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Drôles d'oiseaux [Xaver]

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Date d'inscription : 27/01/2015
Emploi/loisirs : Serveuse au Velvet Dream. Prostituée.


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MessageSujet: Drôles d'oiseaux [Xaver] Lun 12 Déc - 22:18

C'était un samedi soir plutôt mouvementé au Velvet Dream. Atara et Deborah avaient eu l'idée d'organiser une soirée sous le thème des oiseaux et, comme à chaque événement du genre, l'endroit était plein à craquer. Nous avions fabriqué toutes sortes de décorations rappelant le thème à partir de plumes bon marché et de brindilles synthétiques. Certaines danseuses avaient une coiffure rappelant un nid et d'autres, parsemées de plumes colorées. Deborah faisait partie de la première catégorie avec son énorme coiffure dans laquelle était déposé un oiseau synthétique. Atara rejoignait la seconde, sa longue chevelure presque blanche faisant paraître les plumes multicolores encore plus saturées. La brune portait un soutien-gorge recouvert de petits morceaux d'écorce – je n'avais aucune idée de comment elle s'en était procuré –, un short en jean très court aux bords effilochés et des talons hauts à semelle compensée du même rouge que l'oiseau reposant dans le nid de cheveux. La blonde portait le même genre de chaussures, mais en blanc et couvertes de paillettes, ainsi qu'une robe blanche très décolletée avec une traîne couverte des mêmes plumes que celles dans ses cheveux.

En tant que serveuse, mon look était bien sûr moins élaboré que celui des danseuses. Je devais pouvoir servir les clients sans risquer de faire tomber un volatile ou tout autre morceau de costume dans leur verre. Mes mouvements ne formaient pas une parfaite chorégraphie plusieurs fois répétée et ma tenue ne devait pas gêner mes déplacements. Je portais donc un simple bustier violet, lacé à la manière d'un corset, rehaussé de petites plumes au niveau de la poitrine ainsi qu'une jupe très courte recouverte du même plumage et des bottes noires lustrées à talons très hauts. Mes cheveux étaient réunis en une tresse ébouriffée sur le côté droit de ma tête et mon maquillage était plutôt simple : rouge à lèvres
nude, paupières sombres, crayon noir et cils maximisés par beaucoup de mascara.

La soirée était déjà avancée quand j'aperçus Xaver. Je ne savais pas s'il venait d'arriver ou s'il était là depuis le début et que je ne l'avais simplement pas remarqué parmi tous les autres clients, mais je me sentis un peu mal à l'idée que j'avais peut-être semblé l'ignorer. Dès ses premières visites, cet homme avait attiré mon attention. J'avais remarqué qu'il venait seul, mais il ne ressemblait pas à nos habituels clients solitaires, lesquels manifestaient un évident désespoir ou une sorte de fanatisme envers les danseuses du Velvet Dream. Après quelques soirées de regards appuyés puis de salutations polies, je lui avais finalement réellement adressé la parole en me servant du prétexte de m'assurer qu'il était un client satisfait. Depuis, chaque fois qu'il venait, je trouvais une raison pour aller le voir. Quand il parlait, il dégageait quelque chose d'indescriptible, et cette particularité m'attirait. Il ne s'agissait pas de ce magnétisme naturel chez les dieux qui nous rendait souvent naturellement fascinants pour les humains; Xaver avait quelque chose de spécial.

Près d'une heure plus tard, après avoir profité de quelques occasions de m'accrocher au regard de Xaver et de lui sourire, je parvins à me libérer pour aller à sa rencontre. Il restait encore quelques clients, mais beaucoup étaient partis et ceux qui restaient se contenteraient bien des autres serveuses si je m'éloignais un moment. Je nous servis chacun un verre bien rempli et pris place près de Xaver. À cette heure, il m'arrivait de m'accorder un peu d'alcool et de me détendre.


-Tu apprécies la soirée d'ornithologie? J'adore les costumes… Jenna est spécialement splendide en paon, n'est-ce pas?

Je me perdis quelques secondes dans la contemplation de la création de ma collègue. Elle portait un maillot échancré recouvert de paillettes bleu foncé. Un tissu léger, probablement de la mousseline, selon ce que j'en devinais, à imprimé de plumes de paon se combinait à deux étages de tulle pour créer une traîne qui lui arrivait au bas des cuisses. Tout comme les autres danseuses, elle portait des talons vertigineux. Les siens étaient du même bleu que son maillot, mais sans les paillettes. De ses cheveux blonds, il ne dépassait que quelques minces mèches qui s'étaient échappés de sa perruque tout aussi bleue que le reste de son costume. Ses faux cils en plumes vertes étaient eux aussi saisissants.

Je ramenai mon attention à Xaver. Après tout, j'étais venue lui parler et non observer Jenna qui discutait avec Atara un peu plus loin – ou plutôt, qui recevait le flot incessant de paroles de notre patronne.


-Ça fait toujours plaisir de te voir! Et c'est cool que tu restes tard. J'aurais voulu venir te parler plus tôt mais, comme tu as dû le voir, il y avait foule. Tu es arrivé tôt?

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MessageSujet: Re: Drôles d'oiseaux [Xaver] Dim 22 Jan - 15:23

Je déteste les soirées déguisées. Je suis toujours en quête de ce subtil équilibre entre accoutrement extravagant et accessoires insuffisants. Si j'en fais trop, je suis ridicule, si j'en fais pas assez, on ne me remarquera pas ou alors pour de mauvaises raisons.
En même temps, cette soirée au Velvet était le prétexte parfait pour essayer une fois de plus de sociabiliser avec cette frange des habitants de New York. Non qu'ils me paraissaient cools, loin de là, mais ils semblaient ici correspondre à une norme de personnes jugées intéressantes. Alors il devait y avoir quelque intérêt à se faire connaître d'eux. À vrai dire, je prenais un peu sur moi car Atara m'insupportait au plus haut point. Ses babillages incessants m'inspiraient généralement un mépris relativement poli et ses longs cheveux blonds étaient une insulte ouverte à toutes les jolies filles des pays de l'Est.
Mais il y avait aussi cette serveuse, Emilia. J'avais vraiment l'impression que je lui avais tapé dans l'œil, mais ça me faisait bizarre de lui faire du charme sur son lieu de travail. Bref je m'en serais voulu de laisser passer toutes les occasions qu'allait probablement offrir cette soirée déguisée, même si le thème ridicule ne me disait rien qui vaille : les oiseaux ! Sûrement la plus mauvaise idée de thème depuis la triste invention des soirées déguisées.
J'avais longtemps cherché une idée de déguisement, mais je n'avais rien trouvé de satisfaisant parmi les personnages de fictions que je connaissais. Finalement, l'idée m'était venue pendant que je travaillais — ou jouais, je ne sais plus — sur mon pc avec la télé en fond, vers 5h du matin. À cette heure-ci, ils passent toujours un tas de reportages inutiles. Cette fois, il s'agissait d'un documentaire animalier sur des rapaces. La voix off, ennuyeuse au possible, évoquait la vie tout aussi ennuyeuse des Gypaètes barbus. Le nom était classe, il ne m'en fallait pas plus.
J'arrivai donc au Velvet, déguisé en Gypaète barbu. J'avais les cheveux teints en blond, tirés en mèches vers l'arrière, si bien que je ressemblais à Sonic le hérisson peroxydé. Mon nez était rehaussé d'un bec pointu en caoutchouc et mes yeux entourés d'un cercle rouge. Ma tête ovale complétait parfaitement le portrait du parfait rapace.
La soirée débuta plutôt mal quand un gros, dégoulinant de bourrelets, vint s'asseoir à ma minuscule table pour me déclarer avec ce qui semblait être un élan de sympathie : « Sympa le hibou ! ». Je lui jetai mon regard le plus méprisant et lui annonçai avec beaucoup d'emphase la catastrophe que représentait son manque de culture ornithologique. Après qu'il m'eut quitté, il sembla passer le mot à tout le monde quant au manque de sympathie dont j'avais fait preuve, puisque personne ne vint plus m'aborder. J’enchaînais alors les verres de l'immonde vodka qu'ils servaient au Velvet, espérant secrètement qu'Emilia fût ma prochaine serveuse.
Elle semblait regarder partout sauf dans ma direction, comme si elle m'évitait soigneusement. Elle s'extasiait devant les accoutrements ridicules, mais sa relative sobriété vestimentaire me fit une fois de plus imaginer qu'elle était peut-être différente de cette masse. La soirée passa et je remerciai silencieusement ma relative résistance à l'alcool. Pourquoi Emilia m'ignorait-elle ? Même Atara ne semblait pas vouloir m'empoisonner la vie avec des bavardages infinis ce soir. Est-ce que mon déguisement était raté ? Peut-être que les gens ne reconnaissaient pas le majestueux Gypaète Barbu ? La ressemblance était pourtant bluffante, de ce que j'avais pu en juger en m'observant dans le miroir !
Alors que je commençais à désespérer et à envisager de mettre un terme à cette soirée de mauvais goût, Émilia me lança quelques regards appuyés, remplit deux grands verres et se dirigea vers moi. Je lui en voulais d'avoir attendu aussi longtemps pour m'accorder l'attention que j'étais venue chercher, mais je décidais de ne pas lui montrer outre mesure.


— Tu apprécies la soirée d'ornithologie? J'adore les costumes… Jenna est spécialement splendide en paon, n'est-ce pas?

— Mmh. J'ai jamais aimé le bleu fluo. D'ailleurs, pourquoi choisir le paon alors qu'il existe des centaines d'espèces d'oiseaux bien plus intéressants ? Plastronner n'a jamais vraiment réussi aux piafs. Le coq et le paon exhibent leurs couleurs et claironnent où qu'ils aillent, mais aucun des deux ne sait voler et ils peinent à chasser plus gros gibier que de ridicules vers. Tu es bien mieux que Jena et sa roue en berne !

Je pris une gorgée pour laisser le temps à Emilia d'apprécier ma tirade et de profiter de la saveur du compliment final. Mais elle ne sembla pas avoir écouté et changea immédiatement de sujet :

— Ça fait toujours plaisir de te voir! Et c'est cool que tu restes tard. J'aurais voulu venir te parler plus tôt mais, comme tu as dû le voir, il y avait foule. Tu es arrivé tôt?

Je répondis amèrement :

— Je suis arrivé il y a quelques heures. Et cette vodka est décidément infecte, comparée à celle que je buvais à Kaliningrad. Mais je ne peux boire que ça, tous les autres alcools me filent la gerbe.

Je repris avec un ton plus conciliant :

— Tu as deviné en quel oiseau j'étais déguisé ?
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MessageSujet: Re: Drôles d'oiseaux [Xaver] Dim 26 Fév - 17:40

Certains clients se costumaient pour nos soirées thématiques. Beaucoup venaient vêtus normalement et se contaient d'admirer le spectacle et de profiter de l'ambiance. D'autres, que je trouvais hautement plus  originaux et intéressants, participaient pleinement à la soirée. Ce soir, il y avait quelques oiseaux reconnaissables et des gens qui avaient mis des plumes dépassant d'une poche ou d'un décolleté, tout comme des personnes à l'allure normale qui semblaient tout autant s'amuser. J'aimais comment tous venaient avec l'apparence qu'ils avaient envie d'avoir sans que se forme un climat de jugement envers ceux qui avaient choisi autre chose.

J'avais mal évalué Xaver. J'aurais misé sur un habillement normal si j'avais eu à prédire comment il serait vêtu s'il venait ce soir. Le découvrir en oiseau – un Gypaète barbu, me semblait-il – , me ravissait. Même si je comprenais bien que les gens n'aient pas le temps ou le budget nécessaires pour se procurer un costume, je préférais quand ils le faisaient. De plus, le souci du détail de Xaver m'impressionnait.

Je ne m'y connaissais pas vraiment en volatiles avant que mes patronnes n'imposent ce thème pour une soirée. Me demandant quel costume je pourrais porter pour l'occasion, je m'étais lancée dans une longue recherche sur les oiseaux aux looks les plus originaux, dans l'espoir d'en découvrir un qui me permettrait un look spécial. J'avais encore en tête le quetzal brillant, avec ses couleurs vives et sa longue queue de plumes. Je l'avais éliminé parce que je ne pouvais me permettre une traîne, puisque j'allais devoir zigzaguer entre les tables pour servir les clients. Le frégate, tout noir avec son énorme poche rouge, m'avait aussi inspiré quelques idées, mais je trouvais un peu vulgaire de mettre ma poitrine en valeur alors que je ne dansais pas. L'étourneau améthyste m'avait finalement charmée. Il me permettait d'avoir un costume très simple tout en sachant qu'il représentait quelque chose de réel.

J'avais découvert l'oiseau qui avait inspiré le costume de Xaver en même temps que beaucoup d'autres en effectuant ces recherches. J'avais remarqué que je me souvenais étrangement de presque tout ce que je lisais, depuis mon passage par la brèche. D'une recette de petits gâteaux jusqu'à l'allure exacte d'un oiseau que je ne rencontrerais jamais en vrai, en passant par les plus stupides informations sur les personnes qui me racontaient leur vie entre deux verres, j'absorbais les connaissances sans qu'elles en remplacent d'autres dans ma mémoire. Est-ce que je retenais tout? Je ne l'avais pas encore établi mais, depuis que j'avais réalisé que je me transformais en encyclopédie sur tout ce que je lisais ou observais, je me faisais un honneur d'en apprendre sur toutes sortes de sujets le plus régulièrement possible. Je me savais entourée de dieux plus forts que moi et, qu'ils soient mes alliés ou non, je devais m'armer si je voulais rester sur la planche de jeu.

Il était très étrange de voir Xaver en blond et ce changement me donnait envie, à la prochaine soirée, de changer mes cheveux moi aussi. Avec toutes les perruques qu'Atara et Deborah avaient acheté pour le Velvet Dream, le choix était grand. De quoi aurais-je l'air en rousse ou avec les cheveux bleus? Il me prit, pendant une seconde, l'envie débile d'aller à plein de soirées costumées avec Xaver. Qu'est-ce qui me prenait? Je m'emportais si facilement quand je m'imaginais me faire des amis…


— Mmh. J'ai jamais aimé le bleu fluo. D'ailleurs, pourquoi choisir le paon alors qu'il existe des centaines d'espèces d'oiseaux bien plus intéressants ? Plastronner n'a jamais vraiment réussi aux piafs. Le coq et le paon exhibent leurs couleurs et claironnent où qu'ils aillent, mais aucun des deux ne sait voler et ils peinent à chasser plus gros gibier que de ridicules vers. Tu es bien mieux que Jena et sa roue en berne !

Je clignai des yeux quelques fois. Je ne m'attendais pas du tout à ce genre de réponse. Pourtant, Xaver n'en était pas à sa première fois à me faire comprendre qu'exprimer du mépris ne lui faisait aucunement peur. Je me rabattis sur la toute fin, sur son compliment, après lui avoir demandé s'il était là depuis longtemps.

-Et merci beaucoup… mais le paon reste quand même un classique pour ce genre d'événement. Disons que son look très voyant est une bonne base pour se costumer!

Les commentaires de Xaver m'amusaient souvent, mais j'appréciais vraiment le costume de Jenna.

— Je suis arrivé il y a quelques heures. Et cette vodka est décidément infecte, comparée à celle que je buvais à Kaliningrad. Mais je ne peux boire que ça, tous les autres alcools me filent la gerbe.

Bon, encore la Russie! Xaver m'avait rencontré quelques anecdotes du temps où il y vivait. Je devinais une sorte de nostalgie en lui à ce sujet, ou alors je me l'inventais pour nous trouver un point commun. Même si j'avais détesté ma vie avant l'ouverture de la brèche, j'éprouvais de temps en temps une sorte de tristesse pour ce qui ne reviendrait plus jamais.

-Kaliningrad, Kaliningrad… On ne peut pas être tous experts en alcool! Et je parie qu'ils n'avaient pas d'endroits aussi cool là-bas! dis-je en lui faisant un clin d'oeil. Et puis, plus tu bois de vodka, moins le goût importe…

Je reprenais les paroles de Deborah maintenant.

— Tu as deviné en quel oiseau j'étais déguisé ?

- Oui, c'est trop évident! D'ailleurs, ça doit être la première fois que quelqu'un s'inspire du Gypaète barbu pour un costume. Excellent choix! J'aime spécialement les cheveux!


Je me tus subitement. Le fait que je connaisse cette espèce était-il bizarre? J'avais eu droit à des regards de travers quelques fois, alors que j'avais parlé d'une information retenue qu'on était étonné de me voir connaître.

-J'ai recherché sur les oiseaux avant la soirée… Bon, comme je voulais un costume pratique et simple, j'ai dû éliminer les trucs les plus originaux… et me voilà, couverte de plumes violettes. Tu connais l'étourneau améthyste? Il est trop joli.

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MessageSujet: Re: Drôles d'oiseaux [Xaver] Dim 2 Avr - 12:13

J’aimais cette douce simplicité qui émanait d’Émilia. Même si elle semblait régulièrement absorbée dans ses pensées en plein milieu de la conversation, comme si chaque réplique faisait travailler son imagination, elle restait attentive et rebondissait sur ce que je disais. Ça me changeait des gourdasses qui passaient leur temps à écouter mes histoires les yeux écarquillés. Non que je n’apprécie pas cette passivité teintée d’admiration, mais c’est tout de même un frein pour faire avancer une relation. Et puis elle avait réussi ce tour de force que j’enviais particulièrement : parvenir à trouver un déguisement qui ne fût ni extravagant ni ridicule tout en restant élégant. Le piaf qu’elle avait choisi pour modèle n’avait certainement pas la majesté d’un gypaète, mais au moins le portait-elle bien.
Je passai sans répondre sur la fadaise qu’elle me débita à propos du classicisme des paons lors de ce genre d’événèments. Comme si j’avais étudié les modes en vogue lors des soirées costumées sur le thème de l’ornithologie ! Mais comme d’habitude, la mode semblait préférer le bariolé à la prestance sobre. Des paons, il y en avait dans le parc à côté de chez ma mère, quand j’étais petit, si bien qu’une semaine sur deux je devais supporter le ridicule orgueil de ces animaux incapables de franchir une grille de deux mètres de haut. Ils étaient comme des vieilles coquettes en fin de vie : incapables de compenser leurs infirmités biologiques autrement que par la mise en scène outrageuse de leur apparat. Dommage, Jenna aurait pu être très jolie sans ça.


— Kaliningrad, Kaliningrad… On ne peut pas être tous experts en alcool! Et je parie qu'ils n'avaient pas d'endroits aussi cool là-bas! dis-je en lui faisant un clin d'oeil. Et puis, plus tu bois de vodka, moins le goût importe…


Je masquais difficilement ma déception. Je ne pensais pas Emilia capable de sortir de telles fadaises : on eût dit une de ces phrases toutes faites qu’affectionnait particulièrement Atara. Et puis j’avais moi-même formé toute une théorie au sujet de ce lieu commun que je partageai avec elle :

— Tu sais, je pense plutôt que c’est l’inverse. Plus on goûte à un alcool, plus on devient exigeant avec son goût et plus on requiert qu’il soit de qualité. Le goût s’exacerbe avec l’expérience d’un breuvage, même lorsque les papilles sont anesthésiées par l’hébriété. Par exemple, j’ai pris une grosse cuite à la Manzana (un immonde alcool à la pomme) quand j’étais ado, et maintenant la seule évocation de ce goût trop sucré me file des convulsions. Comme quoi boire beaucoup ne rend pas le goût moins important, bien au contraire ! Cette vodka c’est comme de l’eau de Javel, un peu ça passe et ça nettoie l’estomac, mais à partir d’une certaine quantité tes intestins se dissolvent et tu peux régurgiter la moitié de tes viscères fondues. Quand aux endroits sympas, Kaliningrad n’avait en effet pas de serveuses qui portent aussi joliment le violet.

J’espèrais qu’elle apprécie le compliment final et ma petite réflexion à contre-courant. Peut-être d’ailleurs l’avais-je formé par pur esprit de contradiction. Même si j’adorais les clichés, je détestais les voir étaler de façon naïve pour meubler une conversation, alors je prenais un malin plaisir à les déconstruire avec un peu d’agressivité. J’avais ainsi sauvé beaucoup de conversations d’un naufrage dans la platitude.

— Oui, c'est trop évident! D'ailleurs, ça doit être la première fois que quelqu'un s'inspire du Gypaète barbu pour un costume. Excellent choix! J'aime spécialement les cheveux! J'ai recherché sur les oiseaux avant la soirée… Bon, comme je voulais un costume pratique et simple, j'ai dû éliminer les trucs les plus originaux… et me voilà, couverte de plumes violettes. Tu connais l'étourneau améthyste? Il est trop joli.

Je la regardai avec surprise. Émilia me prouvai là l’étendue de son érudition. Derrière son air naïf et son manque d’assurance, elle cachait beaucoup de connaissances et de curiosité. Peut-être que je pourrais l’impressionner avec mon propre bagage intellectuel. Bon, je ne connaissais par contre pas du tout son oiseau ridicule — le nom était grotesque et j’imaginais mal qu’on puisse aimer un animal sous le seul prétexte qu’il était joli. Ceci dit, Émilia n’aurait peut-être pas eu autant de charme si elle s’était déguisée en Casoar.
Mais je sentais que je ne pourrais de toute façon pas faire le poids si la discussion se poursuivait sur l’ornithologie — et je n’avais pas grand-chose à foutre des piafs, je m’y étais juste intéressé par pragmatisme, pour la préparation de la soirée. J’essayai de l’emmener sur un terrain plus favorable et de prendre un peu la température de ses opinions et ambitions :


— Tu as dû servir du beau monde ici, ça t’est déjà arrivé de sympathiser avec le gratin new-yorkais ? Ça change beaucoup de la Russie ici ! Là-bas on ne pouvait pas discerner le pouvoir à la seule extravagance des comportements et des apparences : diriger et comploter nécessitait une certaine prestance que seuls quelques hommes sont capables de mettre en avant.

Je me rattrapai après avoir remarqué qu’une remarque aussi machiste passerait moins bien ici qu’à Kaliningrad :


— Et quelques femmes, j’imagine, même si je n’en ai jamais rencontré de telle. Jusqu’à aujourd’hui.

Je lui fis ce que j’imaginais être un sourire complice, même si je ne pensais pas une seule seconde qu’elle était ce genre de femme. Mais elle était jolie et, comme l’alcool commençait à me monter à la tête, j’essayais de donner plus de consistance à la perspective d’un dénouement idéal de la soirée.
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