de soirée ratée, quand l'alcool retombe, qu'on se souvient, l'humeur morose, de s'être comporté d'une manière honteuse et imbécile.

Après avoir découvert l'existence des vampires, Lenny avait passé quelques nuits blanches à l'idée de tous les autres monstres tapis dans l'ombre. D'ailleurs, par simple mesure de précaution, il évitait les cimetières et évitait de sortir les nuits de pleine lune. Ce soir, il avait eu droit aux sorciers et aux fantômes pour compléter le tableau. Mais ce n'était pas tout, non, ça ne suffisait pas. Ezra lui proposa de lui dresser la liste de toutes les créatures qui gambadaient sur Terre, et de lui apprendre à se protéger de leurs maléfices. Le blondinet pâlit davantage à l'idée de toutes les affreuses légendes qui n'appartenaient peut-être plus à la fiction. Comment pouvait-il exister des personnes aussi normales que ses parents dans un monde aussi dingue ? Il avait soudain l'impression d'appartenir à la seule famille banale de la ville et d'être entourés de monstres et magiciens sournois qui lui dissimulaient leur véritable identité depuis toujours. Pourquoi Ezra avait-il eu la chance d'être formé pendant son adolescence, peut-être son enfance, alors qu'il se débattait seul avec l'impression d'être une sorte de psychotique ? C'était injuste.

– Il y a beaucoup de créatures dangereuses différentes sur lesquelles on peut tomber dans la rue ? demanda-t-il assez préoccupé.

Ezra lui affirma ensuite que le monde n'avait rien à voir avec Harry Potter, mais il ne savait pas très bien si cette précision était censée le rassurer ou l'inquiéter. Comme beaucoup d'enfants, il avait lu la série vers dix ans, espéré recevoir une lettre de Poudlard et être envoyé à Serdaigle, même si on l'aurait probablement réparti à Serpentard. C'était un monde qui faisait rêver jusqu'à ce qu'on porte un regard assez mature dessus et réalise que Poudlard était un endroit incroyablement dangereux où des élèves pouvaient, au mieux, perdre un membre en cours d'année, ou mourir au pire. Néanmoins, l'auteur de la saga rappelait qu'il existait un Ministère pour réglementer un minimum le chaos de cet univers. Qu'avait-on dans cette réalité ? Des pouvoirs distribués de manière aléatoire, aucune école pour former les « sorciers », et des créatures eugénistes qui ourdissaient peut-être dans l'ombre à l'anéantissement de l'espère humaine… Comment avaient-ils pu survivre tout ce temps ? Soudain, les yeux de Lenny s'ouvrirent démesurément. Non… Leur monde avait déjà été à moitié ravagé. On leur faisait croire que le cataclysme de 2007 était d'origine climatique, mais de nombreuses études contrebalançaient les explications, en se montrant toutefois bien gênées pour expliquer les causes véritables. Et si les causes n'étaient tout bonnement pas scientifiques ? Et si ils n'étaient pas à l'abri que ça se reproduise à nouveau pour les anéantir complètement ? Il allait poser la question à Ezra mais celui-ci lui appris l'existence d'objets qui bloquaient la magie.

– Et tu penses que je pourrais en trouver un pour calmer mes pouvoirs ? Si ça se reproduit quand tu n'es pas là, je risque d'être envoyé à l'asile, où ils vont me faire un bilan psychologique immontrable à n'importe quel employeur…

Il eut une pensée angoissée pour les résidents d'asile qui possédaient peut-être les mêmes pouvoirs que lui et n'avaient pas la chance d'être épaulés d'une personne consciente de leur don. En tout cas, Ezra faisait de son mieux pour le mettre en confiance. S'il était si tranquille malgré tout ce qu'il savait et son handicap, les choses étaient probablement plus ou moins sous contrôle. Il essaya de se raisonner, en supposant, comme le jurait son ami, qu'il serait bientôt dans ce monde étendu comme un poisson dans l'eau, lorsqu'il en connaîtrait toutes les subtilités. Mais, tout de même, l'histoire de la grande catastrophe le perturbait.

– La tempête…, souffla-t-il. C'était un… accident magique ?

Il posa la question sur un ton incertain. Très franchement, il n'avait pas forcément envie d'obtenir une réponse mais, maintenant qu'il s'était posé la question dans sa tête, elle risquait de le perturber tant que ça ne serait pas plus clair.

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Dernière édition par Lenny Pinsker le Mar 24 Nov - 17:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Mer 11 Nov - 20:13

Tezcatlipoca avait connu toutes sortes de gens. Il avait côtoyé des sorciers aux pouvoirs variés, mais aussi des créatures de diverses espèces. Il avait même vécu des relations amoureuses, à différents niveaux, avec des êtres allant des sirènes aux démons, en passant par les vampires et les lycans, sans oublier Kayla qui était une Felidae. Des siècles de présence en un même monde ainsi que sa curiosité pour tout ce qui sortait des normes avaient poussé le dieu à s'investir auprès de suffisamment de gens pour se créer une grande banque de connaissances sur l'univers qui l'entourait. Cela lui permettait d'aborder la plupart des situations de crise avec calme.

Ce soir, Ezra faisait de son mieux pour mettre Lenny en confiance et diminuer sa panique par rapport à la magie. Par le passé, il s'était plus d'une fois retrouvé dans ce type de rôle. Il lui était d'ailleurs arrivé d'échouer à aider une personne, il y avait fort longtemps, et il se montrait désormais plus prudent dans ce genre de domaine.


– Mais rien de grave, nous sommes devenus amis depuis !

Amis? Ezra se passa de commentaires. Habituellement, il ne jugeait pas les créatures sur leur race. Il savait très bien qu'un démon était capable d'amour et qu'une jolie dryade savait rompre une nuque. Les vampires n'étaient pas comme on les représentait à la télévision. Certains étaient sadiques, bien sûr, mais c'était aussi le cas de spécimens de toutes les races. Néanmoins, quelque chose le dérangeait dans le fait que Lenny s'attire des ennuis auprès de créatures plus puissantes que lui. Il se découvrait protecteur à son sujet et s'en voyait un peu étonné. Il s'intéressait souvent aux autres personnes et, dès que quelqu'un avait une certaine valeur à ses yeux, il ne lui souhaitait que du bien. Seulement, avec Lenny, il lui semblait que c'était vaguement différent, sans qu'il n'arrive à mettre les mots exacts sur ce qu'il ressentait.

– Il y a beaucoup de créatures dangereuses différentes sur lesquelles on peut tomber dans la rue ?

-Il y en a beaucoup qui sont dangereuses, mais elles savent se tenir dans les lieux publics. Elles ont plus à perdre que leurs victimes si elles essaient de s'en prendre aux autres. Quand on naît dans une famille sans pouvoirs, c'est plus difficile de trouver des réponses. Mon frère possédait des pouvoirs...des pouvoirs très puissants...bref, je ne me suis jamais senti à part sur ce point. J'ai appris à reconnaître certaines créatures et les signes qu'une personne connaît la magie, avec le temps. Ce n'est jamais évident… Après un peu de temps, tu sauras reconnaître plusieurs types de créatures et comment agir avec chacune.


– Et tu penses que je pourrais en trouver un pour calmer mes pouvoirs ? Si ça se reproduit quand tu n'es pas là, je risque d'être envoyé à l'asile, où ils vont me faire un bilan psychologique immontrable à n'importe quel employeur…

Ezra était déjà intéressé par les possibilités que les pouvoirs de Lenny promettaient. Il ne souhaitait surtout pas que son ami décide de se bloquer. Néanmoins, il comprenait la nature de ses craintes.

-Oui, bien sûr. Il existe toutes sortes d'objets. Et puis...si on t'envoie à l'asile, je vais aller t'en sortir.

Lenny était encore plus perturbé qu'Ezra ne l'avait d'abord pensé. Son manque de contrôle sur sa magie lui faisait beaucoup de mal, psychologiquement. Il y avait beaucoup de travail à faire avec lui du côté magique, non seulement pour la maîtrise, mais aussi pour l'acceptation. La plupart des gens préférait se fondre dans la masse plutôt que posséder des différences marquantes. La magie avait le don de séparer les êtres.

Lenny avait beaucoup de questions.Il lui en viendrait certainement d'autres au cours des prochains jours quand il aurait réfléchi plus profondément à ce qu'il venait de découvrir. Ezra devrait se montrer prudent dans ses révélations. Il ne fallait pas l'effrayer mais, en même temps, il fallait que Lenny lui fasse confiance.


– La tempête… C'était un… accident magique ?

-Oui...mais son origine est incertaine. Habituellement, personne n'essaie de détruire le monde.

Ezra prit la main de son ami. Il risquait de s'enfoncer dans la peur, ce soir, s'il continuait à poser des questions alors qu'il en avait déjà tellement à assimiler.

-Je pense que ce serait une sage idée si prenait un peu le temps de se remettre des émotions de cette soirée avant de poursuivre les cours théoriques sur la magie. Après ce que tu as vécu ce soir, il faut que tu reprennes des forces. Je peux commencer par t'enseigner sur la magie en général, au cours des prochaines semaines. J'en connais pas mal. Quand tu seras prêt, nous pourrons trouver le meilleur moyen de travailler sur tes pouvoirs.

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MessageSujet: Re: Découverte macabre & musique classique [Terminé] Mar 24 Nov - 18:31

Tout en essayant de le rassurer, Ezra se dévoilait, s'inscrivait soudain dans un passé qu'il n'aurait jamais imaginé. Mais, tout bien réfléchi, il n'avait jamais tenté de se représenter concrètement la vie du jeune homme. Lenny se posait assez peu de questions sur les autres en général. Il n'en retenait que ce qui était observable. Il n'aimait pas les curiosités mal placées, en partie à cause de sa mère, et refusait de se comporter comme une commère. Sa farouche volonté à se tenir éloigné des histoires des autres le menaient à des erreurs de jugement assez tragiques mais il ne s'en excusait jamais. Après tout, les gens étaient d'abord ce qu'ils laissaient paraître. Si leur attitude leur donnaient une mauvaise image, il n'y pouvait rien. Si le fait d'avoir été maltraitée dans son enfance rendait une personne imbuvable, tant pis pour elle. A ses yeux, Ezra n'était donc qu'un handicapé en fauteuil roulant avec des goûts artistiques délicats et plus critiquable pour les femmes. En l'entendant évoquer son père au passé, il entrevit cependant une histoire plus complexe. Quelques interrogations lui traversèrent l'esprit. Avait-il perdu ses parents ? Comment s'était-il retrouvé en fauteuil roulant finalement ? Songer qu'il avait peut-être perdu l'usage de ses jambes à la suite d'un accident qui avait fauché sa famille était horrible et, pourtant, Lenny aimait bien ce scénario. Il rendait Ezra plein d'abnégation et de courage. Il se sentait intimidé, tant il se trouvait pathétique à côté, mais aussi rassuré. Plus il approchait le garçon, plus il devinait un esprit fort, qui pouvait le protéger. Alors il buvait ses paroles. Toutes ces créatures qui erraient autour de lui le terrifiaient, mais tant qu'Ezra parlait, il arrivait à se convaincre que rien ne pouvait lui arriver. Il lui promettait de lui donner toutes les astuces pour éviter de tomber dans leurs pièges et il avait hâte de les connaître, pour être encore plus rassuré. Comme un héros, il lui jura même de le tirer d'asile si on essayait de le faire passer pour fou. Lenny n'avait pas l'habitude de ce genre de gentillesse. Il lui semblait qu'il ne connaissait que le rejet et les amitiés hypocrites ou superficielles. Il voulait croire que cette promesse n'étaient pas des paroles en l'air, même s'il n'était pas prêt à se faire interner pour le vérifier (là, il y aurait franchement de quoi l'estimer atteint mentalement).

Cependant, il n'était pas dit que son ami puisse le protéger contre tout. Quand il l'interrogea sur la tempête, son regard devint plus grave. Il approuva prudemment, en précisant qu'il n'était pas habituel qu'une personne tente de détruire le monde pour l'enjoindre à ne pas paniquer, le sang se glaça encore dans ses veines. Ainsi, la magie était à l’œuvre sans que l'on sache pourquoi. Autrement dit, si personne ne pouvait expliquer le phénomène, personne ne pourrait l'empêcher de se reproduire. Son cœur se resserra, mais, comme Ezra lui prit à nouveau la main, ses impressions se mêlèrent. Ce n'était pas grand-chose et pourtant, il appréciait ce contact intime. S'il avait été moins naïf, il y aurait peut-être vu les signes de l'attachement plus amical qui se tissait entre eux. Les filles qui se voulaient réconfortantes prenaient la main des garçons, mais, envers leurs pairs, les garçons préféraient toucher le bras ou l'épaule. Cependant, après avoir vu Ezra avec une partenaire très féminine et énuméré ses nobles qualités, Lenny s'interdisait d'entrevoir le moindre avenir possible avec lui. Mais il l'aimait plus qu'un autre, et il espérait qu'il continuerait à lui tenir la main avec cette même douceur lorsqu'ils se reverraient pour discuter de magie, car il devrait affronter la fin de la nuit seul. La voiture de sa mère serait bientôt devant l'opéra pour le conduire à l'appartement, il n'avait pas le choix. Sa vie normale devait reprendre son cours, quoiqu'il tremblait déjà en lui à l'idée d'être seul avec sa mémoire souillée dans sa chambre. Il devait se répéter qu'il n'était pas seul. Ezra l'aiderait, il le lui avait promis.

– Merci, souffla-t-il fatigué. Je dois retourner à la sortie du concert, ma mère ne va pas tarder…

La boule au ventre, il se leva en dégageant lentement sa main de celle d'Ezra. Une bouffée d'angoisse monta en lui dès qu'il lâcha ses doigts, mais il la cacha. Il ne voulait pas montrer au garçon à quel point il restait désorienté. Il venait de faire beaucoup pour lui, il lui importait donc de lui montrer que cette discussion allait lui permettre de rentrer chez lui la tête haute.
[T]

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Découverte macabre & musique classique [Terminé]

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