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Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine]

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MessageSujet: Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine] Dim 10 Jan - 20:28

Encore une fois, j'avais failli tuer Peach, aujourd'hui. Je l'avais fixée sans rien dire pendant plusieurs secondes, élaborant dans mon esprit la meilleure manière de cacher son corps après lui avoir brisé le cou d'un mouvement brusque. La porte de mon bureau étant entrouverte, il m'aurait fallu aller la refermer avant de déplacer le corps de mon épouse à travers celui-ci pour le glisser ensuite derrière la jolie causeuse de cuir. Je n'aurais eu qu'à replier légèrement ses jambes pour que ses escarpins noirs ne soient pas visibles une fois que je serais assis à mon bureau – il ne m'aurait servi à rien de la tuer pour l'avoir constamment sous les yeux ensuite. J'étais convaincu que, même inerte, elle saurait être insupportable. En fait, je le savais déjà puisque sa seule présence m'empêchait de dormir la nuit, alors qu'elle était simplement assoupie dans notre chambre.

Le soir venu, je n'aurais simplement eu qu'à balancer son corps par l'une des fenêtres de l'immeuble pour éliminer toute preuve par le fracas de son petit corps sur le ciment du trottoir situé des dizaines d'étages plus bas. Je m'étais tout de même retenu, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, son absence subite, en ce début d'après-midi serait certainement remarquée. Tout le monde adorait Peach. Elle mettait tellement de vie, disait-on… Raphael serait le premier à réaliser sa disparition inexplicable. Il viendrait me voir et je devrais me retenir de l'envoyer rejoindre sa chère patronne préférée derrière la causeuse. Un meurtre unique se camouflait beaucoup plus facile qu'un double-meurtre.

Malgré tout, la dégradation douloureuse de ma relation avec Raphael me faisait plus aisément envisager des idées aussi violentes. Étais-je jaloux qu'il soit plus proche de Peach que de moi? Évidemment. Je m'étais fait un seul ami proche depuis mon arrivée dans cet univers débile et il avait fallu que cette sombre conne me le vole. Psyché réussissait à empoisonner ma vie sur tous les niveaux. Je savais qu'en général, une personne pouvait avoir plus d'un ami, et que l'amitié entre deux personnes n'excluait pas d'autres amitiés. Je n'étais pas déconnecté de la réalité à ce point. Seulement, il me paraissait impossible d'être proche d'une personne qui aimait réellement Psyché quand je la détestais de toute mon âme. Et c'était encore pire venant de quelqu'un qui risquait d'en être amoureux – je connaissais l'attirance de Raphael pour mon épouse (et elle me dérangeait grandement), mais je n'avais pas mis à jour mes informations sur ses sentiments depuis plusieurs mois. J'essayais de me convaincre que c'était par désintérêt, mais je ressentais une vive brûlure à chaque fois que je voyais ces deux-là ensemble.

La raison principale pour laquelle, encore une fois, j'avais refoulé mon envie d'assassiner Psyché n'était autre que mon besoin pathétique de la savoir près de moi. Il me semblait que, tant que nous étions ensemble, il y avait une possibilité que ma vie reprenne un sens. Si je l'éliminais ou, plus simplement, si je la quittais, il ne me restait plus rien en dehors de cette nouvelle vie que j'avais bâtie, encore une fois, à ses côtés. Il m'arrivait parfois d'essayer d'imaginer de quoi pourrait avoir l'air ma vie si j'utilisais mon pouvoir pour convaincre Psyché de me quitter, notamment en la faisant tomber amoureuse de son cher Raphael, et je finissais toujours extrêmement angoissé. Je n'osais cependant jamais me demander ce que je ferais si mon épouse m'annonçait être véritablement amoureuse d'un autre. Je ne savais pas si j'aurais la générosité de la laisser partir ou la lâcheté de la forcer à rester à mes côtés.

La journée avait donc été bien longue entre mes plans de meurtre et le refoulement de ceux-ci. J'avais un projet bien spécial en soirée, un rendez-vous qui me mettait sur les nerfs, comme si mon envie d'étouffer mon épouse n'était pas déjà assez élevée en temps normal. L'heure de fermeture du bureau était finalement arrivée et je m'étais assuré que Peach me suive et vienne dîner rapidement avec moi : je n'aimais pas quand elle restait tard au bureau avec son cher Raphael. Puis, j'avais abandonné mon épouse devant un épisode d'une série stupide qu'elle aimait tellement et j'étais parti vers mon rendez-vous.

Je me rendis à quelques rues seulement de chez moi. J'y allai à pied pour m'aérer l'esprit. J'avais besoin d'air avant de retrouver cette personne qui avait toujours eu le don de me retourner l'esprit. Quand je fus devant sa porte, je sonnai en espérant avoir réuni suffisamment de force pour lui faire face. Lorsque je l'avais revue, au bal, toute mon amertume à son sujet était remontée en moi. J'avais toujours eu un don pour ruminer les mêmes émotions négatives. Cela expliquait peut-être pourquoi je n'arrivais pas à me détacher de Psyché, même alors que je songeais quotidiennement à mettre fin à ses jours de manière violente.


-Bonsoir. J'ai apporté un vin hors de prix… Il est peut-être imbuvable, mais la tête ahurie du mec à la caisse valait la dépense.

Je fis quelques pas dans la demeure de ma vieille amie en ne me gênant pas pour observer le décor.

-Intéressante décoration. Est-ce que ton bureau est dans le même goût?

J'avais plus que tout envie de lui poser des questions personnelles, mais l'éloignement causé par les années me l'interdisait, aussi tôt dans la conversation.

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MessageSujet: Re: Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine] Sam 16 Jan - 17:28

Le métier de psychiatre était vraiment une invention fascinante des temps modernes. Les mortels venaient vous voir la première fois en traînant des pieds, affirmant d'avance qu'ils n'aimaient pas beaucoup parler, qu'on les avait « forcés » de prendre rendez-vous, puis, après quelques séances, ils racontaient leur vie de long en large, attendaient fébrilement le prochain entretien, et trouvaient contrariant de ne pas avoir droit à plus de temps. Certains s'organisaient. Ils sortaient une liste de chose à dire sur mon bureau afin de ne rien oublier d'essentiel. Sinon, imaginez, ils seraient obligés de reporter à la semaine suivante, alors qu'un nombre incroyable de choses qui méritaient une analyse risquait de leur arriver entre temps ! Au fil des siècles, les gens avaient beaucoup changés. Si autrefois on les trompait aisément en profitant de leur naïveté, aujourd'hui ils péchaient par l'orgueil. Le jeu devenait donc, à mon sens, bien plus amusant. Alors que la maladie mentale était l'une des pires choses qui pouvaient arriver à une personne encore un siècle plus tôt, aujourd'hui, il semblait que beaucoup la vivaient comme une particularité susceptible de les rendre uniques. Ils montraient, bien entendu, quelques réticences devant le diagnostic, et avaient bien du mal à prendre des médicaments suivis contre une dépression ou une psychose mais, au fond, ils étaient fiers d'avoir ce petit truc en plus, un peu comme un super-pouvoir qui, à défaut de les rendre plus puissants, excusait de manière confortable leur faiblesse, leurs manquements, et les jetait dans un rôle dramatique de paria incompris du reste du monde. Quand je m'apprêtais à leur donner un verdict, ils feignaient d'être inquiets, mais leurs yeux au fond me suppliaient de leur annoncer un début de psychopathie. Et ils trouvaient bien souvent des symptômes tous seuls. La raison pour laquelle ils m'aimaient était que, précisément, je ne les détrompais jamais, que je ne les forçais pas à prendre des médicaments et leur donnait plutôt un petit coup de pouce pour qu'ils se créent de toutes pièces des maladies mentales à peine déclarées dans leur subconscient.

Ils se débattaient ensuite, provoquaient des drames qui arrivaient malgré d'eux, à cause de leur « problème », sans réaliser que, plus ils me parlaient, plus leur maladie s'aggravait. Ils ne faisaient pas le lien, au contraire ! Aujourd'hui, alors que j'avais quitté mon bureau assez tôt, j'avais encore eu droit à un appel. Jensen me réclamait un entretien d'urgence car il s'était passé quelque chose de « très grave » et il avait absolument besoin de mon opinion avant de faire quoique ce soit. J'avais papillonné des yeux suspendue à mon combiné pour lui demander ce qu'il était arrivé au juste, il m'avait répondu d'une manière assez décousue mais qui laissait néanmoins comprendre que personne n'était mort. Ce n'était donc pas intéressant. J'avais donc pris l'initiative d'écourter cette conversation en lui disant évasivement que malgré l'urgence, il serait plus sage de laisser reposer ces émotions et d'en reparler tranquillement dans trois jours, comme prévu. J'ai raccroché sans attendre la suite en passant directement son numéro sur liste noire pour la soirée. Il fallait le laisser cogiter un peu, ce pauvre garçon. C'était un bon sujet, même s'il était faible. Mais tous mes clients l'étaient. Les plus intéressants restaient ceux qui finissaient en prison et que les autorités m'invitaient parfois à rencontrer. Ceux là n'aimaient pas qu'on leur dise qu'ils étaient fous, à part quand ils étaient certains de pouvoir éviter une peine de cette manière. Et cependant, ils finissaient rarement devant un psy à moins d'y être obligés à cause d'un triple meurtre qu'ils avaient commis tous seuls comme des grands. Mais ils étaient plus rares. Je devais plus souvent me contenter de victimes qui essayaient de jouer les prédateurs.

Ce soir cependant, je me reposais  un peu de toutes ces relations éphémères avec des humains voués à mourir dans l'oubli. Christian m'avait appelé récemment pour me proposer de nous voir, ce qui m'avait assez surprise. Malgré notre rapide discussion au bal de cet été, je n'écartais pas la possibilité qu'il fût, pour une raison ou l'autre, plus disposé à me voir à ce moment. Et, en retrouvant Psyché, il aurait oublié toute intention de me revoir. Mais non, il avait fini par se souvenir de moi alors j'en étais contente. Je déployais tant d'énergie à récolter des âmes, que je n'avais pas particulièrement le temps de me créer des amitiés divines ces derniers mois. Ça me changerait les idées. J'avais investi au printemps un joli appartement, peut-être un peu trop au-dessus des moyens d'une psychiatre célibataire tout juste sortie d'étude, et cependant très approprié pour recevoir des gens et les impressionner. D'une vie terrienne à l'autre, j'avais fini par accumuler des biens, et me sentir attachée à certains objets que je gardais toujours en lieu sûr pour les ressortir quand j'abandonnais une existence. J'avais besoin tout de même d'une pièce où je me fus sentie bien. Par conséquent, l'intérieur n'était pas particulièrement moderne et l'on pensait souvent aujourd'hui que je descendais d'une riche famille et l'avait hérité de mes parents. La salle de séjour ressemblait presque à un cabinet des curiosités avec ses objets dépareillés, toujours assez précieux et datés, qui occupaient l'espace comme des pièces de musée. On y trouvait aussi bien un mannequin de couture revêtu d'une robe pêche à la mode française 1870, qu'un lièvre empaillé avec deux inquiétants rubis à la place des yeux, une bibliothèque constituée de livres très anciens ou une collection de boîtes à musique richement ornées. J'avais accordé la pièce dans des tons foncés et orangés, mais, même si les meubles principaux du salon étaient neufs, on pouvait trouver dans un coin une méridienne Louis XVI ornée d'une tapisserie brodée sombre qui tranchait net avec les autres tons. Sur les murs étaient accrochés plusieurs photos couleurs, grises ou brunies, où l'on me voyait dans différentes vies, parfois avec des amants tragiquement morts depuis. En nombre plus réduit, on y trouvait aussi quelques portraits, dont un tableau méconnu de Boticelli qui me dessinait avec mon enveloppe de l'époque et les attributs de Proserpine. Après tout, il n'y avait pas de raison que seule Vénus ait droit à sa grande œuvre ! J'avais aussi parfois gardé les crânes d'amants que j'aimais bien et peint des fleurs dessus. Ils étaient pour la plupart posés sur mes étagères parmi les livres et étaient bien trop datés pour soulever les soupçons. Je n'invitais pas souvent des personnes ici, ce serait risquer de donner le sentiment à mes amants de ne pas du tout me connaître et dévoiler des choses trop personnelles à ceux qui me connaissaient. Mais l'idée d'inviter Cupidon dans mon domaine était assez séduisante.

J'achetais souvent une quantité assez excessive de bêtises d'une vie à l'autre et, puisqu'il fallait bien l'accueillir dignement, j'avais trouvé l'occasion parfaite pour utiliser mes derniers moules à gâteau. Ils étaient absolument adorables, parce qu'ils composaient un mignon village de Noël. J'avais donc préparé une pâte à base de potiron et de carottes, et ajouté des colorants pour donner une belle allure aux toits, portes et fenêtres. Pour tenir plusieurs millénaires, il fallait trouver à s'occuper, et ma passion pour les fantaisie inutiles me laissait assez efficacement éveillée. Je m'investissais toujours avec une immense application dans des travaux manuels qui n'avaient aucune réelle importance mais, au bout du compte, profiter pendant quelques heures du sentiment de fierté d'avoir réalisé un beau plateau d'apéritif était sans prix. Cupidon/Christian se montra plus pragmatique en se présentant avec une bouteille très chère. Je l'accueillis avec un grand sourire, et pris le vin pour le poser sur la table.

– Oh, c'est le genre de prix où l'on se doit de trouver la bouteille excellente sous peine de passer pour un grossier personnage… Mais je suis sûre que nous sommes des personnes tout à fait respectables. Et il devrait bien accompagner mes petites maisons.

Je lui fis un regard espiègle et lui présentai le plateau.

– Seras-tu un géant assez cruel pour priver ce village tranquille de tout un foyer ?

Mais il n'y a pas que mes talents d'architecte qui intéressent Chris. Ses regards se perdent dans le décor du salon et il me demande si c'est un avant goût de mon cabinet. Cela me fait légèrement rire. J'espère tout de même qu'il ne pense pas trop sérieusement ce qu'il dit.

– Il faut bien que ça y ressemble un peu, les médecins ont toujours un tas de bibelots inutiles et étranges dans leur cabinets sais-tu ? Une manie que je ne suis pas encore parvenue à analyser dans la profession, mais il n'y en a pas tant à mon bureau, sinon mes pauvres clients se demanderaient où ils ont mis les pieds.

Bien sûr, cette conversation était parfaitement stérile, et j'étais douée pour faire durer le blabla superficiel et inutile des heures s'il le fallait. L'habitude de jouer les parfaites ingénues s'effaçait difficilement, surtout face à une personne qui risquait de m'entraîner dans une discussion inhabituellement sérieuse.

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MessageSujet: Re: Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine] Sam 6 Fév - 21:53

Ces derniers temps, j'avais préféré ignorer Raphael et, surtout, sa proximité avec Psyché. Si je m'efforçais de chasser celle-ci de mes pensées dès qu'elle me venait à l'esprit, cela ne l'empêchait pas de refaire surface trop régulièrement à mon goût. Néanmoins, comme j'avais décidé de me désintéresser de cet ami qui confiait ses histoires de coeur à ma femme et non à moi – non, je n'avais pas la prétention d'être mature – je ne lui avais posé aucune question, avec mon pouvoir ou non, sur ce sujet, et ce, depuis très longtemps. En réalité, une partie de moi préférait ignorer une vérité qui risquait de me plonger dans l'angoisse et la jalousie. Si Raphael ressentait maintenant quelque chose de fort pour mon épouse, il était souhaitable que je ne sois pas au courant de ses sentiments si je ne voulais pas réellement avoir à dissimuler un meurtre.

Je connaissais suffisamment Psyché pour savoir qu'elle n'aimait pas Proserpine, même si elle ne m'en avait jamais parlé. Je n'avais pas besoin de la questionner à ce sujet puisque, à mes yeux, c'était évident.  Mon épouse aimait presque chaque personne qu'elle rencontrait. Je l'avais vu exprimer de la sympathie pour les plus lamentables cas sociaux qui avaient envoyé leur candidature à notre agence. Sans oublier son amour pour moi… Bref, Psyché ne détestait personne au monde (pas même ma mère qui avait essayé de la tuer!) en dehors de Proserpine. Son regard changeait subtilement lorsqu'il était question de ma vieille amie et j'avais même perçu une certaine résistance de sa part quand je lui avais annoncé mon rendez-vous avec celle-ci. Je ne lui avais pas demandé de détails à ce sujet car, comme je me sentais coupable à chaque fois que j'utilisais ma magie sur elle, j'essayais de diminuer mes séances de détecteur de vérité.

Même si je passais beaucoup de temps à naviguer sur le Web pour regarder toutes sortes de choses sans lien réel avec mes tâches professionnelles, j'aimais bien mon travail. Ce n'était pas aussi glorieux que lorsque je chassais les humains célibataires avec mon arc et mes flèches, mais je permettais à des gens de se trouver et, de ce fait, à des couples de se former. Je n'étais plus imprégné de la vision de l'amour qui m'habitait autrefois. Je n'étais plus persuadé que l'amour que je faisais naître était durable et noble. Je savais aujourd'hui qu'il pouvait se révéler aussi faible et éphémère qu'un minuscule papillon. C'était en bonne partie pourquoi je me répétais si souvent que le véritable amour n'existait pas. S'il était réel, il était fragile. Et je ne voulais pas risquer de posséder quelque chose qui allait me glisser entre les doigts pour aller éclater violemment quelque part. Un dieu qui se plante lui-même une flèche magique en plein coeur est beaucoup trop maladroit pour prendre ce type de risque.

Avec Peach, le point positif était que je ne pouvais pas m'imaginer être amoureux ou vivre de nouveau l'horreur qui m'avait traversé lorsque j'avais compris que je ne l'aimais plus. J'étais très seul avec elle à mes côtés, mais sa présence me rassurait tellement. Je la trompais avec d'autres femmes pour de multiples raisons, mais je m'efforçais toujours de garder mes maîtresses à distance. Si j'en voyais une plus souvent, je lui effaçais la mémoire, à la fois pour éviter qu'elle s'attache et pour me protéger contre mon propre besoin d'affection. Je ne voulais pas vérifier si je tomberais amoureux d'une autre femme. Si je ne savais pas aimer celle qui avait été à mes côtés toute ma vie, aucune autre relation n'en valait la peine, tout simplement.


– Oh, c'est le genre de prix où l'on se doit de trouver la bouteille excellente sous peine de passer pour un grossier personnage… Mais je suis sûre que nous sommes des personnes tout à fait respectables. Et il devrait bien accompagner mes petites maisons.

Je profitai du fait que Milena déposait la bouteille de vin sur la table pour faire quelques pas et admirer quelques-unes des différentes babioles qui composaient son décor. Je n'étais pas étonné de trouver ici autant d'objets dépareillés. Mon amie avait toujours eu des goûts originaux. À côté de ses quartiers, ma demeure me paraissait soudainement presque aseptisée. En dehors des tableaux achetés par Peach, très peu de choses personnalisaient les lieux que nous habitions.

Je jetai un œil au village comestible créé par mon amie et sourit.


-Tu fais toujours des choses spéciales.

– Seras-tu un géant assez cruel pour priver ce village tranquille de tout un foyer ?

-Oui, un vrai sadique.


C'était à la fois agréable et étrange de revoir Proserpine. Je me sentais encore plus nerveux que quelques heures plus tôt alors que je partageais mes pensées entre la planification de meurtres et l'angoisse suscitée par cette rencontre.

– Il faut bien que ça y ressemble un peu, les médecins ont toujours un tas de bibelots inutiles et étranges dans leur cabinets sais-tu ? Une manie que je ne suis pas encore parvenue à analyser dans la profession, mais il n'y en a pas tant à mon bureau, sinon mes pauvres clients se demanderaient où ils ont mis les pieds.

J'émis un rire bref et, tout en dévorant la maison miniature, je m'approchai de certains objets pour mieux les observer. Tant de choses qui se dressaient, telles les composantes d'une énorme sculpture, entre la jeune déesse que j'avais connue et celle que je ne devinais plus aussi bien qu'avant. Les vestiges de toutes les vies en accéléré desquelles je n'avais pas fait partie et, bien sûr, desquels Pluton devait savoir le moindre détail.

-Pluton a une demeure en ville lui aussi?

J'avais posé ma question avec légèreté, mais le nom de celui qui m'avait ravi mon amie m'écorchait encore la gorge, même après tant d'années.

-Et tu comptes jouer la psychologue combien de temps encore?

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MessageSujet: Re: Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine] Lun 15 Fév - 17:52

Oui, c'était étrange de se retrouver là, tous les deux, pour la première fois en plus de combien ? Quatre millénaires ? J'avais perdu le fil du temps, la douce perception des ans que nous sentions encore couler sur nous à l'époque où nous nous fréquentions. Notre amitié avait eu une durée humaine. Nous avions vécu l'enfance, l'adolescence, unis. Et puis nous avions peu à peu pris nos distances jusqu'à ne plus nous revoir du tout. Cette pauvre décennie n'était rien sur la ligne de notre vieil âge, mais fondamentale, puisqu'elle appartenait à une époque où nous nous construisions encore, avant de nous enfoncer dans une certaine fixité. Les humains ne connaissent pas cela. Leur corps est en mutation constante. Ils s'épanouissent comme des fleurs, goûtent peu à peu à l'abandon de la candeur, se lâchent à corps perdu dans une jeunesse pleine d'énergie et de désir puis, s'affaiblissent peu à peu, parce qu'ils se flétrissent. Leur organisme évolue et décide pour eux. Le nôtre est immuable, nous n'avons donc plus aucune raison, une fois installés dans une vie à peu près stable, de changer notre regard sur le monde et l'existence. Malgré les millénaires, peu d'années étaient responsables des changements qui nous avaient séparés. Nous le sentions en laissant revenir si naturellement notre complicité d'antan. Toute jeune fille, j'aimais plaisanter d'un rien. Je personnifiais tout ce qui croisait mon chemin, grondant les cailloux qui m'abîmaient les pieds ou présentant mes excuses à une tendre grenade que je m'apprêtais à dévorer. Je n'avais pas tout à fait perdue cette habitude, mais je la sentais qui revenait en particulier face à cet homme, parce que c'était ainsi que nous devions être ensemble. Sa présence réveillait un monde opaque et soudain percé de lumière. J'étais devenue plus cruelle depuis, et je ne saurais dire si l'influence des Enfers, de Pluton, y était pour quelque chose ou si j'étais amenée à changer en dépit de tout. Aux côtés de Cupidon, serais-je restée l'éternelle adolescente qui s'amusait d'un rien sans imaginer un seul instant torturer l'âme des hommes et rire de recevoir leur sang de la gorge qu'ils venaient de se trancher sur sa poitrine ? Nous ne le saurons probablement jamais.

J'ignore si nous avions toujours une connexion mentale aussi parfaite, mais Cupidon m'interrogea rapidement au sujet de Pluton. En fait, il était une entaille béante entre nous, la raison de notre éloignement, avant que Psyché ne devienne celle de notre rupture. A force d'y réfléchir, je pense que, comme beaucoup de jeunes garçons, Christian m'a idéalisée à l'époque. J'étais sa première grande amitié féminine, et c'est une chose dont les mâles en pleine puberté savent difficilement se contenter. Je ne l'avais jamais envisagé comme un potentiel partenaire, même quand je l'embrassais sur les lèvres en riant. J'étais juste heureuse d'avoir un ami proche, trop proche pour pouvoir imaginer quoi que ce soit avec lui. Notre relation me semblait parfaite ainsi, je ne voulais pas qu'elle se transforme en autre chose, je voulais voir l'exotisme ailleurs, et j'ai longtemps pensé qu'il en allait de même pour lui. Je n'étais pas cruelle, je l'ai dit. Alors, si j'avais su les idées qu'il avait pour nous, je ne l'aurais pas impliqué dans mes intrigues amoureuses avec autant de passion. Qu'aurais-je fait si j'avais compris d'ailleurs ? J'aimais imaginer une sorte de tragédie où je me serais donnée à lui en essayant de l'aimer de mon mieux en retour mais, si je n'étais pas une méchante enfant, je n'avais jamais été la bonté incarnée non plus. Si j'avais su, les choses auraient été plus dures, mon désaveu plus franc, car j'aurais détesté que Cupidon me fasse sentir coupable de vouloir un autre. C'était peut-être pour cela, au fond, que j'avais mis tant de temps à comprendre, car il était plus confortable de s'aveugler. Et, j'ignorais pourquoi Cupidon continuait à essayer de se faire du mal en me demandant si Pluton vivait à New-York. Je sentais qu'il aurait mal vécu un « oui, bien sûr, il pourrait débarquer d'une minute à l'autre ! » mais je ne le testai pas là-dessus. Je préférai au contraire le tranquilliser :

– Non, il se tient tranquille pour l'instant. Pluton ne revient pas sur Terre aussi souvent que moi, et ce n'est pas un mal. La dernière fois, il y a trente ans je crois, il a semé un certain désordre en réclamant beaucoup trop d’œuvres d'art liées aux Enfers. J'ai eu un mal fou à lui faire comprendre que même si l'idée était séduisante, il n'y avait pas d'intérêt à installer le plus grand musée sur l'Enfer en Enfer…

Je déclarais cela d'un air mi amusé mi désespéré tout en nous servant du vin et l'invitant à trinquer. Je n'avais jamais su dire si les éclats chaotiques de Pluton m'agaçaient ou m'amusaient. Un peu des deux. Je finissais souvent pas être exaspérée, mais, au début du grand chamboulement et après avoir tout rétabli, j'en riais. C'était compliqué. Cupidon voulait aussi savoir si j'avais l'intention de garder cette incarnation longtemps, chose toujours un peu difficile à anticiper.

– J'aime assez jouer les psychiatres. Je commence à avoir une bonne clientèle et c'est un métier qui m'amuse donc je n'ai aucune raison de m'arrêter pour l'instant. Après, il est difficile de savoir de quoi demain sera fait. Je pourrais vouloir changer dans cinq ans, ou devoir changer de couverture pour chasser des suspicions. Le monde est devenu plus difficile à tromper qu'avant… Et toi ? L'amour est devenu un business très rentable de nos jours à ce que j'ai cru comprendre. Est-ce que tu payes des filles à faire des faux-comptes pour dissimuler aux pauvres types qui payent un abonnement la presque absence de femmes ? Il faudrait que je tente ce genre d'activités un jour, ça doit être amusant pour recruter… Mais c'est un genre de cynisme qui, je l'avoue, m'a un peu surprise venant de Psyché et toi…

Je le cherchais un peu et ne m'en cachais pas. Après tout, tous deux incarnaient depuis le sortilège une sorte de couple éternellement amoureux et défendaient ce genre d'idéal. Or, aucun propriétaire de site pour rencontres ne pouvait partager ce genre d'idées, l'amour n'était qu'une donnée chiffrée pour eux, une série de pulsions qu'il fallait savoir stimuler pour garder le client le plus longtemps possible, et non l'aider à trouver son âme sœur.

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Dernière édition par Milena P. Nereth le Ven 29 Juil - 15:20, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine] Jeu 23 Juin - 13:52

J'avais toujours été assez impressionné par la bonté de Psyché. Encore aujourd'hui, même si j'avais régulièrement envie de l'étriper et de danser avec ses boyaux, je ne pouvais éteindre complètement la petite étincelle d'admiration qu'elle arrivait à allumer en montrant sa gentillesse inégalable. C'était insupportable. Je ne pouvais avoir raison de la détester alors que tout en elle était bon. Pourtant, je l'avais en horreur. Elle éveillait en moi honte, dégoût, angoisse et énervement. Et la savoir si lumineuse rendait la situation encore plus intenable. J'étais certainement celui qui avait quelque chose qui clochait. C'était pourquoi j'avais besoin de la garder près de moi. Il me semblait que me concentrer à la détester me permettait de garder une sorte d'équilibre. En même temps, son amour pour moi, si injustifiable fusse-t-il, me donnait une triste impression de valeur. J'étais tordu. Chaque jour qui passait faisait grandir cette idée en moi. Le passage par la brèche m'avait détruit. Quelle autre explication y avait-il?

Ma mère avait essayé de mettre fin aux jours de Psyché plusieurs fois. Mon épouse ne lui avais jamais rendu la pareille et, étrangement, elle ne lui en tenait pas rancune. Elle m'avait déjà dit comprendre que Vénus s'était sentie menacée et qu'elle avait réagi pour se défendre. À cette époque, le rejet par ma mère était plutôt frais et, encore profondément blessé, j'avais même été un peu ennuyé que Psyché ne condamne pas Vénus pour ses actions. Aujourd'hui, je l'admirais et lui en voulais d'être capable de tant de pardon et de bonté. Comment arrivait-elle à échapper à la rancune?

J'étais satisfait que Psyché n'aime pas Proserpine. Mon épouse laissait enfin entrevoir des sentiments négatifs! Je ne lui avais pas posé de questions sur les raisons de son affection réduite pour ma vieille amie parce que j'aimais me persuader qu'elle en était jalouse, qu'elle acceptait mal que je sois à ce point proche d'une autre femme. Il aurait simplement fallu qu'elle me souligne que ce qu'elle n'appréciait pas de Proserpine était sa tendance à disparaître et à me faire du mal pour que mon plaisir à la voir la détester s'envole en fumée. Je ne voulais pas que Psyché en veuille à Proserpine par solidarité. Cela lui enlèverait le peu de noirceur que j'avais réussi à lui trouver en tellement d'années.

Je n'aimais pas le grand condo dans lequel je vivais avec Peach. C'était pourquoi je le laissais aussi impersonnel. Mon bureau semblait plus habité. J'y conservais quelques livres, des affiches de films – les humains de cette époque faisaient des trucs beaucoup plus poussés que le théâtre de ma jeunesse – et certaines babioles que m'offraient parfois mes employés, comme ce presse-papier affreux en forme d'ange aux ailes difformes qui me venait d'une réceptionniste de l'agence. J'avais forcé un rire quand elle m'avait dit que cette horreur en solde parmi les articles de St-Valentin lui avait fait penser à notre agence.


– Non, il se tient tranquille pour l'instant. Pluton ne revient pas sur Terre aussi souvent que moi, et ce n'est pas un mal. La dernière fois, il y a trente ans je crois, il a semé un certain désordre en réclamant beaucoup trop d’œuvres d'art liées aux Enfers. J'ai eu un mal fou à lui faire comprendre que même si l'idée était séduisante, il n'y avait pas d'intérêt à installer le plus grand musée sur l'Enfer en Enfer…

Je ris brièvement à sa dernière phrase. Au moins, ce vieux débile maléfique ne risquait pas de venir assombrir nos retrouvailles. J'étais stupidement soulagé d'avoir la confirmation que je n'aurais pas à le croiser. Je n'avais jamais aimé ce dieu.

– J'aime assez jouer les psychiatres. Je commence à avoir une bonne clientèle et c'est un métier qui m'amuse donc je n'ai aucune raison de m'arrêter pour l'instant. Après, il est difficile de savoir de quoi demain sera fait. Je pourrais vouloir changer dans cinq ans, ou devoir changer de couverture pour chasser des suspicions. Le monde est devenu plus difficile à tromper qu'avant… Et toi ? L'amour est devenu un business très rentable de nos jours à ce que j'ai cru comprendre. Est-ce que tu payes des filles à faire des faux-comptes pour dissimuler aux pauvres types qui payent un abonnement la presque absence de femmes ? Il faudrait que je tente ce genre d'activités un jour, ça doit être amusant pour recruter… Mais c'est un genre de cynisme qui, je l'avoue, ma un peu surprise venant de Psyché et toi…

J'avais demandé à Proserpine, en mots plus subtils, si elle comptait rester longtemps. Je voulais me préparer à son absence. Je ne savais pas encore combien de fois je parviendrais à supporter ses départs. Et ses retours. Je ne lui parlais jamais du mal que notre éloignement par épisodes me faisait. À chaque fois qu'elle disparaissait, je savais que je n'aurais aucune indication de la durée de son absence. Quand elle n'était pas dans mon entourage, je faisais de mon mieux pour ignorer son existence. Depuis mon passage par la brèche, j'avais eu tellement de soucis à cause de mes pouvoirs disparus que j'avais réussi à endormir mes pensées à son sujet. La savoir dans la même ville que moi, si proche, me ramenait des années en arrière. C'était un sentiment très étrange, surtout alors que j'avais tellement changé. Et en si peu de temps. J'espérais qu'elle ne remarque rien à ce sujet, d'ailleurs.

Naturellement, Proserpine ne répondit pas vraiment à ma question. Elle donna des détails, mais sans fondement solide. Elle souhaitait rester, mais elle pouvait changer d'idée. Cela ne voulait rien dire, mais je devais m'en contenter.


-L'argent vient majoritairement des hommes, oui. Mais suite aux catastrophes d'il y a quelques années, beaucoup de femmes sont désespérées aussi. Elles veulent le vrai amour, le prince charmant. C'est fou ce que la mort de millions de personne peut faire sur le moral... Oh et il ne faut pas sous-estimer l'importance de la clientèle homosexuelle, majoritairement masculine. Nous offrons des opportunités uniques à des gens de tous les types, du geek vierge malheureux jusqu'au plus grand amateur de fétiches sexuels tordus, en passant par la timide homo qui ne veut pas sortir dans des bars trop fréquentés pour rencontrer l'amour.

J'aimais mon entreprise, malgré mes petites crises contre l'amour et contre les humains en général.

-Commercialiser l'amour et le sexe peut sembler cynique...oui... Mais je crois vraiment que des gens trouvent un peu de bonheur grâce à mon entreprise. Et je serais stupide de ne pas me servir de ma spécialité, non? Je n'ai malheureusement plus mon arc et mes flèches magiques, mais je suis plein de ressources. De toute manière, je me verrais mal tirer sur des gens en pleine rue à cette époque.

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MessageSujet: Re: Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine] Ven 29 Juil - 19:30

Je voyais bien que Chris n'était pas totalement satisfait par ma réponse, mais il voulait toujours envisager les choses de manière figée, comme si la part d'imprévus et de lassitude inattendue n'existait pas. C'était très agaçant. Quelle meilleure réponse aurais-je pu donner à son « combien de temps ? » Tout ceci n'était qu'un nouveau moyen de m'amuser en rencontrant des humains désorientés. Il y avait bien entendu une date logique de péremption, je ne pouvais pas rester aussi efficace avec un corps de quarantenaire qu'avec celui d'une charmante post-étudiante, et la dégradation physique, quand elle me concernait, m'avait toujours écœurée. Tant qu'à changer de corps, j'aurais peut-être aussi envie de me trouver une autre activité, ou de me reposer quelques années aux Enfers. Je pouvais trouver une autre opportunité demain. Je pouvais aussi faire un faux pas, attirer les soupçons de la police et devoir tout abandonner pour garder une parfaite liberté de manœuvre. Il n'existait aucune certitude, voilà ce qui était excitant. J'avais l'éternité devant moi, aucune raison de planifier quoique ce soit. Mais, bien sûr, dans l'immédiat, je voyais encore assez de possibilités pour garder ma place, je travaillais au corps plusieurs patients et ne comptais pas les laisser m'échapper. Après, il pouvait suffire de peu. Mon soucis reste l'orgueil. J'avais déjà abandonné plusieurs existences du jour au lendemain parce qu'une proie m'avait échappée de manière humiliante. Chaque échec est humiliant. Et il n'y a rien de tel pour faire baisser d'un coup l'intérêt d'une incarnation. J'aime ce qui fonctionne, ne n'aime plus une chose qui me présente des failles, ça n'est plus amusant.

En revanche, entendre Cupidon deviser sur l'intérêt des sites de rencontre était distrayant. Je n'aurais jamais envisagé les choses sous cet angle, tant ces activités semblaient essentiellement correspondre à une exigence de rentabilité. Le bon client n'était pas celui qui cherchait vraiment l'amour, mais ce geek paumé trop timide pour réellement draguer, ou une personne incertaine, perdue devant la quantité d'offre et donc incapable de faire un choix ; enfin, toutes ces personnes pour lesquelles les plate-forme ne donnaient qu'une illusion de rencontre. Et il fallait bien tout faire pour inciter les gens à rester, comme donner des statuts spéciaux aux plus actifs, l'ultime reconnaissance ! Je m'étais déjà amusée sur ce genre de site, à trouver les hommes les plus perdus, leur faire tant espérer qu'ils devenaient fous de moi en un temps record. D'ailleurs, repousser la rencontre, ne leur donner que de rares conversations visuelles pour leur prouver mon existence, faisaient de moi un fantasme absolu, parfois au point que je n'avais même pas besoin de dépasser le virtuel pour capturer leur âme. J'étais tombée sur beaucoup d'idiots également et j'avais, je l'avoue, brisé quelques cous aux hommes trop bêtes pour être exploités, et trop méprisants des femmes pour mériter de retourner à une juste ignorance. Je faisais confiance à Chris pour être réellement persuadé de la dimension altruiste de son entreprise. Mais les choses ne marchaient pas de cette manière, avec de bons sentiments. Il avait cependant raison sur le fait que les humains restaient très désorientés depuis la catastrophe.

– Les séquelles sont assez terribles oui, j'ai plusieurs patients qui ne se remettent pas d'avoir tout perdu, beaucoup de gens se sont retrouvés très esseulés. Toutes les professions axées sur la création de lien social ou le soutien moral sont une aubaine en ce moment. Tu as bien choisi.

Et pourquoi ne voulait-il pas simplement reconnaître qu'il avait été plus malin qu'altruiste ? Je lui fis un sourire encourageant en lui servant le vin. Puis j'enchaînai :

– Mais tu as aussi changé. Bien sûr, tu ne peux pas tirer sur les gens à vue, mais il y aurait d'autres possibilités plus efficaces. Les lois d'Internet ne bousculent pas tant les lois du réel, ce sont les plus beaux, les plus beaux parleurs qui maximisent leurs rencontres, et les plus maladroits et moins avantagés peinent toujours… J'en vois passer dans mon cabinet. La plupart n'assument pas leur abonnement sur ces sites mais ils finissent par me l'avouer. Crois-moi, sans un coup de pouce un peu magique, ils n'ont vraiment aucune chance.

Heureusement, j'étais là ! Je savais que Chrissou n'apprécierait pas que je souligne avec quelle « cruauté » je traitais mes cas désespérés, mais un éclat espiègle brilla dans mon regard. Je le testais sans très exactement savoir ce que je cherchais à obtenir, mais après tous ces siècles passés à jouer avec les cœurs, je voyais les changements, je savais quand frapper, et quand, au contraire reculer, et je savais que mon vieil ami n'était pas comme avant. Au pire, si je me trompais, il était juste un peu naïf et réaliserait que son plan de carrière n'était pas si idéal pour lui. Il n'avait pas vécu comme moi au contact des humains au fil des époques, il avait peut-être une vision plus enthousiaste que moi pour les innovations technologiques et n'en voyait pas encore les faiblesses.

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Dernière édition par Milena P. Nereth le Mer 1 Fév - 17:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine] Mar 8 Nov - 20:48

J'avais toujours eu besoin de planifier, d'organiser ma vie d'une manière efficace et apparemment parfaite. J'aimais les surprises, mais il fallait que j'aie des certitudes pour me sentir bien. J'avais besoin de savoir que je pouvais compter sur des personnes en particulier et sur l'aboutissement de mes projets finement réfléchis. Je n'étais pas doué avec la spontanéité. Avec l'éternité devant moi, j'avais bien sûr plus de possibilités de réparer des erreurs de parcours, mais ça ne suffisait pas. Je voyais mon avenir comme quelque chose d'un peu rigide parsemé de buts à atteindre pour bien avancer. Le problème était que, depuis la brèche, mes buts étaient flous.

– Les séquelles sont assez terribles oui, j'ai plusieurs patients qui ne se remettent pas d'avoir tout perdus, beaucoup de gens se sont retrouvés très esseulés. Toutes les professions axées sur la création de lien social ou le soutien moral sont une aubaine en ce moment. Tu as bien choisi.

Je ne répondis rien parce que je ne trouvais pas que souligner que mon choix avait été motivé par ma simple envie de travailler dans ce domaine me ferait bien paraître. En l'écoutant, je me rendais bien compte que j'aurais dû agir avec stratégie plutôt qu'avec mes sentiments et que c'était bien par chance que je m'en sortais si bien du premier coup. J'avais toujours eu suffisamment d'intelligence pour maintenir une image que j'avais choisie et pour planifier comment agir pour me retrouver dans la situation la plus avantageuse. Toutefois, dès qu'on me faisait voir mon parcours d'un point de vue totalement logique, je percevais mes nombreuses lacunes.

– Mais tu as aussi changé.

J'essayai de ne pas laisser transparaître la panique que cette phrase faisait naître en moi. Proserpine avait-elle remarqué à quel point je n'étais plus le même? Je ne me sentais pas la force de lui mentir efficacement, mais je ne souhaitais rien au monde moins que lui exposer à quel point mon existence était malheureuse depuis mon passage par la brèche. Si j'avais de la chance, elle ne poserait pas trop de questions. Elle n'avait pas cette attitude envahissante que je ne pouvais réprimer chez moi qui poussait à harceler une personne jusqu'à totalement la comprendre. Et si elle posait des questions, peut-être le ferait-elle sans trop me brusquer, d'une manière qui m'éviterait de perdre le contrôle et me laisser emporter par mes émotions.

Heureusement, avec Raphael et les séances de confidences aussitôt effacées, je gardais une sorte d'équilibre. Notre complicité alors que nous discutions de tous les sujets sans que je me mette de barrière me permettait de souffler après toutes ces journées à feindre l'amour pour ma femme et le bonheur de vivre. Comme je faisais disparaître toutes les conversations qui découvraient trop ma vulnérabilité, j'arrivais à conserver une image qui me plaisait devant mon employé et ami, comme devant tout le monde. Cette amitié par intermittences revêtait une grande importance à mes yeux, mais je me sentais tout de même très seul puisque je n'avais personne avec qui être totalement moi-même.


– Bien sûr, tu ne peux pas tirer sur les gens à vue, mais il y aurait d'autres possibilités plus efficaces. Les lois d'Internet ne bousculent pas tant les lois du réel, ce sont les plus beaux, les plus beaux parleurs qui maximisent leurs rencontres, et les plus maladroits et moins avantagés peinent toujours…

- Justement. Ils reviennent, ceux-là. Après le premier rendez-vous suivant un échange de photos retouchées, déçus, ils tentent de nouveau le coup. Mais on fait aussi beaucoup d'argent avec ceux qui recherchent des types de personnes ou de relations en particuliers. Le nombre de gens qui ont besoin de sensations fortes depuis les événements de 2007…

Il m'arrivait de m'enfermer dans mon bureau pour éplucher les dossiers des cas les plus originaux, pour me divertir. Je le faisais aussi avec Raphael quand nous restions à travailler tard. Nous nous moquions ensemble de ces pauvres gens et je trouvais étrangement agréable de presque me réjouir de leur malheur. Avais-je besoin de me convaincre que ma situation amoureuse n'était pas si lamentable? La solitude des autres ne me réchaufferait certainement pas le coeur une fois que je me retrouverais encore à ruminer sur mon mariage.

- J'en vois passer dans mon cabinet. La plupart n'assument pas leur abonnement sur ces sites mais ils finissent par me l'avouer. Crois-moi, sans un coup de pouce un peu magique, ils n'ont vraiment aucune chance.

-Un coup de pouce magique?

J'osais espérer qu'il s'agissait d'une forme positive d'aide surnaturelle, mais je me préparais au pire. Vivre auprès de Pluton n'avait pas illuminé l'âme de mon amie. Les Enfers avaient un effet sombre sur tout le monde, paraissait-il, et Proserpine avait déjà quelque chose de sombre en elle avant de rencontrer son mari. Cela ne pouvait s'être amélioré avec le temps.

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MessageSujet: Re: Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine] Mer 1 Fév - 19:52

J'aimais regarder Chrissou droit dans les yeux et observer toutes les réflexions muettes qui faisaient rage dans son esprit. Malgré les siècles de distance, je le connaissais par cœur. Il n'arrivait pas vraiment à dissimuler ses élans de contrariété, ou tous ces moments où il se laissait prendre au dépourvu par une réflexion. Comme il détestait ça, il réfléchissait pendant qu'on lui parlait à la meilleure manière de feindre l'aisance naturelle. Je devinais ainsi qu'une partie de mon développement sur les avantages d'Internet lui effleurait l'esprit pour la première fois. Mais il n'en dirait rien. Il ferait comme s'il avait tout prévu depuis le début et j'eus la satisfaction de l'entendre poursuivre la conversation en s'accrochant à la perche que je lui tendais pour jouer les fins connaisseurs. Il était inutile de trop insister avec lui. C'était à la fois distrayant et décourageant, puisqu'on se retrouvait dans une situation absurde où il fallait feindre la naïveté pour ne pas le contrarier. D'avance, je savais qu'être trop franc était vain avec lui. Il avait une certaine constance dans son refus de l'échec. Au fond, je l'enviais de ne pas le craindre avec l'angoisse d'une personne incapable de le nier comme moi, mais persévérer sur des fausses routes était parfois vraiment ridicule. Il se faisait un autre genre de mal. Quand je lui avais signalé qu'il me semblait différent, j'avais bien senti une volonté de se refermer un peu plus en lui, de se persuader que je le signalais à la manière légère des personnes qui essayent de renouer le contact après des années. Mais il était préoccupé. Il avait retrouvé l'attitude contrôlée et soucieuse de sa jeunesse, quand il nous voyait en couple en refusant d'admettre que je ne m'intéressais qu'à notre amitié. Cupidon, l'éternel amoureux bercé d'amour et d'ivresse nous avait – enfin – quittés.

– N'hésite pas à m'envoyer ceux qui cherchent une maîtresse et dominatrice ! ai-je plaisanté.

Mais je n'aimais pas spécialement les fétichistes en tout genre. Souvent, je ne comprenais pas du tout l'intérêt de leurs passions qui me semblaient trop étranges et risibles pour faire naître la moindre sensualité. Les jeux de violence me plaisaient davantage mais je préférais initier une personne un peu rétive que récupérer un homme déjà prêt à se soumettre à tous mes caprices. Je les trouvais souvent trop fragiles et idiots. Ils acceptaient leur fêlure, ce qui les rendait moins intéressants à étudier, et se laissaient trop facilement pousser au suicide. Après, quand j'étais lancée sur des cas compliqués qui méritaient plusieurs mois de travail, ces proies faciles dépannaient toujours. J'essayais de m'imposer une certaine discipline en prenant au moins une âme par mois. Je n'avais pas absolument besoin de tenir ce rythme mais, si je ne me forçais pas, je pouvais me laisser entraîner dans un projet de séduction compliqué et réaliser qu'une année s'était passée sans la moindre récolte, et ça devenait soudain problématique pour les affaires, en plus de faire douter Pluton sur mes motivations. D'ailleurs, je m'étais si bien adaptée à ce rythme de vie que j'en oubliais presque que Cupidon ne savait rien de mon évolution. Il savait que je revenais fréquemment sur Terre, mais aucun dieu ne s'intéressait vraiment de savoir ce que j'y faisais. Je restais à ce sujet assez solitaire. J'aimais mener ma route seule sans être dérangée. Alors un petit sourire passa sur mon visage quand il me demanda ce que j'entendais pas « coup de pouce magique ».

– J'ai toujours eu une affection particulière pour les jeunes hommes fragiles et perdus. Quand ils sont intelligents et souffrent simplement d'une difficulté d'intégration sociale, je trouve que c'est un grand gâchis. Alors puisque j'ai du temps, j'essaye de leur faire reprendre confiance en eux. Je pense qu'il est important qu'ils puissent se dire qu'ils peuvent attirer une femme comme moi. Ça leur donne enfin un peu confiance en eux, et alors, les changements dans leurs caractères deviennent très intéressants. En fait, je suis davantage leur révélateur que leur amante. J'aime toujours Pluton, mais on ne peut pas éternellement se stimuler à deux. J'ai besoin de changement, et lui aussi. Nous sommes restés éveillés tout ce temps, c'est un peu notre remède à la folie, même si je crois qu'il fonctionne un peu mieux sur moi que sur lui.

Je ne voyais pas l'intérêt de lui préciser mon autre intérêt d'offrir mon amour aux hommes fragiles car il me semblait secondaire. Pour récolter des âmes, il y avait d'autres solutions. Je le faisais de cette manière car elle me plaisait, tout simplement. En ce qui concernait mon couple, l'ouverture me semblait un bon moyen pour analyser les réactions de Chris et voir ce qu'il pourrait en dire. J'essayais de le forcer à s'interroger sur son propre couple, toujours si parfait et fidèle, afin de savoir où il en était vraiment car quelque chose avait à l'évidence changé de ce côté. Mon regard posé fixement sur lui suffisait à lui tourner une question muette, sans doute redoutée. Et toi, comment ça se passe ?

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MessageSujet: Re: Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine] Ven 24 Fév - 21:36

Et s'il n'y avait jamais eu de brèche? Bien sûr, mon panthéon se mourait avant la création de celle-ci, mais je n'aurais jamais cessé d'aimer Psyché sans son ouverture. Cette idée me tordait la poitrine. Elle me terrifiait de deux manières distinctes. Il était horrible d'imaginer que j'aurais pu continuer à être magiquement aveuglé pour le reste de mes jours, vivant un mensonge dans lequel je me serais investi de tout coeur. Constater à quel point cette mascarade me faisait envie se révélait encore plus horrible.

Revoir Proserpine me rappelait durement mon ancienne vie, quand je voyais l'amour comme quelque chose de beau et accessible à tous. Cette naïveté me manquait et me dégoûtait à la fois.


– N'hésite pas à m'envoyer ceux qui cherchent une maîtresse et dominatrice !

- Évidemment,
répondis-je en riant. Je te préviens que la liste est longue!

Il y en avait vraiment de toutes les sortes, parmi nos clients. Nous passions souvent du temps à nous moquer des pires cas, Raphael et moi. Nous le faisions en secret, bien sûr, le soir après les heures de bureau alors que nous restions supposément pour travailler. Enfin, nous le faisions avant cette soirée fatidique où notre amitié m'était apparue comme superficielle de son côté. Je savais que j'étais injuste. J'effaçais de la mémoire de Raphael les confidences que je regrettais de lui avoir faites tout en gardant dans mes souvenirs celles que je lui soutirais dans nos moments de complicité. Je fermais les yeux sur ma propre hypocrisie, mais je le blâmais de ne pas m'en avoir dit suffisamment. J'étais pleinement conscient que mon attitude en disait beaucoup plus long sur mes propres défauts que sur les torts de mon ami, mais je n'allais certainement pas avouer que j'étais jaloux de la relation entre Psyché et lui.

Mon problème, depuis toujours, était mon besoin de me sentir aimé de manière spéciale. J'avais besoin d'un lien particulier avec ceux qui comptaient pour moi. Un sentiment de trahison montait facilement en moi quand je ne recevais pas l'affection que j'avais l'impression de mériter. En même temps, être délaissé ou traité injustement ne me faisait généralement pas lâcher prise. Je préférais m'accrocher. Je ne voulais pas être celui qui partait, celui qui abandonnait.


– J'ai toujours eu une affection particulière pour les jeunes hommes fragiles et perdus. Quand ils sont intelligents et souffrent simplement d'une difficulté d'intégration sociale, je trouve que c'est un grand gâchis. Alors puisque j'ai du temps, j'essaye de leur faire reprendre confiance en eux. Je pense qu'il est important qu'ils puissent se dire qu'ils peuvent attirer une femme comme moi. Ça leur donne enfin un peu confiance en eux, et alors, les changements dans leurs caractères deviennent très intéressants. En fait, je suis davantage leur révélateur que leur amante. J'aime toujours Pluton, mais on ne peut pas éternellement se stimuler à deux. J'ai besoin de changement, et lui aussi. Nous sommes restés éveillés tout ce temps, c'est un peu notre remède à la folie, même si je crois qu'il fonctionne un peu mieux sur moi que sur lui.

Rien de tout cela ne m'étonnait spécialement. Je reconnaissais bien Proserpine dans ce genre de jeux de séduction. Une partie de moi se réjouissait de ses infidélités à Pluton – jusqu'à ce que nous passions la brèche, Psyché et moi avions été d'une fidélité exemplaire – et une autre me ramenait à la raison en me rappelant que Pluton lui-même acceptait cet arrangement.

-Content de voir que tu es bien et que tu fais des choses qui te plaisent. Tellement de dieux se sont écrasés, avec les années…

Elle attendait évidemment que je parle de moi. Le but de cette soirée était de renouer et j'avais prévu, avant de venir, quelques réponses sur les sujets qui risquaient d'être abordés. Néanmoins, une fois devant elle, réchauffer les paroles déjà préparées se révélait moins facile que dans mon imagination.

-J'ai eu un peu de mal à m'adapter après l'ouverture de la brèche… mais je pense que c'était le mieux qui pouvait arriver. Comme tu le sais, l'Olympe se mourait, et ne pas être mort a un certain charme. Cette existence est très différente de celle à laquelle j'ai été habitué, mais ça va maintenant. Jouer l'humain a quelque chose de très divertissant. Psyché adore ça aussi. Elle est encore meilleure que moi… probablement parce qu'elle a été humaine. J'aime bien ce monde. D'ailleurs, être ici m'a permis de reparler à ma mère. Je ne peux pas dire que nous nous sommes complètement réconciliés, mais il y a un espoir. C'est déjà un début…

J'avais abordé le sujet de ma mère même si ça ne me plaisait pas beaucoup de faire vibrer une corde si sensible. Je sentais qu'il fallait que je donne à Proserpine de quoi se mettre sous la dent. Elle avait dans les yeux une lueur que je ne savais pas combattre. Elle n'aurait probablement pas lâché prise tant que je ne lui aurais pas livré une information sensible à mon sujet. Capituler rapidement me permettait de garder un certain contrôle sur ce que je lui sacrifiais.

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MessageSujet: Re: Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine] Dim 18 Juin - 17:32

Rien dans mes déclarations ne sembla troubler Cupidon. Il fallait dire que je lui laissais peu d'ouverture. Mon discours était d'une assurance parfaite. Je ne lui laissais même pas de doute sur ma relation avec Pluton, au contraire, on pouvait dire que je m'amusais à le narguer. J'avais connu d'autres hommes tout en continuant à l'aimer. Qu'en était-il de son histoire avec Psyché ? Il restait désespérément impassible, préférant déplorer l'affaiblissement des autres dieux. J’acquiesçais doucement. La jouissance de l'éternité n'est pas donnée à tous les caractères. Pour être immortels, il faut apprécier se projeter dans un futur immédiat sans jamais chercher la fixité. Sinon, viennent la lassitude, la déception puis l'apathie. Il faut accepter qu'il n'existe pas de but à long terme dans une existence aussi longue, qui n'est pas censé craindre la poussière de l'âge et le couperet de la mort. Nous avons tout notre temps. Nous pouvons nous tromper mille fois d'amant, nous égarer dans les bras de l'un d'eux un demi-siècle, perdre dix ans dans une carrière qui ne nous convient pas, méditer toute une ère sur un grand-oeuvre qui sera passé de mode au moment où l'on se sentira prêt, quelle importance ? Il est toujours possible de recommencer. Quand je pense à toutes les vies que je n'aurais pas eue si j'avais perdu ma jeunesse en trente ans, je suis effarée. C'est si peu pour connaître ses envie et faire les bons choix. Il est lamentable que des dieux gâchent cette chance. Et je ressens, pour cela, une pitié sincère à l'égard des hommes, ces petits êtres fragiles qui mourront en ayant pu explorer si peu de possibilités. Comment la plupart d'entre eux peuvent-ils déclarer que la vie éternelle est un cadeau empoisonné ? J'imagine qu'il est plus doux de s'en persuader, mais si peu imaginatif que c'est à pleurer.

Je ne peux cependant nier que la brèche a donné un souffle nouveau à mon existence. Si les Enfers m'ont permis d'échapper à la disparition progressive de notre monde, il est toujours plus intéressant de se retrouver avec d'autres partenaire sur un échiquier où les humains ne sont que des pions. J'étais plutôt seule sur Terre. Aujourd'hui, il faut composer avec d'autres divinités, avec des présences qui ne disparaîtront pas en quelques décennies et qui perturbent doucement l'ordre et les règles de ce monde. Je suis heureuse de retrouver de vieux amis et de découvrir d'autres immortels avec qui partager ses secrets pour profiter pleinement de la vie éternelle. Mais je ne suis pas intéressée d'exprimer toutes ces réflexions à Cupidon, je veux pouvoir identifier l'origine exacte de son changement et confirmer mes soupçons. Je pourrais peut-être m'engager dans une longue discussion afin de le mettre en confiance sans perdre mon objectif de vue, et c'est sans doute ce que j'aurais fait s'il n'avait pas soudain évoqué sa mère, dans l'intention probable de me détourner de Psyché. J'ai manipulé trop d'humain et suivi avec trop d'intérêt toutes les découvertes sur la psychologie humaine pour passer à côté de ces ruses grossières. Il ne me distraira pas, même si je semble prête à parler d'autre chose. Je dois l'être d'ailleurs, sinon il se méfiera et redoublera de prudence. Et puis, peu importe ses aveux directs. Ce qui confirmera mes théorie à force d'observation me suffira. Quand le doute ne sera plus possible, je l'attaquerai. Le combat est perdu ce soir, mais j'ai tout mon temps.

– Un espoir ? demandé-je en reprenant mon verre d'un air parfaitement tranquille. Venus serait prête à te considérer maintenant qu'elle a lâché Vulcain ? Pourquoi y accorder tant d'importance d'ailleurs ? Je n'ai pas revu ma mère, je ne pense toujours pas nécessaire de me réconcilier avec un jour.

Il y aura toujours des incompréhensions entre Cupidon et moi, à commencer par son acharnement à être validé et aimé, surtout par les personnes qui devraient avoir ce genre d'obligation – selon son idée – vis-à-vis de lui. J'ai le détachement plus rapide. Si, comme lui, je vis mal le rejet, j'y réponds en revanche par un rejet encore plus violent. J'aime me réserver le rôle de celle qui lâche prise, non pour me réserver le plaisir de revenir, mais justement pour être en paix avec moi-même, dans le rôle de la personne qui maîtrise la situation et qui est capable de s'en fiche pour passer à autre chose. La possessivité de Cérès, son acharnement à vouloir faire de moi sa fille idéale, n'était pas ma vision d'un amour maternel sincère. Il ne valait rien et ne vaudra jamais grand-chose. Le sujet m'agace toujours inexplicablement dans le fond, mais il serait vain d'imaginer qu'une réconciliation est ce que recherche ma colère. Le mal est fait, le passé ne s'efface pas. Il vaut mieux se créer de nouveaux attachements qu'essayer de passer outre sur ceux qui nous ont déçus pour des raisons très claires et identifiées.


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Deux vieux romains loin de Rome [Proserpine]

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