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Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ]

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MessageSujet: Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ] Dim 10 Jan - 21:05

S'il devait faire le bilan de son année, Lenny pouvait dire qu'elle l'avait fait passer à travers beaucoup trop d'émotions compliquées. Tout ce qu'il avait découvert sur lui, sur le monde le laissait perturbé. C'était peut-être la raison pour laquelle il était devenu un peu plus sociable depuis l'été, il n'arrivait plus à apprécier la solitude comme avant, pas quand il lui semblait qu'un fantôme pouvait surgir derrière n'importe quelle porte, que des dieux surpuissants se fondaient parmi les hommes ou que des phénomènes magiques inexpliqués étaient capables de réduire la population mondiale de moitié en moins d'une journée. Il ne se sentait plus à l'abri nulle part. L'idée d'aller dans des foules d'inconnus l'angoissait toujours énormément, sauf quand il était accompagné d'Ezra. Comme malgré tout ce qu'il savait déjà, le jeune homme semblait confiant, il montrait plus d'assurance à ses côtés. L'ennui, c'était qu'il n'arrivait pas à se raisonner de la même manière une fois fois seul, mis à part pour aller à l'université ou à des soirées organisées par des camarades de classe. Là, à part Fred le vampire, il n'avait pas encore croisé de phénomène anormal, rien d'autre que le comportement imbécile ordinaire d'étudiants au début de la vingtaine. Il se construisait peu à peu une barrière d'un autre genre, avec laquelle il n'était pas forcément à l'aise, mais qui le rendait plus intéressant aux yeux des autres. Depuis septembre, le nouveau Lenny n'avait plus l'air habillé par sa mère, on ne lui adressait plus seulement la parole pour lui demander ses notes ou la date d'un devoir. C'était comme si un voile s'était levé sur le regard des autres quand il avait admis préférer les hommes. Soudain, il n'était plus « bizarre », il avait une excuse, on lui supposait même des expériences qu'il n'avait pas. Cette nouvelle image l'enfermait doucement dans un rôle, mais il s'en satisfaisait, surtout quand il lui permettait de dire des méchancetés dans le dos des gens et d'être approuvé par toutes ces personnes qui appréciaient les critiques quand elles permettaient de faire quelques bons mots.

Côté amours, il était toujours aussi perdu, si ce n'était plus au final. Il avait noué quelques relations bizarres, et il semblait assez difficile de déterminer ce à quoi il jouait avec Ezra. Ils se revoyaient plus régulièrement depuis l'été, depuis qu'un fantôme lui avait permis d'identifier une déesse et que ses inquiétudes étaient revenues au galop. Ezra avait tenu sa promesse de l'aider à comprendre ses pouvoirs. Et même si, pendant leurs exercices, son mental était mis à rude épreuve, leurs rencontres restaient d'agréables bouffées d'oxygène. Au début, le jeune homme l'invitait soudain à lui tenir la main pour améliorer sa concentration, renforcer son ancrage au réel. Mais au fil des semaines, il fallait bien reconnaître qu'ils se touchaient les bras ou les doigts sans raison particulière, et cette proximité devenue naturelle était agréable. Il ne voulait pas s'interroger sur ce que cela pouvait représenter, il ne voulait pas être déçu ou briser la magie de quelque chose qui ne marcherait peut-être plus sans ce côté innocent. Au mois de décembre, il s'était enfin sentit prêt à affronter plus concrètement son problème en se confrontant de nouveau à des esprits errants. En cherchant bien, ils avaient trouvé un petit appartement au quatrième étage d'un immeuble rénové avec ascenseur. C'était le genre d'endroit que personne ne louait très longtemps, à cause d'une ambiance pesante dans la chambre du fond et d'un certain nombre de phénomènes inexpliqués. Ils avaient trouvé qu'un adolescent de seize ans avait été retrouvé pendu trente ans plus tôt. Lenny s'était d'abord braqué mais, en même temps, il n'avait pas le choix, les esprits piégés sur terre avaient en commun d'être chargés de souvenirs atroces.

Dans le cas de l'adolescent, il s'agissait surtout d'une accumulation de tensions familiales, d'abus d'autorité, dépréciation systématique, et d'un favoritisme marqué pour la sœur cadette. Le garçon vaporeux n'était pas un esprit frappeur, il s'agissait juste d'une âme profondément triste, mais l'ennui, c'est que son besoin d'être comprise la rendait tout aussi dangereuse que les autres pour un medium comme lui. Lorsque Tobias – c'était son nom – lui avait montré le déroulement de sa mort, son ultime appel au secours avec une potence de fortune et un équilibre précaire sur une pile de livre, Lenny s'était laissé submerger par une certaine curiosité morbide. Sur le pas de la porte, ses parents l'observaient froidement. Et puis, un livre avait glissé, ainsi que toute la pile. Il n'avait pas voulu mourir et Lenny avait senti sa panique soudaine, les regrets immédiats, la détresse de ne pas réussir à crier au secours, et l'horreur en réalisant qu'on ne le sauverait pas. Le père avait ricané en le traitant d'imbécile avant de lui tourner le dos. Tant de cruauté avait fasciné Lenny et, en même temps, il fallait objectivement reconnaître qu'il était effectivement profondément idiot de mettre sa vie en si grand danger quand on ne veut pas mourir. Mais il avait arrêté d'être objectif. Il s'était serré fort contre Ezra avec, en tête, le visage vide de la mère qui, figée, ne bougeait pas. Il éprouvait un vif sentiment d'abandon, d'injustice qui le mettait plus bas que terre. Et Ezra, même s'il ne voyait pas et n'entendait rien, lui avait parlé pour le forcer à résister, à réussir l'exercice et ne pas se laisser envahir par le jeune fantôme. Il s'était donc concentré du mieux qu'il pouvait sur la stupidité de l'adolescent mort, et avait réussi à le chasser. En revenant à lui, il réalisa que des larmes avaient coulées le long de ses joues, et ils s'arrêtèrent là. L'heure suivante, il devisa longtemps pour évacuer sur toutes les morts idiotes aux scénarios bien cachés qui devaient se produire chaque jour. Il réalisa aussi qu'après avoir surmonté l'épreuve de la cave de l'opéra, il arrivait plus vite à évacuer les sentiments néfastes étrangers. Il commençait à être blindé, et il devait se blinder encore davantage pour le bien de son intégrité mentale.

Du coup, l'épreuve l'avait doucement incité à se reprendre en main. Il avait promis des « explications » à Drake sur l'origine de son mystérieux sms où il lui avait conseillé de se tenir éloigné d'une psychiatre tueuse, apparemment une déesse infernale. Puis, même si l'homme avait lui-même attisé sa curiosité en le remerciant plus tard d'avoir été son protecteur magique, il s'était ravisé, ne se sentant pas prêt à une conversation pénible sur ses capacités avec une connaissance qui risquait sans doute de lui apprendre qu'elle était depuis longtemps dans la confidence de l'existence d'un autre monde, comme Ezra et Fred. Et qu'est-ce que Drake allait bien pouvoir lui sortir en plus ? Qu'il était un satyre à tous les coups ! Il n'avait pas su comment le relancer sur le sujet avant d'avoir la fameuse excuse du nouvel an, et le prétexte d'envoyer un message pour lui souhaiter la bonne année. Là, il s'était décidé. Drake lui avait proposé un jour qui correspondait à son rendez-vous fixé avec Ezra pour retourner visiter Tobias. Comme il trouvait plutôt séduisant de jouer les personnes occupée avec une personne qui l'avait traité de gros coincé sans vie sociale, Lenny avait précisé la zone dans laquelle il serait et ses « horaires de disponibilité ». Et Drake lui avait proposé d'aller boire un verre dans un bar qui semblait fréquentable. Cette après-midi là, il était heureux d'avoir repoussé assez efficacement les souvenirs divers qui avaient essayé de s'infiltrer sans son crâne une fois entré dans la chambre hantée. Alors qu'ils allaient quitter la pièce, il entendit une petite voix plaintive lui demander s'il allait revenir. Lenny s'était retourné, avait vu le fantôme, transparent et misérable avec sa corde autour du cou. Il s'était alors amusé à répéter les mêmes mots que le père avait prononcés peu avant sa mort, pour en mesurer l'impact. Et là, il s'était passé quelque chose de curieux, un hurlement à l'intérieur de sa tête, des vitres qui volent en éclat, l'image de l'esprit qui se désagrège et… plus rien. Après un silence perplexe, il demanda à Ezra : « Heu… Je ne le sens plus, est-ce qu'on peut tuer un esprit ? » L'handicapé avait fait une tête assez indéchiffrable avant de lui dire mystérieusement que c'était du bon travail.

Ils se dépêchèrent ensuite de sortir puis se séparèrent au bout de la rue en s'effleurant le bras et l'épaule, geste assez bâtard qui n'était ni amical, ni vraiment affectueux, juste cet entre-deux indécis qui caractérisait le plus en plus souvent leur relation. Tout en essayant de chasser son étrange séance de spiritisme de sa tête, et de calmer son cœur qui s'emballait toujours pour rien en compagnie d'Ezra, Lenny reprit son téléphone pour se remémorer l'itinéraire du bar. Il n'était qu'à deux rues, c'était parfait.

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Dernière édition par Lenny Pinsker le Mer 17 Fév - 17:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ] Mar 9 Fév - 0:14

Ce que je pouvais avoir mal à la langue.

Je marmonnai ma commande et payai sans vérifier si on m'avait vendu le bon truc. J'étais prêt à boire n'importe quel café, même s'il s'agissait de l'un de ces trucs infâmes aux arômes douteux, pour me remettre l'esprit en route. Une fois dehors, je décidai de marcher jusqu'au lieu de mon rendez-vous bien spécial plutôt que prendre un taxi. J'avais besoin de m'aérer l'esprit. La nuit avait été longue et je n'étais debout que depuis moins de deux heures. L'air frais sur mon visage ne pouvait que me faire du bien.

Après trois ou quatre rues à marcher, je pris la première gorgée du café que j'avais acheté quelques minutes plus tôt. J'usai de plus de précautions qu'à l'habitude, ne voulant pas causer la moindre brûlure à ma pauvre petite langue déjà sensible. Naturellement, je me brûlai quand même. Bloody hell. Réglaient-ils la température de leurs boissons à même un volcan? Je fus tenté de jeter mon verre sur le trottoir, mais je me contentai d'inspirer profondément et de marcher plus vite.

Lorsque j'arrivai sur les lieux de mon rendez-vous, une bonne vingtaine de minutes plus tard, mon café était presque terminé et ma langue n'irradiait plus autant de douleur. Je n'étais toujours pas de bonne humeur, mais je n'avais plus l'impression de risquer de frapper quelqu'un qui me regarderait de travers. Je savais que je ne pouvais que me blâmer moi-même pour mon état. J'avais fait la fête très tard la veille et je n'avais pas limité ma consommation d'alcool. Depuis l'incident qui avait fait de moi une constellation vivante, mes gueules de bois ne duraient pas et mon corps se remettait très vite des abus. Toutefois, il me fallait tout de même du sommeil et, comme je m'étais couché en revenant chez moi vers midi, j'en avais eu très peu.

J'appréciais mon pouvoir de régénérescence même si je m'habituais encore difficilement à l'idée de vivre éternellement. Allais-je réussir à rester éveillé et intéressé par le monde qui m'entourait pendant des siècles sans jamais me décourager? Je savais que le mieux demeurait de me concentrer sur l'immédiat, mais je ne pouvais me retenir d'élaborer mille plans pour le futur. Faire la fête m'aidait beaucoup à me raccrocher à ce que je connaissais tout en me divertissant. Qu'y avait-il de plus réconfortant que boire jusqu'à l'étourdissement et embrasser différentes personnes jusqu'au lever du soleil?

J'avais dû m'endormir vers huit ou neuf heures et je m'étais réveillé à dix heures trente aux sons insistants de mon téléphone m'avertissant de textos d'Ethan – il me posait des questions sur les pirates informatiques. Je m'étais dégagé des bras du beau jeune homme endormi tout contre moi, j'avais doucement retiré la tête d'une belle blonde au décolleté plongeant de sur mon épaule, je m'étais levé du sofa dans lequel je m'étais échoué un peu plus tôt, encore plutôt assommé, et j'avais quitté l'appartement miteux dans lequel avait eu lieu la fête. Je n'avais pas répondu aux textos de mon ami parce que mes facultés de lecture étaient à leur minimum à ce moment.

Une fois chez moi, après une bonne douche, j'avais réglé une alarme sur mon téléphone et je m'étais couché sans même m'habiller. Après ce qui m'avait paru être une seule minute, la sonnerie s'était déclenchée et j'avais dû me préparer pour aller rencontrer Lenny Pinsker. Il n'était pas question que j'annule, et ce, même si toutes les surfaces me paraissaient assez confortables pour y dormir. C'était donc à moitié éveillé que je m'étais préparé… jusqu'à ce qu'arrive l'incident de la langue, lequel m'avait vraiment ancré à la réalité.

Je pris la dernière gorgée de ma boisson et jetai le contenant dans une poubelle avant d'entrer dans le bar. Remarquer que Lenny était déjà arrivé m'emplit d'énergie plus efficacement que l'avait fait mon bouillant café. Je passai au bar nous commander deux verres avant de piquer vers la table où il m'attendait. Je déposai mon manteau sur le dossier de la chaise sur laquelle je m'installai, exhibant ainsi le magnifique t-shirt que j'avais choisi pour cette occasion.


-N'est-ce pas là le plus mignon petit blond de New York? Je suis presque content de te voir.

Je fus bien satisfait de constater que parler ne me faisait désormais plus mal à la langue. Je ne ressentais qu'un léger inconfort. Mon corps guérissait décidément très vite.

J'avais hésité entre plusieurs hauts à message humoristiques pour l'occasion et j'avais arrêté mon choix sur un tout noir au lettrage rose fluo énonçant ''Save a lollipop, suck a dick''. Je l'avais agencé à un joli jean pale. Après avoir choisi mes vêtements, toujours à moitié éveillé, j'étais allé me brosser les dents. C'était là que le pire s'était produit. Ma brosse à dents était verte. Mon rasoir était vert. Je m'étais effondré de douleur. J'avais ensuite nettoyé le sol de ma salle de bain tout en ayant la tête qui tournait à cause du goût du sang dans ma bouche.

Je fis un clin d'oeil à la belle serveuse qui déposa les verres sur la table.


-Tu es grand, maintenant. Tu peux entrer dans les bars.

Je m'étais promis d'être gentil, mais ce gamin allumait en moi les pires feux de plaisanteries débiles.

-Alors, du nouveau? Un petit ami, peut-être?

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MessageSujet: Re: Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ] Mer 17 Fév - 19:13

Sa première réflexion en le voyant fut qu'il avait vraiment une sale tête. Il avait l'air malade, ou mal réveillé en tout cas. Connaissant Drake, il était facile d'imaginer de quelle saine manière il avait pu occuper les dernières heures de son existence, et Lenny se demanda s'il devait se sentir honoré de ne pas s'être fait poser un lapin pour gueule de bois ou si, au contraire, il devait recevoir avec circonspection le constat que le jeune homme se fichait de venir en mauvais état à leur premier rendez-vous depuis un an et demie. Comme il n'était pas d'un caractère très coulant, il retint surtout le deuxième point. De toute manière, il se préparait à ce que leur entretien se passe mal. Il ignorait quel masochisme le poussait à retourner vers cet homme depuis des années, alors qu'il se préparait toujours à se faire ridiculiser. Même s'il refusait de l'admettre, Drake était devenu une sorte d'obsession, le premier homme à lui avoir fait des avances ouvertes, et cela sans la moindre sincérité. Il l'avait fait sortir de sa coquille et l'avait défié. Il avait vu en lui autre chose qu'un petit intello ennuyeux, ami par défaut avec les autres têtes d'ampoule de sa classe. Il ne comprenait pas pourquoi Drake s'intéressait tant à sa vie, à ses petites histoires, au point d'essayer de l'inciter à se dévergonder. C'était plutôt malsain. Et, cependant, il aimait savoir que son évolution dans le monde était suivie par quelqu'un comme une sorte de feuilleton. Cet homme était une sorte de juge implacable qui le jetait devant sa propre réalité. Il le détestait pour cela, mais il était, de façon assez malsaine aussi, toujours intéressé de connaître ses réactions. Bien sûr, il se répéta que s'il n'y avait pas eu l'affaire de la déesse tueuse, il n'aurait jamais cherché un prétexte pour le revoir, surtout dans une période aussi troublée de sa vie.

En s'asseyant face à lui, Lenny tomba nez à nez devant son t-shirt et fit de son mieux pour dissimuler sa perplexité. Drake avait toujours des vêtements aux messages à la fois débiles et obscènes. Il s'était parfois demandé s'il était détraqué au point de les acheter spécialement pour leurs entrevues. Mais, il concédait tout de même que ce serait un peu gros, un peu trop psychopathe de la part d'un homme simplement bizarre. Il espérait néanmoins qu'il ne devait pas y voir une sorte de message caché. En tout cas, il était hors de question de faire le moindre commentaire sur le sujet. Les gens portaient souvent des t-shirts avec des phrases idiotes dans l'espoir de recevoir des remarques pour se sentir intéressants. Il était évident que Lenny ne pouvait tomber bêtement dans le panneau et offrir une attention si désespérément réclamée. Sous son manteau, ce qu'il portait était beaucoup plus digne, parfaitement classique et normal aurait-on pu dire sans avoir connu Lenny un an avant, avec ses tenues aux couleurs ternes, ses chemises trop bien repassées. Dans un sous-pull presque moulant et d'un bleu presque électrique, il était à la limite de l'excentricité. En parlant de « presque », Drake lui déclara avec un ton détestablement ironique qu'il était presque heureux de le voir, non sans l'avoir auparavant accueilli sur un ton plein de miel. Lenny eut un vague rictus, mais il savait ne plus s'emporter bêtement devant ses provocations. Il répondit dans le même registre.

– Et moi j'étais presque content de ne plus voir l'homme le plus dévergondé de New-York pendant de si longs mois.

Apparemment, son « ami » avait déjà eu le temps de passer commande puisqu'on lui servit une pinte à l'instant où il achevait son sarcasme. Drake s'amusa de sa récente majorité (enfin, ça faisait tout de même plus d'un an). Il devinait comme une autre intention de se moquer mais, soit elle tomba à l'eau, soit il se ravisa car sa remarque n'alla pas plus loin. Lenny haussa doucement un sourcil l'air de dire « Oui ? Donc ? Et alors ? Je suis censé avoir une réaction ? Rire ? Me sentir vexé ? » Mais ce moment de gêne ne dura pas puisque le jeune homme lança les premières hostilités en lui demandant sans délicatesse s'il avait un petit ami. La question piège. Dire qu'il ne s'y attendait pas serait mentir, cependant, il pensait quand même évoquer des choses un peu plus graves avant, ce pourquoi ils avaient repris contact récemment par exemple. Il se figea, pris de court. Puis, une expression ennuyée glissa sur son visage.

– Non, répondit-il de manière abrupte, mais à vrai dire je pensais que tu aurais d'autres préoccupations. Enfin… - Il attrapa son verre d'une main et le contempla un instant, pensif. - On ne s'est pas vus pendant plus d'un an, alors bien sûr qu'il y a du nouveau, même si j'ai pu constater que, de ton côté, tu continue de te laisser charmer par n'importe qui. – Il eut un petit sourire plus féroce. – Je suis en deuxième année d'études maintenant, j'essaye de m'intégrer à la vie universitaire… Je crois que ça me réussit un peu mieux que le lycée et puis, je vois des fantômes, je n'aurais pas pu rêver mieux comme pouvoir caché, pas vrai ?

Il avait prononcé cette dernière phrase avec une certaine amertume. Cette année avait été bizarre d'un bout à l'autre, réellement. La première moitié avait été une lutte pénible contre des visions d'outre-tombe, et la seconde, un chaos de sensations anarchiques arrosées d'alcool, d'expérimentations minables qui le couvraient de honte lorsqu'il y songeait. Il se doutait que la curiosité mal placée de Drake préférerait la deuxième partie même si la première avait tout de même son importance pour mettre de nouvelles lumières sur le monde caché qui les entourait. Mais pour être sincère, il ne savait plus quels souvenirs seraient les plus désagréables à évoquer.

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MessageSujet: Re: Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ] Mer 25 Mai - 20:48

Parmi les points positifs de ma nouvelle condition, il y en avait un qui était dangereux : la facilité avec laquelle je pouvais me remettre d'une gueule de bois. J'avais encore moins de retenue pour boire, sachant que j'allais me sentir bien seulement quelques petites heures après mon lever. Je profitais de cet avantage et, de temps en temps, j'exagérais. Je buvais trop ou trop vite… ou trop longtemps. Alors oui ma gueule de bois ne durait pas toute la journée, mais elle était follement désagréable et abrutissante. Comme aujourd'hui. Ma langue pouvait en témoigner.

Je savais qu'Ethan n'approuvait pas la quantité de fêtes auxquelles je participais (et leur qualité). Mon ami n'était pas un exemple de subtilité quand quelque chose lui déplaisait. Comme il aimait me materner depuis l'attaque de Loki, il trouvait utile de souligner, avec un humour tranchant ou une sombre désinvolture, le temps que je perdais à m'engourdir l'esprit de cette façon. Naturellement, je ne fléchissais jamais : personne d'autre que moi ne pouvait décider de ma vie. Et surtout pas quand cette autre personne pouvait avoir raison.

J'avais des passe-temps beaucoup plus productifs et louables. D'abord, je travaillais honnêtement (ou presque), même si les fonds que j'avais détournés lors des catastrophes causées par la brèche me garantissaient une autonomie financière assez durable. Je réparais les ordinateurs des petites dames désespérées et, quand elles étaient jolies, je les draguais ouvertement… (Bon, ce dernier exemple n'est peut-être pas le meilleur.) J'aimais aussi fabriquer toutes sortes de choses technologiques amusantes ou utiles, que ce soit pour moi ou pour un ami. Ou même juste pour une connaissance, si un projet me venait à l'esprit et m'intéressait suffisamment. Ces passe-temps, toutefois, ne me procuraient pas la délectable impression de flottement que m'apportait la certitude de faire des bêtises inutiles.

Je remarquai le bref regard de Lenny vers mon t-shirt et je me retins de me relever pour tourner sur moi-même en le lui faisant admirer pour le mettre officiellement mal à l'aise. Néanmoins, il était beaucoup plus drôle de ne rien faire. Avec les vidéos qu'il regardait en ligne, j'osais croire qu'il commençait à savoir de quoi avait l'air une personne qui ne suçait pas une friandise…

Je m'expliquais mal pourquoi j'avais envahi la vie privé de ce petit blondinet. Comme d'habitude, il y avait une grande partie de moi qui n'avait pas réfléchi plus loin que ''Ça sera drôle!'' et qui s'était lancée avec enthousiasme. En même temps, pirater me venait naturellement. Je ne me sentais jamais mal de tomber sur des informations qui ne m'étaient pas destinées. Mais fouiller l'historique et les conversations d'un adolescent? Même moi, je trouvais que j'étais allé un peu loin… Sauf qu'au moment où je l'avais fait, je n'aurais pas pu me retenir. Je le savais. J'avais eu une trop grande envie de vérifier que cet adolescent visiblement coincé était simplement débile et non nuisible. Il m'avait rappelé un demi-frère temporaire taré et, heureusement, au final, ils n'avaient rien en commun. Aujourd'hui, Lenny était adulte – bien que je ne me gênerais pas pour le traiter en enfant – et les petites informations amusantes que j'avais retenues à son sujet risquaient de me servir s'il me faisait trop chier.


– Et moi j'étais presque content de ne plus voir l'homme le plus dévergondé de New-York pendant de si longs mois.

-Cesse tes flatteries!


Je souris, mais je le détestais quand même un peu. Je n'étais pas ''dévergondé''. Je savais qu'il l'employait de la même manière qu'il aurait dit ''pervers'', et j'étais très normal dans mes expériences sexuelles. Oui, elles étaient nombreuses et, oui, elles étaient variées. La monogamie n'était qu'une vague théorie pour moi. Cela ne faisait pas de moi une sorte de prédateur ou d'obsédé sexuel.

En moyenne, je n'ennuyais pas les gens avec leur célibat. J'étais le premier à vouloir qu'on me fiche la paix à ce sujet. J'avais trop de fois entendu qu'il me fallait cesser de perdre mon temps entre des draps inconnus et m'arrêter pour trouver LA personne qui me rendrait heureux pour toujours. Après toutes les personnes intéressantes et intelligentes que j'avais rencontrées et tous les amis de qui j'avais été un minimum proche, j'avais la certitude que cet idéal ne pouvait pas me convenir. Il y avait des parties de moi que je n'avais jamais eu envie de révéler à qui que ce soit. Et même ce point, je le gardais pour moi parce que je savais qu'on me répondrait des inepties sur le grand amour. Alors peut-être avais-je envie d'être compris, de vivre une sorte de communion des esprits, mais je n'avais certainement pas envie de faire l'effort de m'expliquer. En fait, faire des efforts de manière soutenue ne me venait simplement pas naturellement.

Lenny semblait avoir… grandi? Il ne réagit presque pas à ma blague sur son âge. C'était un peu décevant.


– Non, mais à vrai dire je pensais que tu aurais d'autres préoccupations. Enfin… On ne s'est pas vus pendant plus d'un an, alors bien sûr qu'il y a du nouveau, même si j'ai pu constater que, de ton côté, tu continue de te laisser charmer par n'importe qui.

-Je ne me laisse pas charmer : je charme. La nuance est là, quand on a la subtilité de la comprendre.

– Je suis en deuxième année d'études maintenant, j'essaye de m'intégrer à la vie universitaire… Je crois que ça me réussit un peu mieux que le lycée et puis, je vois des fantômes, je n'aurais pas pu rêver mieux comme pouvoir caché, pas vrai ?


Je restai très perplexe. Un pouvoir magique chez mon petit Lenny? C'était magnifique et fort malheureux à la fois.

-Justement! Je me demandais comment tu avais su pour Proserpine…

Je feignais la jovialité sans y parvenir totalement. Je pris quelques secondes pour respirer et essayer d'être un peu sérieux. Je savais par expérience que découvrir un pouvoir magique, spécialement si celui-ci n'était pas positif, était bouleversant.

-Et… ça se passe bien, ton pouvoir? Tu as des amis au courant qui peuvent t'aider?

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MessageSujet: Re: Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ] Lun 13 Juin - 19:12

Bien sûr, Drake ne perdait pas une occasion de fanfaronner et se montrer agaçant. Lenny se surprenait lui même du sang-froid qu'il parvenait à garder. Oui, en une année, beaucoup de choses avaient changé. Il n'était plus un adolescent frustré, incompris, en haine contre le monde entier. Il était un jeune adulte vaguement plus social, certes toujours frustré, mais un peu plus affirmé. Pour se tenir devant le bas séducteur qu'était Varner, il avait touché des abîmes terribles, il en était revenu à moitié brisé. On ne se reconstruisait pas comme avant après un tel traumatisme, certaines choses restaient fissurées, d'autres soudées avec du métal. Devoir renforcer son esprit pour résister aux âmes en peine qui erraient à travers la ville l'incitait à envisager ses relations avec distance. Dans son idéal, il était donc à l'image de ce qu'il montrait à Drake, un nouveau Lenny hautain, glacial et impassible. En vérité, il ne maîtrisait pas tout à fait ce masque, mais il était fier de réussir à s'y tenir pour l'instant. Son interlocuteur était de toute manière assez ridicule de s'attribuer le rôle du séducteur de Proserpine. Il ne connaissait pas de dieux personnellement, mais il doutait qu'un petit humain pût troubler un être millénaire et surpuissant. La reine des Enfers semblait qui plus est du genre à ne pas sympathiser avec un homme dont elle ne pouvait voler l'âme. Il eut donc un air très ennuyé en entendant Drake affirmer qu'il manquait de subtilité. Il retint même une bouffée de colère. Vraiment ? Il s'était donné la peine de prévenir cet idiot d'un danger et il l'accusait d'être moins malin que lui ? De ne rien comprendre à la situation ? Quel ingrat noyé dans sa fatuité ! Il essaya de maintenir sa neutralité détachée sans y arriver. Ses mot devinrent plus tranchants.

– Quelle nuance ? Elle voulait te charmer, tu l'as laissée faire. Mais tu pouvais continuer si tu te pensais si subtile pour inverser les rôles.

Drake était mal placé pour se vanter. Il n'avait pas franchement été un exemple de courage et de confiance en ses grandes capacités face à la déesse psychopathe. Et s'il voulait rester léger, éviter d'aborder un sujet gênant, pourquoi faisait-il tout pour se montrer vexant ? Les choses pouvaient aussi se régler plus calmement. Il n'avait pas encore expliqué au jeune homme la nature de ses dons. Drake ignorait donc à quel point il connaissait la dangerosité de Prosepine. Mais Lenny retint son intention de se montrer désagréable avant de lui concéder des explications. Là, le ton s'apaisa un peu. L'informaticien se reprit pour lui demander avec un air détaché qui manquait de naturel de quelle manière il avait pu découvrir les plans de la divinité romaine.

– Elle était suivie par le fantôme de sa dernière victime, un jeune homme. Il est entré en contact avec moi pour me prévenir… Je ne sais pas pourquoi les morts se mettent en tête que le fait d'être medium doit faire de moi un justicier de l'au-delà. C'est très pénible… Alors non, ça ne se passe pas bien. J'ai perdu six mois de ma vie à cause de ce truc. Mais, j'ai quelqu'un qui m'aide à ne plus me faire harceler maintenant. Et toi, tu fais aussi parti du gang des bizarres ? Enfin, de ces bizarres là, je veux dire.

Il s'était repris avec un petit soupir en réalisant que la tournure de sa première question risquait de pousser Drake à préciser qu'il était génialement bizarre. Sur la question des amis au courant, Lenny préférait rester évasif. Les deux personnes concernées entretenaient une relation assez spéciale avec lui, et il savait son interlocuteur capable de les trouver beaucoup trop intéressants pour ne pas le harceler de questions. Il ne voulait plus tellement parler de Fred. Tous les souvenirs liés au vampire l'envahissaient de honte. Avec Ezra, il ne savait pas quoi dire. Il ne voulait pas entendre l'autre imbécile se moquer du fait qu'il flirtait avec un handicapé, ou, s'il était moins stupide, le traiter de mauvais séducteur inapte à se mettre en couple. Ce serait assez osé de la part de Drake, mais l'odieux personnage n'était jamais à une incohérence près si le but était de jouer les nuisibles. Il refusait de tomber dans le piège. Il avait accepté de le revoir pour en apprendre davantage sur le monde surnaturel, lui prouver qu'il avait grandi et rien de plus. Même s'il faisait confiance à Ezra, sa seule opinion n'était pas suffisante pour assouvir sa curiosité et son besoin de comprendre à quoi s'en tenir avec la majorité de son entourage.

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Dernière édition par Lenny Pinsker le Mar 19 Juil - 18:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ] Mer 22 Juin - 19:59

Peu de choses m'ennuyaient autant que me faire traiter de pervers, que ce soit directement ou d'une manière plus subtile. Les gens se croyaient si supérieurs avec leurs principes rigides n'ayant pas évolué avec les époques. Je ne voyais pas en quoi se priver d'expériences sexuelles ne faisant aucun mal à qui que ce soit reflétait une morale incomparable. À mes yeux, cette manière de penser reflétait plutôt la fermeture d'esprit et l'incapacité à penser plus loin que les limites posées autrefois. Malheureusement, un grand nombre de gens ne jurait que par les traditions. Je faisais de mon mieux pour tenir ce type de personnes à distance. Je n'avais pas de temps à perdre avec des imbéciles qui ne pouvaient pas penser par eux-mêmes.

À mes yeux, la perversité était quelque chose de très mal, loin du simple amusement. Elle faisait souffrir, elle assombrissait, elle transformait. C'était pourquoi y être associé m'infligeait d'invisibles brûlures. Une partie de moi n'était pas complètement convaincue que j'étais une personne normale. Je voulais croire que j'étais loin d'être une sorte de monstre, un prédateur ou un obsédé. J'y parvenais généralement assez bien mais, comme j'étais une personne qui se perdait facilement sur mille chemins de pensées à la fois, il m'arrivait de m'égarer loin de mes certitudes et de craindre de couler à pic. Les multiples jugements passés sur mon mode de vie ne m'aidaient pas, même si je les balayais souvent instantanément de mes pensées. Personne n'était à l'abri des mauvais jours, pas même les gens cool comme moi.

Je détestais les pervers. Passionnément. J'avais spécialement en horreur ceux qui laissaient leur désir prendre plus d'importance que le bien-être des autres. Il m'était arrivé, quelques fois, de m'interposer entre un homme trop entreprenant et une femme qui essayait de se débarrasser de lui, lorsque je sortais. Je ne recherchais pas ce type de situation. Je n'étais ni un héros ni un pauvre type ayant besoin de se prouver qu'il avait de la valeur en sauvant des demoiselles en détresse. Je ne pouvais simplement pas supporter ce type de comportement. Et je savais que mes nombreuses aventures me plaçaient dans un rôle similaire à celui-là aux yeux de beaucoup de gens. L'opinion des autres valait toujours moins que la mienne mais, à force, l'idée faisait du chemin. Et ça m'énervait au plus haut point. Moi seul me connaissais à la perfection. (Bon, il y avait aussi Ethan qui me connaissait plutôt bien, mais c'était uniquement à cause de son pouvoir de télépathie. C'était de la triche. Et ne me parlez pas de son intelligence démesurée.)

En moyenne, l'avis des autres me passait des kilomètres au-dessus de la tête. Je n'accordais de réelle importance qu'à peu de gens et, habituellement, ceux-ci me prouvaient que leur intelligence dépassait la faible moyenne de la population. Les opinions de mes amis m'intéressaient donc un minimum, que ce soit simplement pour les connaître, pour les analyser ou encore pour les contredire par pur plaisir. Néanmoins, il ne fallait pas que ceux que j'autorisais à valoir la peine que je garde contact avec eux me fassent trop chier. J'aimais les challenges, mais je me lassais vite. J'appréciais d'ailleurs la manière qu'avait Ethan de faire comme s'il n'avait jamais eu accès à mes pensées. J'aurais eu beaucoup de mal à accepter qu'il se serve de ce qui traînait dans les moindres recoins de mon cerveau pour me nuire ou, pire, me dire quoi faire. De temps en temps, toutefois, il me passait des commentaires trop justes pour que ce soit des hasards… Mais que pouvais-je y faire?

Lenny Pinsker n'avait pas intérêt à me ramener trop souvent des petites remarques sur ma vie sexuelle – de laquelle il ne savait rien, d'ailleurs – car je risquais de finir par perdre patience. Je pouvais devenir une véritable petite vermine quand j'étais à bout. Le genre de personne à pirater un ordinateur pour rendre publiques les vidéos regardées par un certain petit blond probablement encore vierge.


– Quelle nuance ? Elle voulait te charmer, tu l'as laissée faire. Mais tu pouvais continuer si tu te pensais si subtile pour inverser les rôles.

-Si jeune et naïf.


Ce fut ma seule réponse. Je n'avais pas à lui expliquer que très peu de gens avaient réussi à me charmer au point que j'en perde la tête. Mon besoin de me sentir au-dessus de mes affaires ne le concernait pas.

– Elle était suivie par le fantôme de sa dernière victime, un jeune homme. Il est entré en contact avec moi pour me prévenir… Je ne sais pas pourquoi les morts se mettent en tête que le fait d'être medium doit faire de moi un justicier de l'au-delà. C'est très pénible… Alors non, ça ne se passe pas bien. J'ai perdu six mois de ma vie à cause de ce truc. Mais, j'ai quelqu'un qui m'aide à ne plus me faire harceler maintenant. Et toi, tu fais aussi parti du gang des bizarres ? Enfin, de ces bizarres là, je veux dire.

Alors, mon presque-protégé était un médium. C'était malheureux. De tous les pouvoirs, il avait fallu qu'il tombe sur un qui l'asservissait aux morts. Il n'y avait pas qu'avec sa personnalité et son orientation sexuelle qu'il n'avait pas eu de chance…

-Médium, rien que ça. Et t'as pensé à te munir d'un objet de protection? … Ah, je suis débile, la personne qui t'aide doit nécessairement te l'avoir proposé… D'ailleurs, c'est un sorcier aussi? Me dis pas que c'est un dieu : ces tarés sont partout. Tu l'as trouvée comment, cette personne?

Bon, je m'emballais. Peut-être que Lenny ne savait pas pour les dieux. Oups. Maintenant, il saurait. Je n'en était pas à ma première fois à parler sans réfléchir aux conséquences.

-Et oui, je suis bizarre, mais je suis plus chanceux : j'ai un pouvoir d'autoguérison. Un cadeau accidentel des guérisseurs qui ont reconstruit le puzzle que j'étais après l'exécution.

Il fallait que je confie des trucs si je voulais que le blondinet me parle. Je n'avais toutefois pas envie de lui livrer aujourd'hui la fiche descriptive de mes facultés de créature venimeuse. Il fallait que je garde des surprises, non?

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MessageSujet: Re: Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ] Mar 19 Juil - 20:24

Pour une personne qui aimait se donner des airs de grand je m'en foutiste insensible, Drake lui montrait des signes de contrariété assez réguliers. Leur dernière rencontre s'était mal passée en partie parce que le jeune homme avait perdu patience malgré son verbe moqueur. De la même manière, Lenny sentit passer les signes d'une colère froide lorsqu'il répondit à sa répartie en le traitant de pervers. Et cette impression se cristallisa un temps. Il voyait bien à son regard à moitié absent qu'il l'écoutait parler tout en ruminant des pensées exaspérées qui ne sortiraient pas forcément dans leur conversation immédiate, mais pourraient ressurgir s'il essayait de pincer cette corde apparemment sensible. Il était assez ironique que Drake soit déstabilisé si tôt et par une saillie aussi hasardeuse. Le blondinet n'avait pas tellement cherché à le piquer. Il pensait au contraire jeter ce mot dans le vent, et voir poindre le sourire agaçant d'un homme fier de provoquer les esprits puritains avec son mode de vie très libre. N'avait-il pas déjà tenté de « l'aider » à se débaucher, comme s'il s'agissait d'une chose très importante à laquelle il devait être initié au plus tôt ? Il lui était assez difficile de comprendre pourquoi, soudain, Drake semblait vexé. Cette réaction pouvait au moins valider le schéma très classique de l'homme qui se perd dans ses dérives mais ne supporte pas qu'elles soient pointées du doigt en estimant valoir mieux que les autres. Il était bien connu que les pires individus avaient toujours d'excellentes excuses pour justifier leur comportement et s'agaçaient de devoir les remettre en question. Son étrange ami serait-il de ceux-là ? Un simple fanfaron incapable d'assumer complètement son choix de vie, ou plutôt, incapable d'aller vers autre chose ? Ça le rendait plus humain après tout. Ces derniers temps, Lenny avait appris à ne pas se laisser bêtement impressionner par les apparences. En avançant, et surtout, en laissant les gens venir un peu plus vers lui, il comprenait aussi très bien que les personnes les plus démonstratives l'étaient souvent pour dissimuler des aspects plus problématiques de leur personnalité.

Mais, pour une personne qui n'appréciait pas de se faire attaquer sur sa sexualité, Drake faisait peu d'efforts. Ce n'était pas en le méprisant, en le traitant de naïf, qu'il lui donnerait envie d'oublier ce qu'il venait de relever. Il devenait plus sec, plus volontairement méchant, comme pour reprendre une contenance et une ascendance sur lui. Lenny se garda de réagir. Il le fixa sans ciller, lui renvoyant autant de dédain à travers ses prunelles grises. Là, il se sentait le moins mal à l'aise des deux, ce qui n'était pas désagréable. Faire enrager Drake serait d'un intérêt limité et signerait sans doute l'arrêt définitif de leur pseudo relation. Cependant, s'il y tenait, Lenny avait le sentiment que le jeune homme vivrait bien plus mal que lui le fait de perdre ses moyens. Fallait-il lui préciser que la psychiatre était une déesse et qu'il était difficile d'être certain de lui résister, même avec la meilleure volonté du monde, si elle pouvait altérer les pensées ? Il était presque tenté de se jouer de son interlocuteur pour lui prouver comment un simple humain comme lui avait les moyens d'obtenir les choses les plus insensées de lui. Mais lui révéler cette compétence serait idiot. N'importe qui – Ezra à part – ne lui ferait plus confiance en découvrant sa tendance à plier les autres à sa volonté. Et si Drake ne connaissait pas l'existence des dieux, il était déconseillé de la lui apprendre, même si l'information aurait peut-être le mérite de le remettre à sa place.

Cette dernière précaution fut inutile, d'ailleurs. Drake lui révéla qu'il avait parfaitement conscience de se trouver dans un monde peuplé de créatures surpuissantes et dangereuses. Il se moquait donc de lui en se prétendant assez malin pour résister à Proserpine. Même une reconnaissance sincère de sa part était trop demander. Il pourrait toujours courir s'il voulait bénéficier de ses services de medium la prochaine fois, puisqu'il était si doué. Par dessus tout, il essayait assez gratuitement de le faire douter des bonnes intentions d'Ezra en affirmant qu'il serait totalement irresponsable de ne pas lui avoir proposé d'artefact de protection, puis en lui sous-entendant qu'il pouvait être un dieu. Pourquoi éprouvait-il ce besoin de détruire la seule relation précieuse qu'il avait réussie à construire ? Quel intérêt et satisfaction ? Lenny résista encore à l'envie de lui tourner une réponse cinglante, ne serait-ce que pour faire honneur à Ezra qui n'avait certainement pas le droit d'être traité avec autant de méfiance.

– Je le connais depuis quelques années. On se croisait souvent à des concerts… de musique classique. – Un instant, il avait hésité à s'arrêter au mot concert pour se donner un air un peu plus « cool ». Mais, par un procédé mental qui lui échappait un peu, le souci de l'exactitude avait vaincu sa résolution. – Il était là quand j'ai découvert mon don, et c'est à ce moment qu'il m'a appris qu'il était aussi un sorcier. Je n'ai pas voulu d'objet pour bloquer mes pouvoirs. Je pense que je dois les affronter et lui aussi. C'est un pouvoir terrible mais je ne sais pas si après avoir enduré toutes les visions qu'ils t'enfoncent dans la tête, tu aurais envie de simplement les fuir. J'essaye de les voir comme des sortes de parasites. J'ai réussi à faire disparaître un esprit tout à l'heure avec Ezra, rien d'autre qu'un adolescent qui s'était suicidé par erreur… Quelque chose d'assez ridicule au final. Il hantait un appartement depuis une trentaine d'années, et les locataires se succédaient à une vitesse incroyable. Peut-être que les prochains resteront sans faire de cauchemars.

Drake attendait certainement plus d'informations sur Ezra que sur ses nouvelles compétences, mais il était évident que Lenny n'avait pas la même facilité à parler de sa vie personnelle. En revanche, sa langue s'était déliée avec une étonnante facilité, et une absence évidente d'empathie, pour évoquer ses projets et sa dernière aventure. Il avait à peine prêté attention au fait que le nom de son ami lui avait échappé. Même s'il avait légèrement haussé les épaules en fin de discours, il semblait davantage chercher à jouer les faux modestes qu'à jouer l'éternel blasé. Il était assez fier de son exploit, plutôt satisfait de trouver une autre personne que Ezra pour en parler, surtout lorsqu'il s'agissait d'une personne qui n'arrêtait pas de le traiter de perdant et qui s'affirmait plus chanceux que lui. Au moins, son pouvoir avait permis de sauver la vie d'un débile doté d'autoguérison et de rendre un logement habitable. En plus, il semblait que Drake n'avait même pas cette capacité de manière innée… On pouvait obtenir d'autres choses ? Quelles étaient les limites, même pour les humains ? A l'entendre, la mort n'était plus qu'une option, entre les dieux immortels et les vampires, c'était une perspective aussi intéressante que rassurante.

– Tu es réellement revenu d'entre les morts ? demanda-t-il de manière un peu impudique. Je ne savais pas qu'on pouvait obtenir d'autres pouvoirs. C'est définitif ? Tu connais les limites de ton autoguérison ?

Pas qu'il prévoyait de le décapiter pour voir s'il y survivait, mais il était néanmoins intéressant de savoir ce que ça impliquait car il y avait une différence entre la petite coupure de rasoir qui se referme aussitôt, et la régénération totale et permanente des cellules.

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MessageSujet: Re: Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ] Dim 14 Aoû - 19:15

Avec le temps, j'oubliais un peu qu'Ethan avait secrètement eu accès à mes pensées en continu, et ce, durant de longs mois. J'étais désormais protégé et, étrangement, je faisais confiance à ce vieux dieu ridiculement intelligent. Il m'avait prouvé qu'il était réellement mon ami à plusieurs occasions et il ne se servait pas de ses connaissances étendues des moindres recoins de mon cerveau pour me nuire ou prendre avantage sur moi. Je le soupçonnais tout de même d'avoir établi une stratégie pour que je ne le jette pas comme j'avais l'habitude de le faire avec mes amis et mes amants. Les gens ne restaient habituellement pas longtemps dans ma vie, spécialement si je les séduisais : je préférais me débarrasser d'eux avant qu'ils s'attachent. Jusqu'à présent, mon ami égyptien ne m'ennuyait pas du tout. Il était l'une des personnes les plus intéressantes que j'aie rencontrées et, encore mieux, il me laissait de l'air. Il me maternait sur certains points, mais il semblait comprendre que me faire dicter ma conduite n'apportait généralement que ma plus totale désobéissance.

Il y avait un certain temps que j'avais été réadmis dans le lit de mon auteur préféré. Nous ne couchions pas ensemble régulièrement, à la manière d'un couple, bien entendu. Ethan avait cependant un don pour se faire désirer. Et il avait démontré certaines qualités qui m'auraient fait avoir envie de lui même s'il n'avait pas été aussi charmant. Mon ami m'avait laissé comprendre que sa froideur à mon égard n'avait pas été liée à un manque d'intérêt pour mon sublime corps, ce qui avait été ma principale théorie. Ethan avait simplement été bloqué par un sentiment de culpabilité à cause de tout ce qui avait entouré mon incarcération. J'avais été bêtement soulagé d'apprendre que mon torse aux allures d'une ville illuminée n'était pas trop étrange à ses yeux. Il était l'une des rares personnes qui avaient pu l'observer sans une histoire débile pour en justifier l'apparence.

J'avais toujours eu un problème de patience. Je pouvais passer des heures entières devant un ordinateur pour venir à bout d'un détail qui m'apparaissait comme important et je n'avais pas de mal à lire ou écouter un long récit s'il était intéressant. En fait, c'était le nœud du problème : il fallait que ce que je faisais soit agréable. Dès qu'une activité désagréable m'était imposée, je m'assombrissais, je fuyais ou je versais dans la connerie pure pour éviter de vivre complètement le moment. Il en était de même lorsque je commençais quelque chose qui me plaisait au départ et qui finissait par me faire chier. L'idée de m'occuper de la vie de Lenny m'amusait mais, plus j'apprenais à le connaître, moins je trouvais de points positifs à me taper sa présence. Je n'avais plus vraiment envie de l'aider. Au mieux, il était devenu un téléroman vivant. Je manquais des épisodes et je reprenais plus tard en espérant qu'on me résumerait ce que j'avais négligé. Je conservais néanmoins un intérêt inexplicable pour lui.


– Je le connais depuis quelques années. On se croisait souvent à des concerts… de musique classique.

- Cool!


J'aimais bien la musique classique. J'en mettais parfois à tue-tête pour faire enrager mes voisins. C'était beaucoup plus drôle que tout autre type de musique parce qu'il était déplacé de se plaindre de musique classique trop forte. J'aimais voir le malaise de ceux qui frappaient à ma porte pour que je baisse le volume de Beethoven et qui refusaient avec gêne de prendre le thé avec un homme qui ouvrait la porte en sous-vêtements.

– Il était là quand j'ai découvert mon don, et c'est à ce moment qu'il m'a appris qu'il était aussi un sorcier. Je n'ai pas voulu d'objet pour bloquer mes pouvoirs. Je pense que je dois les affronter et lui aussi. C'est un pouvoir terrible mais je ne sais pas si après avoir enduré toutes les visions qu'ils t'enfoncent dans la tête, tu aurais envie de simplement les fuir. J'essaye de les voir comme des sortes de parasites.

J'écoutais avec intérêt. Lenny me faisait découvrir un côté de lui qui ne collait pas avec le cliché de petit blondinet élevé dans la soie avec sa maman lui caressant la tête. Il faisait preuve de courage en affrontant son don. À sa place, je n'aurais probablement pas utilisé de protection non plus, mais ma motivation aurait été différente : j'aurais vu ce don comme une sorte d'aventure, comme une porte ouverte sur des possibilités infinies.

- J'ai réussi à faire disparaître un esprit tout à l'heure avec Ezra, rien d'autre qu'un adolescent qui s'était suicidé par erreur… Quelque chose d'assez ridicule au final. Il hantait un appartement depuis une trentaine d'années, et les locataires se succédaient à une vitesse incroyable. Peut-être que les prochains resteront sans faire de cauchemars.

-Génial alors : t'es un vrai Ghosbuster!

Je passai à un cheveu de lui suggérer de passer une annonce pour se trouver une clientèle, mais il était peut-être un peu tôt. Ce petit était tellement toujours sur la défensive… Je devais marcher sur des œufs, ce qui n'était évidemment pas ma spécialité.

– Tu es réellement revenu d'entre les morts ?

Je soupirai et pris quelques secondes en tête-à-tête avec mon verre pour le terminer.

-Je n'étais pas complètement mort… Enfin, je ne suis pas un zombie! J'étais à l'article de la mort, agonisant. La plupart des mes organes ne répondaient plus… Un barbecue, ça te ruine une coiffure, d'ailleurs… Bref, le premier guérisseur a utilisé ce qu'il restait de… cru? Il m'a reconstruit à partir de ça, mais la magie a ses limites. Plusieurs autres lui ont succédé pour me redonner le corps séduisant que tu as devant toi. Quelques semaines de convalescence plus tard, j'étais de nouveau fonctionnel et magnifique! J'ai eu la chance d'être sauvé par un ami. C'est lui qui m'a emmené d'un vétérinaire à l'autre… guérisseur, je veux dire guérisseur.

Je fis signe à la serveuse de nous apporter d'autres verres.

- Je ne savais pas qu'on pouvait obtenir d'autres pouvoirs. C'est définitif ? Tu connais les limites de ton autoguérison ?

- J'ai connu des gens qui ont découvert en eux des pouvoirs en dormance, mais je ne savais pas qu'on pouvait être ''contaminé'' par la magie des autres. C'est ce qui m'est arrivé. Mon corps a subi une intense reconstruction. Je ne sais pas si c'est la vitesse de ma guérison imposée, le nombre de guérisseurs impliqués ou encore les circonstances de ma presque mort, mais j'ai ''attrapé'' l'autoguérison. En fait, il serait plus juste de parler de régénérescence. Mon corps revient toujours au même état. Je ne vieillis plus, mes blessures disparaissent, mon corps élimine l'alcool beaucoup plus vite… Je ne sais pas si c'est définitif. Eth… Un ami qui s'y connaît beaucoup en magie m'a dit qu'il serait étonnant que cette faculté disparaisse avec le temps.


J'attrapai avec bonne humeur le verre que la serveuse venait de déposer devant moi.

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MessageSujet: Re: Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ] Lun 29 Aoû - 21:16

Comme beaucoup d'enfants et d'adolescents, Lenny s'était déjà laissé aller à des rêveries où il se découvrait des pouvoirs incroyables qui lui donnaient accès à une connaissance cachée, lui permettaient de prendre sa revanche sur tous ceux qui avaient osé le mépriser. Même s'il n'était pas un très grand amateur de fantasy, il n'avait pas pu échapper à ce genre d'histoires pendant ses premières années. Il s'était ensuite tournée vers la littérature de « grands auteurs », plus réaliste, par snobisme, mais il lui arrivait de parcourir des textes de romance paranormale sur Internet, juste pour voir à quel point c'était mauvais, vous jurerait-il. La découverte d'un sixième sens n'avait pas été aussi fabuleuse que ce qu'on percevait dans les fictions populaires. Les personnages ne semblaient jamais vraiment livrés à eux-mêmes, ils affrontaient des dangers mais finissaient toujours par s'en sortir, en gagnant un véritable statut de héros, et les univers dans lesquels ils évoluaient, même lorsqu'ils s'ancraient dans le monde connu, restaient assez lisses. Un medium par exemple, ne voyait pas des choses trop horribles pour les lecteurs. Il ne se retrouvait pas confronté aux souvenirs répugnants d'immigrés séquestrés et violentés. Un autre point rassurant était le fait qu'un roman ou un film donnaient une idée assez nette des événements surnaturels autour du héros. Quand des manifestations étranges apparaissaient soudain dans votre quotidien, elles étaient tout de suite plus insaisissable. Difficile à partir de là de se voir comme le prochain Harry Potter. Il s'était plutôt représenté en Danny Torrance, piégé par l'imagination malade de Stephen King. Pendant plusieurs années, Lenny s'était maudit d'avoir osé trouver l'idée du fantastique attirante. Il avait aussi voué encore plus de mépris qu'avant aux jeunes écervelés qui ne juraient que par les univers imaginaires, avec de nombreux arguments pour signifier à quel point leurs fantasmes ne les amuseraient pas s'ils se réalisaient. Bien sûr, les gens niaient et le trouvaient ennuyeux, ou confirmaient qu'ils n'avaient pas la moindre envie que ça se produise vraiment. Mais alors, pourquoi passer sa journée à ne parler que d'une chose qui ne nous attire donc pas « vraiment » ?

Ces derniers mois cependant, même si son mépris pour les amateurs de fantastique n'avait pas changé, Lenny commençait à apprécier de vivre à moitié dans un monde secret. Il maîtrisait de mieux en mieux ses capacités, vivait des choses plus intéressantes que la moyenne des gens, et il aurait été finalement assez terrible de concevoir qu'il eût pu être l'un de ces ignorants qui feignaient de s'envoyer des boules de feu sans se douter qu'il existait sur cette terre des personnes capables de le faire en vrai. En passant, l'image d'un de ces abrutis se faisait atomiser après avoir défié un sorcier en mimant ce geste pour rire était assez délicieuse… et drôle. Il aurait sans doute mieux valu que la magie n'existât pas mais, puisque tel était le cas, il fallait bien qu'il soit aux premières loges. A présent, Lenny désirait en apprendre le plus possible. Il se demandait souvent combien de personnes autour de lui pouvaient lui dissimuler des dons, et restait à l'affût de comportements suspects qui auraient pu le mettre sur une piste. Le danger était partout, mais s'il le dominait un peu, il lui ferait moins peur. Son orgueil du moment était donc de bien montrer à Drake combien il était expert dans son nouveau domaine de compétence. Il ne savait pas très bien la réaction qu'il attendait de la part du jeune homme, mais son exclamation le surprit. Il se demanda s'il avait trouvé son discours absolument ridicule ou s'il voulait juste plaisanter après une histoire assez sinistre. En tout cas, il ne semblait pas du tout impressionné. Il n'y avait donc pas d'intérêt à traîner sur le sujet et, comme Lenny avait dit ce qu'il voulait et ne voyait pas comment répondre, il se contenta d'un froid :

– En quelque sorte, je suppose…

Drake avait de la chance qu'il s'intéresse assez à son cas ce soir pour ne pas avoir envie de clore la conversation. Il ne s'attendait pas vraiment à ce que le jeune homme détaille aussi précisément le moment où il s'était retrouvé entre la vie et la mort. Mais, à tout les coups, il le faisait pour se valoriser après avoir entendu ses exploits de chasseur de fantômes. Forcément, s'il n'avait pas quelque chose d'assez classe à lui retourner, il risquait de passer pour un petit joueur. Lenny devait hélas reconnaître qu'il n'avait pas du tout envie de le prendre de haut ou de se moquer après ça. Si Drake ne se moquait pas de lui – et il avait gardé un visage vraiment sérieux pour une fois – il était littéralement un survivant. Il avait vécu quelque chose d'horrible. Et il ne pouvait pas s'empêcher de s'imaginer à quoi le visage parfaitement normal qui se trouvait devant lui avait pu ressembler. C'était tellement difficile à concevoir, autant qu'il était difficile de regarder la photo d'un avis de décès quand on savait que la personne avait terminée dans une moissonneuse-batteuse. Entre ses explications, Drake fit signe pour une deuxième tournée. Lenny n'était pas certain que ce soit une bonne idée d'enchaîner sur une autre pinte en compagnie de cet individu mais, par réflexe, il termina son verre à la hâte. En terme de contamination, Drake avait été plutôt chanceux. Il y a tout de même pire qu'attraper une auto-guérison qui allonge considérablement votre existence. Il hocha doucement la tête, et profita que son interlocuteur prenait une gorgée de son deuxième verre pour l'imiter. L'alcool le détendait un peu.

– Je suis bien content que tu ne sois venu me hanter, tu me diras, je ne t'aurais peut-être même pas reconnu. – Il avait voulu plaisanter, mais ce n'était peut-être pas très délicat tout compte fait. Donc il ajouta avec un semblant de sourire : – Tu seras toujours moins nuisible vivant. Et ça ressemble à une sorte d'évolution rapide… Un genre de mutation non ? C'est une idée assez présente dans la fiction, je suppose qu'elle ne doit pas sortir de nulle part. En tout cas, tu as des amis bien placés on dirait… et d'autres moins engageants.

Parce qu'évidemment, avoir des 'amis' qui se prenaient l'envie de vous carboniser était un peu moins enviable. Il se demanda un instant si Ezra aurait pu aussi le sauver s'il mourait. Maintenant qu'il avait des pouvoirs et connaissait toutes les nouvelles possibilités de ce monde, il serait d'ailleurs ridicule de mourir, presque autant que perdre une partie sur une petite inattention alors qu'on avait toutes les bonnes cartes en main.

– Tu vois, je trouve assez étrange de réaliser que la mort n'est peut-être finalement pas une chose inévitable, mais ce qui arrive aux personnes qui n'ont pas de chance, un peu comme la misère. Je n'arrive pas encore très bien à savoir si c'est rassurant ou inquiétant. – Il observa un instant Drake et ajouta, en levant légèrement un sourcil, signe sans doute qu'il était sarcastique : -- Maintenant que tu m'as confirmé ton immortalité j'ai peut-être un début de réponse mais… As-tu réfléchi à la manière dont tu allais occuper tout ce temps ?

Une réflexion qui lui venait en songeant à l'immortalité était qu'elle n'était pas pour tout le monde. C'était assez triste mais certaines personnes passaient leur vie à s'ennuyer. Elles ne s'intéressaient à rien de particulier, ne créaient rien, consommaient juste, et il ne voyait pas en quoi ajouter dix ans ou cent ans à une personne qui zappait sur les chaînes depuis son enfance allait changer quelque chose. Quand on voyait que certains vieillards ne dépassaient pas les connaissances culturelles d'un enfant de dix ans, on ne pouvait vraiment pas souhaiter que ce don soit accessible à tous. Lenny, de son côté, était certain d'en faire un usage utile. Il serait un jour assuré de pouvoir se construire une culture absolument parfaite en lisant tous les livres qu'il fallait lire, et il n'aurait pas non plus l'angoisse de ne jamais terminer ses projets d'écriture un jour, ni d'avoir perdu plusieurs années de sa vie pour un travail imparfait. Il se demandait sincèrement si Drake avait des projets plus palpitants que séduire un maximum de personnes.

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Dernière édition par Lenny Pinsker le Mer 2 Nov - 20:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ] Mer 5 Oct - 0:46

Je ne tirais pas spécialement de fierté de mon pouvoir de régénérescence, même s'il m'était fort utile. Mon pouvoir d'empoisonnement, dans toutes ses variantes, méritait bien plus de considération. J'avais fait des efforts, au fil de ans, pour l'amplifier et le diversifier. Il m'avait été utile de nombreuses fois, car j'avais le don d'attirer les ennuis. Depuis l'ouverture de la brèche, avec l'ambiance de violence qui régnait partout sur terre, posséder un don de ce genre me faisait aussi me sentir un peu moins démuni face aux dangers. Mon nouveau pouvoir n'était pas mal non plus pour me mettre à l'abri, tout de même. Avec le temps, peut-être pourrais-je même l'améliorer lui aussi.

– Je suis bien content que tu ne sois venu me hanter, tu me diras, je ne t'aurais peut-être même pas reconnu. Tu seras toujours moins nuisible vivant. Et ça ressemble à une sorte d'évolution rapide… Un genre de mutation non ? C'est une idée assez présente dans la fiction, je suppose qu'elle ne doit pas sortir de nulle part. En tout cas, tu as des amis bien placés on dirait… et d'autres moins engageants.

- Hey, t'imagines pas que les fans de personnes rôties sont mes amis. Mais bon, le mec est mort maintenant – assassiné par je ne sais qui – alors je ne crains pas une nouvelle séance de bronzage intense. Une mutation, c'est fort possible, oui…


Un instant, j'hésitai presque à lui montrer mon torse illuminé parce que, avec le contexte de mutation, c'était bien drôle. Je ne le fis pas notamment parce que je n'aimais pas exposer cette particularité et, spécialement, parce que je ne faisais pas assez confiance à ce petit blond pour partager avec lui trop de détails à mon sujet.

– Tu vois, je trouve assez étrange de réaliser que la mort n'est peut-être finalement pas une chose inévitable, mais ce qui arrive aux personnes qui n'ont pas de chance, un peu comme la misère. Je n'arrive pas encore très bien à savoir si c'est rassurant ou inquiétant.

- Ou aux personnes qui se font tuer. Fais bien attention parce que, chiant comme tu es, tu risques de te faire des ennemis avec le temps!


Je savais que cette remarque allait le faire chier, mais je n'avais pu la retenir.

- Maintenant que tu m'as confirmé ton immortalité j'ai peut-être un début de réponse mais… As-tu réfléchi à la manière dont tu allais occuper tout ce temps ?

J'allais révolutionner le monde en concevant un moyen d'associer technologie et magie. Ou j'allais trouver comment devenir un dieu, ce qui ferait de moi un être puissant, respecté et libre de faire tout ce que bon lui semble. J'allais faire plein de découvertes – que je partagerais ou non avec le monde –, amasser des connaissances infinies, traverser les époques en me régalant des nouveautés technologiques et sociales.… J'allais fabriquer toutes sortes de gadgets avec des moyens qui, aujourd'hui, n'étaient pas encore au point, mais qui le seraient dans cent ans alors que je serais toujours là pour les apprivoiser. J'allais rencontrer plein de gens intéressants ou bizarres, lire des livres d'auteurs même pas encore nés aujourd'hui, débattre avec des gens qui ne sauront pas que j'ai deux siècles de réflexion d'avance sur eux… J'avais l'éternité devant moi pour aiguiser mon esprit et amasser des aventures encore inimaginables à ce jour.

- Oh, je vais fais un tas de conneries! Tu me connais!

Perdu dans mes pensées, même si elles s'étaient bousculées dans ma tête en seulement quelques maigres secondes, et absorbé dans ma conversation avec Lenny, je n'avais pas remarqué que quelqu'un s'était approché.

-Bonjour messieurs! Excusez-moi mais, je me demandais… Êtes-vous ensemble?

Je levai les yeux vers l'intrus. Son visage n'exprimait ni animosité ni cette curiosité déplacée qu'avaient certains hétérosexuels pour les gens qui dérivaient des normes. En fait, je remarquai vite qu'il s'était adressé beaucoup plus à Lenny qu'à moi, ne m'accordant qu'un bref regard vaguement poli alors que Lenny se méritait un sourire charmeur. Visiblement, notre nouvel ami était intéressé par le petit blond.

Je ne lui reprochais pas son manque de gêne – j'étais moi-même assez friand d'importuner les gens –, mais son approche était curieuse. Il ne semblait pas particulièrement ivre, ce qui signifiait que son comportement ne pouvait être un débordement causé par l'alcool. Nous avions simplement affaire à une personne qui démontrait une impertinence pouvant peut-être rivaliser avec la mienne. Si ça se trouvait, on allait bien s'amuser à mettre Lenny mal à l'aise, même si ce n'était probablement pas le but qu'avait eu le jeune homme en venant interrompre notre conversation. Je ne laissai d'ailleurs pas le temps à Lenny de gâcher le moment et je m'empressai de donner une réponse qui, je l'espérais, allait bien ennuyer ce cher petit.


- Oh, non… Je suis beaucoup trop vieux pour lui. Il est mannequin, tu vois… Il est très en demande.

Le jeune homme était plutôt séduisant. Les cheveux noirs, les yeux d'un vert perçant, grand, mince et habillé sobrement, il aurait même pu m'intéresser. Mais je n'étais visiblement pas son type. J'examinai rapidement mes options. Je pouvais rester à la table et ennuyer Lenny avec quelques remarques qui feraient fuir le mec, ce qu'il ne me pardonnerait jamais, qu'il soit intéressé ou non : l'humiliation semblait très difficile à supporter pour lui, en toute situation. Je pouvais aussi draguer le nouveau venu pour mettre tout le monde mal à l'aise, mais je n'étais pas d'humeur à être rejeté, ce qui avait de bonnes chances de survenir compte tenu des circonstances. Il me restait donc l'option de partir, laquelle me semblait la plus sage. De toute manière, j'en avais appris suffisamment pour ce soir sur mon petit blond préféré et je préférais éviter qu'il me pose encore trop de questions.

Bien sûr, je ne comptais pas partir sans le faire chier une dernière fois. Je terminai mon verre et me levai en esquissant une petite révérence.


-Bon, je vous laisse. Et toi, l'amoureux transi, dis-je en m'adressant à celui qui peinait à cacher son bonheur de me voir partir pour le laisser seul avec sa proie, fais bien attention à mon Lenny.

Je fus tenté d'ajouter une remarque sur la virginité de Lenny – je ne savais pas s'il était vierge, mais un sous-entendu de ce genre, devant quelqu'un, l'ennuierait assurément beaucoup – mais je la ravalai. Si jamais il avait envie de profiter de l'intérêt de ce mec, je ne voulais pas être celui qui lui nuirait.

- Oh et il aime spécialement qu'on l'embrasse dans le cou, ajoutai-je en faisant un clin d'oeil au jeune homme.

Après avoir attrapé mon manteau sur le dossier de la chaise, je m'éloignai à reculons, avec mon sourire le plus insupportable, pour profiter de la réaction de Lenny. Une fois à la sortie du bar, je m'attardai un peu pour surveiller la scène, non pas par voyeurisme, mais pour bien m'assurer que Lenny s'en sortait  et n'avait pas besoin que je m'en mêle. Je fonçai ensuite chez moi et, une fois sur mon sofa en compagnie d'un peu loquace thé noir, je me souvins que je n'avais toujours pas répondu aux textos d'Ethan.

[Terminé pour moi]

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MessageSujet: Re: Des dieux, des fantômes et des amours [TERMINÉ] Jeu 3 Nov - 20:04

Lenny ne comprenait pas encore grand-chose aux guerres qui agitaient les dieux, sorciers et autres créatures tordues. Il ignorait d'ailleurs à quel point rendre ses capacités publiques pouvait lui attirer des ennuis et s'il risquait lui aussi de se faire carboniser au coin d'une rue. Car, admettons que les medium soient mal vus, considérés comme dangereux ou qu'il fasse de l'ombre au business de quelqu'un : il risquait de devenir une cible à abattre. Il se sentait prêt à accepter un danger dont il connaissait les risques s'il était de taille à l'affronter. Mais être supprimé sans être prévenu, sans avoir pris le temps de développer ses capacités pour mériter l'attention d'un fou furieux était réellement angoissant. Soudain, il n'était plus très sûr d'avoir bien agi en se dévoilant à Drake. Ses amis bizarres pourraient le ficher maintenant. Il ne trouva donc pas très drôle sa plaisanterie sur le fait qu'il risquait aussi de se faire des ennemis. En plus, il se faisait un malin plaisir à lui signifier son désintérêt pour la conversation. Ce type le dépassait. Même quand il essayait de faire des efforts, tout relation un minimum amicale semblait vaine avec lui. Il ne comprenait pas pourquoi ils s'acharnaient à se voir. De son côté, il était une sorte d'échec social fascinant, une personne dont il espérait recevoir une validation un jour. Mais Drake ? Pourquoi ne le remballait-il pas dès le départ ? Il n'essaya pas de répliquer à son attaque stupide, cependant, il répondit à ce qu'il identifiait comme une menace par une autre menace.

– Peu de personnes sont au courant. Je compte évidemment sur ton silence.

Drake ne chercha pas à développer ses projets d'avenir. Il semblait vouloir donner raison à son scepticisme. Pouvait-il avoir des ambitions très sérieuses ? Lenny n'en était pas certain, mais il était convaincu que « un tas de conneries » ne correspondait pas à ses vraies idées. Il avait forcément des choses plus précises à réaliser. C'était une manière de couper la conversation, ou peut-être d'éviter son jugement. Comme le jeune homme y réfléchissait malgré tout, Lenny eut le vague espoir d'obtenir des éléments supplémentaires. Il était vraiment curieux d'en savoir un peu plus sur les passions d'un homme comme Drake. Avec un peu de chance, il leur serait possible de trouver un point d'accroche, d'avoir un sujet plus sérieux. Il avait suffisamment réfléchi aux avantages de l'immortalité pour être capable d'en parler un long moment. Hélas, rien ne devait les mener vers un grand débat. Un individu les interrompit en leur posant une question indiscrète très étrange. S'ils étaient ensemble ? L'indiscrétion de l'intervention fit passer un souverain mépris sur le visage de Lenny. Il avait accepté le fait que son homosexualité était une chose involontairement visible dans son flegme général, mais il n'en restait pas moins sur la défensive. Une telle question lui donnait envie de répondre sèchement « En quoi ça te regarde ? » mais Drake le devança. Il le coupa dans sa haine en dévoilant sa petite expérience dans le mannequinat de manière exagérée et en le prétendant très courtisé. Lenny lui tourna un regard choqué.

– Mais arrête, on n'est pas mannequin pour quelques photos. Comment tu es tombé dessus en plus ?

Sa mère avait beaucoup insisté pour qu'il fasse des essais avec une de ses relations photographe qui l'avait repéré pendant une soirée mondaine. Il était tout ce qu'elle cherchait, jeune, très mince, blond avec un regard distant, le genre de chose qui plaisait aux grands couturiers. Sa pudeur lui avait fait refuser net l'opportunité mais il avait fini par contacter de lui-même la photographe en faisant le constat qu'il n'avait aucune bonne photo de lui à mettre sur son profil facebook pour impressionner ses camarades de promo. La soirée où il avait été assez ivre pour embrasser Fred avait cassé quelques barrières. Comme ses nouveaux amis avaient une image positive de lui, il voulait les encourager à le trouver cool. Les premiers essais s'étant bien passés, il avait posé pour une marque qui n'avait pas l'intention de placarder son visage dans toute la ville, attiré cette fois par la rémunération. Une semaine de salaire, c'était assez correct pour deux heures à faire l'imbécile devant un appareil photo. Enfin, ça restait une chose sur laquelle il tenait à rester discret devant des inconnus. Il jeta donc un regard perplexe à l'impudent quand il lui rétorqua :

– Que tu fasses carrière dans cette branche ne me semblerait pas délirant. Tu devrais persévérer.

De quoi je me mêle ? Drake se leva et il voulut l'imiter, mais ce monstre proposa à son « amoureux » de prendre sa place. Trop perdu pour réagir, Lenny laissa son compagnon de table changer et Drake continuer à dire n'importe quoi pour achever de le mettre mal à l'aise. C'était cruel.

– Laisse tomber, il dit n'importe quoi, s'agaça-t-il. On ne s'était pas vus depuis plus d'un an.
– Et tu n'aimes pas qu'on t'embrasses dans le cou ? s'amusa l'autre en le fixant intensément.

C'était peut-être incroyable, mais Lenny n'avait pas encore saisi qu'il était la cible d'un séducteur. Il n'avait même pas pris le temps d'examiner son visage et, maintenant qu'il était pris au dépourvu, obligé de regarder l'inconnu dans les yeux, il fut troublé de constater sa beauté. Il fallait bien boire un verre avec Drake pour se retrouver dans une situation aussi délirante. Malheureusement, s'il n'en était pas à son premier flirt avec un garçon ces derniers mois, il devait toujours faire le même triste constat. Si la personne possédait un physique avantageux, elle était toujours d'un caractère fort déplaisant. Il accepta de poursuivre la conversation par curiosité, au cas où il y ait peut-être quelque chose à tirer de ce Stephen malgré son entrée très impolie, mais la suite fut décevante. Si Lenny voulait des expériences, il n'en était pas au point de céder à des personnes débarquées d'il ne savait où. S'égarer après quelques verres avec une connaissance en soirée était une chose, mais répondre aux avances d'un expert en séduction était bon pour les désespérés et les débauchés, surtout s'il fallait dépasser le stade des baisers. Il apparut très vite que, sous ses belles paroles, Stephen espérait juste en faire un plan cul, chose qu'il n'accepterait jamais de devenir sciemment, et de manière aussi cynique. L'échange s'interrompit assez brutalement au bout d'une demi heure mais il eut tout de même un vague regret un peu plus tard. Il se demanda combien d'occasions de ce genre il devrait refuser avant de connaître l'amour pour de vrai, ou s'il finirait par se sentir assez minable pour accepter, quitte à ce qu'on se moque de son inexpérience. Au moins, il pouvait se consoler en se moquant de la nullité de Stephen par SMS avec Ezra et en espérant le voir exprimer quelques signes de jalousie.
[Fini !]

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