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Mon canevas! [TERMINÉ]

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Blue_Krait
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MessageSujet: Mon canevas! [TERMINÉ] Dim 13 Avr - 18:43

J'avais bien failli inviter Lenny au Velvet Dream. J'avais encore du mal à cibler ce qui m'avait retenu de le faire. Pourtant, habituellement, je ne me privais pas de faire chier les gens.

J'avais demandé au blondinet de me rejoindre dans un sympathique café du quartier Empire, me disant que ça le changerait des salons de thé de sa mère. (En fait, je ne savais rien de sa vie, mais c'était ainsi que je l'imaginais: suivant sa mère dans des réunions débiles plutôt que s'amuser par lui-même.) J'avais rencontré Lenny des mois plus tôt, avant l'exécution publique qui avait grandement changé ma vie. Je l'avais trouvé complètement chou et il m'avait fait pitié, fragile créature à la merci de clients exigeants. Une fois chez moi, j'avais fait les bonnes recherches - je ne cesserais jamais d'adorer fouiller la vie des gens - et j'avais découvert son identité complète: famille, résultats scolaires, site internets les plus souvents visités...

Mon travail à New York m'ennuyait souvent. J'avais donc décidé de m'amuser à former ce jeune Lenny à devenir un as du plaisir, tout comme je l'étais. À première vue, il paraissait sans espoir, mais je me souvenais très bien que je n'étais pas du tout le roi du bal à la fin de mes études. Ce jeune garçon avait tout pour réussir: apparence avantageuse, famille suffisamment nantie pour qu'il se permette de sortir et, mieux encore: un professeur fantastique!

Sauf que toute cette idée datait d'avant mon séjour en prison. J'avais promis du temps à Lenny et j'étais disparu pendant des semaines...avant de refaire surface comme condamné à mort. Puis, tout aussi naturellement, j'avais encore disparu. Ethan m'avait traîné d'un guérisseur à l'autre pendant presque un mois parce que le feu magique de Loki était plus puissant que ce que les guérisseurs avaient l'habitude de soigner. Mon ami m'avait vu dans un état qui me faisait encore honte, maintenant que j'étais assez en forme pour fonctionner.

J'étais revenu sur la carte de New York au milieu du mois de mars. Je n'étais pas très en forme à ce moment-là, mais j'était capable d'interagir avec les gens.  Un minimum. J'avais repris contact avec mes amis pirates et avait essayé d'en savoir le plus possible sur Loki, ses plans, les autres dieux et, surtout, cette hystérique de Chloe Harrisson, laquelle s'avérait être la fille de Loki. Si je ne l'avais pas entendue le dire dans cette ruelle où j'avais failli laisser ma peau, je ne l'aurais jamais su. Cette information n'existait nulle part.

J'avais choisi une table à l'intérieur du café parce que, même si la température s'était radoucie en cette fin du mois d'avril, il ne faisait pas encore exagérément doux. Enfin, c'était l'excuse que je donnerais à Lenny s'il me posait la question. En réalité, j'évitais le soleil. Tout comme les douches brûlantes, les saunas...bref, toutes les sources de chaleur. Ethan avait réussi, grâce à ses contacts, à me sauver la vie, mais je porterais les conséquences de mon affrontement (inégal et ridicule) contre Loki: de minuscules braises magiques, sous ma peau, impossibles à déloger, qui brûlaient en permanence. Heureusement, de manière générale, elles se tenaient tranquilles et étaient à peine plus chaudes que ma température corporelle. Toutefois, elles s'emportaient si une autre source de chaleur les encourageait. C'était loin d'être génial, car je devais faire une croix sur les soirées à plusieurs dans un spa...

Les braises, justement. Elles ne faisaient pas que des petits caprices de brûlures quand l'envie leur en prenait. Elles brillaient. Comme...comme du feu. On voyait la lueur à travers ma peau, ce qui m'ennuyait prodigieusement. Il y avait vingt-trois minuscules lueurs orangées sur le devant de mon torse - un guérisseur avait soulevé qu'elles pouvaient être dues à la chaîne reliant mes menottes, laquelle avait fondu sur ma poitrine lorsque j'avais levé les mains devant moi - et elles m'avaient fait renoncer à mon emploi au Velvet Dream.  Je savais que je ne devenais pas moins attirant, surtout dans le cadre un peu théâtral de ce bar, juste parce que je dégageais de la lumière, mais cette différence me complexait un minimum. Je ne voulais pas l'afficher au monde entier.  J'étais particulièrement contre l'idée que des clients paient juste pour venir voir le type qui ressemblai à une galaxie.

Je vis mon petit Lenny arriver et un sourire me monta au visage. Voilà qui me divertirait bien: un être naïf à qui apprendre la vie! Il deviendrait une grande oeuvre; je le sentais. J'étais heureux qu'il ait accepté de me voir après tout ce temps et j'osais espérer qu'il venait plus pour mon charisme exceptionnel que pour voir de quoi un ancien condamné à mort avait l'air de proche.


-Lenny le sexy. Commande ce que tu veux et je paie. Sauf que tu ne partiras pas avant d'avoir accepté mes idées géniales te concernant.

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MessageSujet: Re: Mon canevas! [TERMINÉ] Lun 14 Avr - 16:07

Rester seul le soir, le week-end, pendant les vacances, avec ses livres et son ordinateur dans sa chambre, ce n’était pas très grave l’hiver. Les gens heureux se cachaient derrière des murs. Ils invitaient moins de monde, ne faisaient pas savoir à tout leur entourage qu’ils avaient un grand jardin, une piscine, n’avaient pas l’idée d’organiser des sorties au parc, au lac, et dans tous les lieux que le peuple se sent obligé d’investir en groupe dès qu’il fait beau. Lenny détestait le printemps, cette année plus que les autres. Il dirait même qu’il n’avait jamais autant détesté le retour du soleil. Le temps changeait et, inconsciemment, il voulait très certainement changer avec lui. Mais, pour faire quoi ? Sa vie sociale n’était pas inexistante, n’exagérons rien. Elle était nulle. Il n’aimait pas ses amis. Il détestait ses amis, ces rebus humains qui lui montraient chaque jour qu’il existait plus désespérés que lui. En classe, ils formaient le groupe honni des « intellos ». Tout juste plus brillants que la moyenne, ils devaient essentiellement leur surnom à une attitude renfermée, des goûts peu en rapport avec les modes du moment. Sandie et Yacov passaient leurs journées à parler de jeux vidéo, Allan méprisait à peu près tout et, contrairement à Lenny, ne semblait pas pourvu d'une once de sensibilité. Il vivait dans une bulle fermée à tout ce qui ne se passait pas dans sa tête. La seule chose qui les rassemblait vraiment tous les quatre, était le rejet viscéral qu’ils avaient pour le mainstream, et leur prétendue fierté de vivre en dehors des codes des adolescents de leur âge. En réalité, cela signifiait qu’ils avaient passé, comme les autres, une après-midi au parc la semaine dernière, en essayant diverses infusions de thé glacé autour d’un jeu de plateau que Lenny trouvait, pour sa part, prodigieusement ennuyeux. Pendant ce temps, les autres buvaient, chantaient, inventaient toutes sortes d’idioties. A seize heures, ils s’étaient quittés. A 19h, ils discutaient sur leur ordinateur pendant que les autres, certainement à moitié ivres, devaient commencer une soirée dans une grande maison. Blasé, Lenny n’avait même pas répondu aux enthousiastes « Faudra qu’on remette ça la semaine prochaine ! » de Yacov, et avait définitivement quitté la conversation lorsque Allan avait suggéré de programmer un « pique-nique littéraire » au lieu de récidiver avec un jeu.

Une année plus tôt, l’idée l’aurait peut-être attiré. Mais quitter le lycée comme il avait commencé le collège le déprimait. Pourtant, ses vagues efforts pour y changer quelque chose n’avaient jamais été très payants. Il se résignait à l’idée de finir solitaire le plus souvent possible, en acceptant les sollicitations de ses amis nuls le jour où la folie le guetterait, s’ils se souvenaient de lui. Pas la peine d’évoquer la lamentable soirée entre adolescents à laquelle sa mère l’avait forcé d’aller en janvier dernier. Toutes les personnes qu’il rencontrait sur internet semblaient décevantes ou, alors, il n’osait pas leur donner de véritables rendez-vous parce qu’il enjolivait bien trop sa personnalité derrière un clavier. L’été dernier, il avait eu un vague espoir de devenir un peu plus cool à cause de ce type qui lui avait laissé son numéro de téléphone. Presque un an plus tard, on ne pouvait pas dire que sa vie avait beaucoup évolué. Il ne se voyait pas comme ça à l’approche des dix-huit ans lorsqu’il était gamin, lorsqu’il était encore assez naïf pour croire que les expériences arrivaient forcément avec l’âge. La belle blague. Sa vie était si minable qu’il finissait par redouter chaque discussion à la simple perspective de tomber sur la question fatidique du « et toi, quoi de beau ? ». « Rien. Absolument rien. J’écris juste des trucs dont tout le monde se fiche dans mon coin, connard. », avait-il envie de répondre.

Mais il exagérait un peu (comme souvent). Depuis quelques jours au moins, des choses se passaient. Drake l’avait recontacté. C’était une histoire assez étrange que celle qu’il partageait avec ce jeune homme. Après s’être retrouvé avec son numéro de téléphone, il l’avait gardé trois mois sans lui donner de nouvelles. Puis, un soir de profonde mélancolie, après avoir subi le squattage intempestif de la petite amie de son frère pendant la semaine de vacance de ses parents, Lenny avait osé écrire quelque chose, un genre de « je veux bien te revoir » énigmatique, sans trop savoir où il voulait en venir lui-même. C’était une pulsion ridicule, il l’avait compris lorsque l’homme y avait réagi positivement. Non, non, il n’imaginait pas se comporter concrètement comme la dernière des trainées ! Cependant, des sentiments contradictoires l’avaient poussé à poursuivre épisodiquement la correspondance et, quand il s’était enfin senti prêt à accepter au moins un verre, Drake avait disparu. Son absence de réponse ne l’avait pas beaucoup perturbé. Ou, plutôt, il était retombé dans ses lamentations mentales en se disant qu’on l’avait encore abandonné. Pour se « venger », il avait même essayé des tchat gay, et, faute d’assumer, s’était inventé un avatar si mensonger qu’aucun échange n’avait jamais pu donner quelque chose. Il voulait, et reculait, systématiquement. Au final, en découvrant Drake parmi les condamnés à mort dans le scandale qui avait secoué la ville au début de l’année, il s’était senti terriblement honteux et avait renoncé à toutes velléités de rencontres en reculant de cinq mois. Il se jugeait débile et monstrueux. Les deux à la fois, parfaitement.

Mais, contre toute attente, comme revenu des morts, Drake l’avait recontacté. Au début, Lenny avait cru à une blague, ce qui ne l’avait cependant pas empêché d’être troublé une journée entière et de répondre presque sans réfléchir dans la seconde. Il semblait qu’après une longue parenthèse, les choses reprenaient comme elles avaient été interrompues, avec une invitation dans un bar. Certainement à cause des programmes estivaux déprimants de ses « amis », il avait répondu favorablement. Puis, il se l’était reproché. Il n’était peut-être pas bon d’être surpris en compagnie de quelqu’un qu’on avait voulu assassiner. En même temps, c’était gentil de sa part de se soucier encore de lui. Et après tout le mal qu’il avait pensé de lui en s’imaginant lâchement abandonné, Lenny lui devait bien ça. En tout cas, il essayait de justifier du mieux possible ce qu’il s’apprêtait à faire.
Il avait passé une nuit horrible. Ce rendez-vous lui donnait mal au ventre. En découvrant le contenu de sa penderie au réveil, il l’avait trouvée affreusement fade, remplie de jean aux coupes classiques, de chemises à manche courtes ou longues, une collection de pulls tricotés dans toutes les matières possibles et imaginables. Du noir, du beige, du blanc et du bleu. Sans conviction, il avait donc enfilé sa tenue traditionnelle, un jean bleu pâle, et la seule chemise dont il pouvait retrousser les manches pour avoir l’air vaguement branché. Beaucoup de gens connus s’habillaient comme ça non ? Certes. Mais ils n’étaient pas aussi dramatiquement maigres que lui.
Avant d’entrer dans le bar, il se préparait à ce qu’on lui ait posé un lapin. Aussi, fût-il presque surpris d’apercevoir Drake à une table. Il baissa aussitôt le regard pour donner l’impression de ne pas l’avoir remarqué tant qu’il ne se trouvait pas assez prêt de lui pour lui adresser la parole. En plus, il avait sans doute les joues toutes rouges. La faute au soleil, n’est-ce pas ? La manière dont l’homme l’aborda eut le don de le mettre encore plus mal à l’aise. Sexy ? A tous les coups, il se moquait de lui. Il lui lança un regard désemparé, s’assit et prir la carte en se trompant de sens. Il la retourna précipitamment.

- Des idées pour moi ? demanda-t-il sans comprendre. Je pensais que nous allions juste prendre un verre…

Comment avait-il pu accepter de venir ici ? Il était évident que cet homme était un type à problèmes. C’était comme si les choses horribles qu’il avait dû vivre ne l’affectaient pas. Lenny se sentait aussi curieux qu’effrayé en essayant d’imaginer ce que Drake avait réellement derrière la tête.
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MessageSujet: Re: Mon canevas! [TERMINÉ] Ven 16 Mai - 20:49

Un jour, je fabriquerais une fausse carte d'identité à Lenny et je l'emmènerais au  Velvet Dream. Ce n'était qu'une question de temps. Avais-je l'air assez patient pour attendre qu'il ait les 21 ans nécessaires à cette sortie? De nos jours, qui ne se munissait pas de fausses cartes d'identité?! Peut-être même que Lenny en possédait déjà une, mais l'idée me paraissait invraisemblable. Le petit m'avait semblé encore collé dans le moule qui avait servi à sa création et il me faudrait beaucoup d'efforts pour l'en sortir. Il me paraissait complètement démuni face aux joies simples de la vie et il était en mon devoir de lui fournir les armes parfaites dans le combat contre l'ennui.

Mon devoir? En fait, non. Je considérais ne devoir rien à personne, sinon un peu à Ethan parce qu'il m'avait sauvé la vie, et je détestais d'ailleurs cette certitude que, sans lui, je n'existerais plus. J'aurais voulu me débrouiller tout seul, comme j'avais l'habitude de le faire. En même temps, je me consolais en me disant que, bien que mon dieu préféré ait contribué à ma survie, il était celui qui m'avait envoyé dans la fosse aux lions en tout premier lieu. Me répéter ses torts m'aidait à éviter de me sentir redevable. Je me les rappelais donc le plus souvent possible.

Je ne me sentais donc pas obligé de m'occuper de Lenny. Je le faisais par envie de me divertir. À force, les mêmes passe-temps m'ennuyaient un peu: baiser, baiser et rebaiser des gens toujours aussi ennuyants les uns que les autres avait un charme que je ne pouvais nier, mais il me fallait de nouveaux défis, surtout maintenant que je devais choisir avec plus de prudence mes conquêtes: les gens sans pouvoir magique n'étaient pas tous prêts à se taper une constellation humaine.

Même si j'avais été stupide et aveugle en plus d'être insensible, je n'aurais pu ignorer que mon petit Lenny était mal à l'aise. Il empoisonnait presque l'air autour de lui tellement il irradiait le malaise. Petit être coincé que je sortais de sa zone de confort avant même d'avoir commencé le traitement choc. Je savais que lui rendre la vie plus belle serait une tache difficile. Je l'avais mentalement classé dans la catégorie des gens tirant leur force vitale de leur propre malheur, si insignifiant ce malheur soit-il. J'avais bien fouillé tout son ordinateur à distance et analysé chaque détail comme s'il s'agissait d'une enquête policière.  Je n'avais pas basé mon avis sur des impressions et des émotions. Je ne le faisais jamais quand je jugeais les gens. En fait, de manière générale, je me fiais presque exclusivement à mon sens de la réflexion quand je devais me faire un avis sur un sujet. Je priorisais l'analyse logique en toutes circonstances...en dehors du sexe.

Je concédais que mes salutations n'étaient pas des plus distinguées, mais je ne me moquais de mon invité qu'à moitié. À mon avis, sauf certaines exceptions, tout le monde avait un potentiel pour être sexy. Il ne suffisait que de l'exploiter de la bonne manière. L'attirance envers une personne ne se limitait pas qu'à sa similarité avec les vedettes hollywoodiennes que la population prenait pour dieux. Dans un tel cas, il y aurait eu beaucoup plus des vierges à vie.


- Des idées pour moi ?

Voilà. Je l'avais presque paralysé de peur par ma simple réplique.

-Je ne vais pas te jeter en pâture aux loups, t'inquiètes.

Des loups, non...mais des danseuses ou des danseurs, peut-être.

-Je pensais que nous allions juste prendre un verre…

La serveuse arriva et je me retins d'assassiner Lenny d'une réplique qui l'aurait encore plus fait rougir. J'osais espérer que je ne le pousserais pas à l'évanouissement. Les demoiselles en détresse pouvaient être si fragiles. Je fixai les fesses de la serveuse quelques secondes lorsqu'elle nous quitta avant de reporter mon attention sur Lenny.

-Je t'avoue que j'ai été assez impressionné par le contraste évident de ta personnalité... Entre comment tu es coincé et comment tu as presque tué cette femme d'une simple réplique - à la boutique, avant que le maire ne veuille ma tête plantée sur une pique à l'entrée de la ville. Je pense que tu t'enfonces dans une vie complètement chiante alors que tu as beaucoup de potentiel.

La blonde sexy revint à notre table et je lui fis un clin d'oeil alors qu'elle déposait notre commande.

-J'ai décidé de t'aider à ne pas passer à côté de ta vie.

J'avais bien choisi mes mots pour que Lenny comprenne que je ne lui laissais pas le choix. J'avais décidé qu'il serait heureux et épanoui et il n'avait pas son mot à dire. J'avais besoin de ce passe-temps pour me changer les idées après ces folies d'exécution et de petites lumières anti-spa-de-groupe et je ne le laisserais pas m'en priver.

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MessageSujet: Re: Mon canevas! [TERMINÉ] Ven 30 Mai - 15:30

Il se moquait de lui, c’était certain. L’ironie suintait cruellement de sa phrase. Lenny pariait déjà sur le fait que cette histoire de loups n’avait rien d’une métaphore. Il l’utilisait juste dans un registre absurde pour lui faire croire qu’il n’avait aucune raison de s’inquiéter. Son pouls s’accéléra un peu plus, sa gorge se nouait. Il essayait de contenir sa nervosité sans grand succès, incapable de trouver quoique ce soit à répliquer quand une maudite serveuse cru bon d’aggraver son trouble. Non mais quelle impolitesse, se jeter sur les clients ainsi ! N’avait-elle pas, au moins, une seule once de bon sens. Il venait tout juste de s’asseoir et n’avait pas eu le temps de consulter la carte qu’on lui demandait déjà de consommer quelque chose. C’était insupportable, certainement une ruse pour forcer la clientèle à passer une seconde commande ensuite. A chaque fois, il se faisait avoir. Il demandait la première chose qui accrochait son regard, et le regrettait la minute d’après en découvrant des boissons plus intéressantes. Cette fois, ce fut encore pire. Il ouvrit bêtement la bouche, examina des mots qui refusaient d’arriver jusqu’à son cerveau et finit par lâcher : « La même chose. » trop rapidement pour sembler naturel. Il n’avait même pas entendu ce que Drake avait pris. Il était fichu, perdu. Ce rendez-vous était déjà un désastre. Qu’allait-il faire s’il n’arrivait pas à rattraper le coup ? Il pourrait peut-être faire semblant de recevoir un message très important au sujet d’un devoir dont on lui apprenait que la date de rendu était en fait lundi ?

Il ouvrit nerveusement la messagerie de son i-phone avec dans l’idée de préparer une sortie imparable. Mais Drake avait d’autres choses à lui dire. Lenny releva la tête avec une certaine curiosité quand il mentionna l’incident qui avait marqué leur rencontre. Il avait perdu le contrôle ce jour là, comme il aurait pu le perdre quelques minutes plus tôt avec la serveuse. La vérité qu’il lui asséna était difficile à encaisser. Oui, sa vie était chiante. Le penser chaque jour était une chose, le recevoir en plein visage en était une autre. Il avait sa fierté. Il ne supportait pas qu’on vienne se mêler de ses affaires, surtout pour lui dire qu’il faisait pitié. Sérieusement, ce type se prenait pour qui ? D’un coup, la gêne disparut sans qu’il ne s’en rendît compte. La colère perça ses yeux gris, et il répliqua d’un voix plus froide que prévu :

- Du potentiel pour être désagréable ? Oui, ce n’est pas une nouveauté, tout le monde est au courant et tu n’as eu besoin que de quelques secondes pour le remarquer d’ailleurs…

Et, bien sûr, alors qu’il se sentait assez bien lancé pour affronter plus dignement le jeune homme, la greluche était déjà de retour avec les verres. Avait-elle besoin de réagir si vite. Elle devait vraiment s’ennuyer. Il poussa un discret soupir et, sans prêter attention aux simagrées de Drake, se figea presque instantanément en l’entendant dire qu’il allait l’aider à vivre sa vie. Il était sérieux ? Dans tous les cas, sa manière de lui présenter les choses était dégradante. Il l’avait clairement traité de gros coincé, ce qui signifiait qu’il renvoyait ce genre d’image à tout le monde. Bon, il s’en doutait, mais il était plus facile de soutenir le jugement d’une personne ouvertement méprisante que celui d’un individu qui estimait nécessaire de s’occuper de son cas. Sans rien lui demander, ce repris de justice voulait le prendre en charge comme un handicapé social. Si le but de Drake était de le faire réagir autrement qu’en piquant des fards, il avait gagné. Lenny ne lui aurait donné raison pour rien au monde. Ses problèmes d’estime de soi comme ses échecs relationnels ne regardaient que lui. Malgré tout ce qu’il pouvait penser de ses « amis », il était capable, en cet instant, de les défendre avec fureur pour sauver son honneur.

- Je vois, dit-il encore plus froidement. Donc, tu m’invites à prendre un verre pour m’humilier face à… quoi ? Ta réussite ? – Le sarcasme de la dernière question était évident. - Ma vie se porte très bien merci de t’en soucier. Je ne doute pas rater une expérience en ne faisant rien qui me conduira en prison, mais je crois sincèrement que je peux m’en passer.

Lorsqu’il avait violemment remballé la cliente de la boutique de sa mère, Lenny s’était senti très gêné. Mais sa mère n’était pas ici. Il se fichait donc totalement de vexer Drake au moins autant que celui-ci venait de maltraiter son amour-propre. On le sentait sur la défensive, braqué, prêt à sortir les griffes sans la moindre compassion pour l’autre. Mais, sous cette carapace, en dépit des saillies qu’il braquait droit sur l’ennemi, Lenny tremblait d’entendre d’autres vérités douloureuses. Il n’avait rien demandé. En tout cas, il n’avait pas souhaité ce genre de conversation. En cet instant, il voyait aussi rouge qu’un animal blessé prêt à mordre n’importe qui au sang, même un soigneur venu l’aider.


Dernière édition par Lenny Pinsker le Jeu 17 Juil - 17:22, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Mon canevas! [TERMINÉ] Ven 4 Juil - 23:37

Je ne m'étais pas vraiment questionné sur les motivations de Lenny à accepter de me rencontrer. Je m'étais simplement dit qu'il en avait envie, sans chercher plus loin. Je n'aimais pas inventer des intentions aux autres. Simplement, maintenant que je l'avais devant moi, je me demandais ce que ce garçon attendait de notre verre ensemble. J'en avais vu des plus jeunes encore que lui me draguer ou essayer de me nuire. Cela m'avait appris à ne jamais sous-estimer une personne ou sa volonté. J'osais croire que Lenny n'espérait pas que je l'avais invité dans le but de l'attirer dans mon lit. Il était beaucoup trop jeune pour moi. Plus âgé, avec sa bouille d'ange, je lui aurais fait oublier jusqu'à son nom...

- Du potentiel pour être désagréable ? Oui, ce n’est pas une nouveauté, tout le monde est au courant et tu n’as eu besoin que de quelques secondes pour le remarquer d’ailleurs…

Nullement impressionné par sa petite crise, je soupirai. Voilà qu'il comprenait tout de travers... Néanmoins, il venait de me fournir une information très intéressante: il se considérait comme désagréable. Plus: il était convaincu que tout le monde le trouvait désagréable. Je devais avouer qu'à sa manière de me répondre, je ne doutais pas qu'il puisse l'être régulièrement, mais de là à s'enflammer en cherchant une attaque dans mes paroles?

-Oh Lenny, mais tu te calmes, veux-tu?

La serveuse déposa deux boissons alcoolisées sur la table et je me félicitai de mon magnifique sourire: Lenny n'avait pas eu à se battre pour obtenir de l'alcool. Il n'était pas assez âgé pour qu'on ne lui demande pas une carte d'identité et, logiquement, la serveuse aurait dû exiger d'en voir une avant de le servir. Elle avait probablement été distraite par mon attitude charmeuse. Tant mieux.

Je pris une gorgée.


-Je ne suis pas ici pour te faire chier ou t'insulter. Je pense juste que je peux t'aider à te trouver toi-même plus facile à vivre.

-Donc, tu m’invites à prendre un verre pour m’humilier face à… quoi ? Ta réussite ?

-La vie ne se résume pas à l'auto-valorisation en rabaissant les autres...

Mais ce qu'il devait être plaisant à avoir à une fête, ce garçon! Je comprenais mieux pourquoi il passait tant de temps sur Internet: en vrai, il était probable qu'il use vite les nerfs. So négativisme commençait justement à émietter ma patience.

- Ma vie se porte très bien merci de t’en soucier. Je ne doute pas rater une expérience en ne faisant rien qui me conduira en prison, mais je crois sincèrement que je peux m’en passer.

Je pris une autre gorgée dans mon verre, un regard peu convaincu fixé sur mon interlocuteur. Je doutais qu'il ose s'adresser ainsi à ses parents ou à quiconque faisant partie de son quotidien. Il m'attaquait gratuitement et je ne lui faisais même pas la joie d'être insultée. S'il savait ce que j'en avais à faire, de l'avis d'un adolescent blond qui publiait des histoires débiles sur le net...

-T'as terminé ton discours, mon joli? Parce que je préférerais que tu trouves mieux que mon séjour en prison comme sujet pour essayer de me fâcher. À moins que tu veuilles que je ne te décrive en détails comment se passent les douches...?

Ma bonne humeur avait tout de même descendu d'un cran. Je m'étais attendu à une certaine résistance, mais je ne croyais pas que mon nouveua protégé se lancerait dans un tourbillon de frustration à demi justifiée.

-On va faire ça super simple, tu veux? Je ne te force à rien, alors pas besoin de me sauter au visage avec tes remarques ô combien éclairées sur ma vie. Tu as le choix: tu acceptes de voir ce que je peux te faire découvrir, t'enseigner, te montrer...ou tu restes dans ton petit confort facile, tel que tu l'es maintenant.

Je faillis ajouter une toute petite remarque sur certains sites sur lesquels Lenny avait navigué, mais je ne voulais pas qu'il sache mes techniques de recherche sur chaque personne m'intéressant un minimum.

-Alors voilà. Si tu me dis que tu es super heureux et comblé comme tu es, que tu ne pourrais rêver d'une vie plus stimulante, que tu préfères la tranquillité de ton existence présente à l'effervescence que je peux te faire connaître, je te laisse en paix. Je veux dire...à ton âge, je me branlais devant mon ordi et j'avais genre deux amis au maximum - des débiles en plus. Je n'étais pas un exemple social....Donc, je ne te juge pas. Je t'offre simplement une occasion de passer dans une autre catégorie.

Je terminai ma réplique d'un demi-sourire accompagné d'un haussement de sourcils. Je lui laissais le choix, au final, même après m'être moi-même convaincu qu'il agirait comme bon me semblait. Je voulais m'amuser avec Lenny, et un peu aussi à ses dépends, mais je n'arriverais à rien en le forçant. Il ne fallait pas que je déchire les jupes de sa mère dans lesquelles il était encore caché.

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MessageSujet: Re: Mon canevas! [TERMINÉ] Jeu 17 Juil - 18:20

Il le détestait. Il le détestait. Il le détestait. Il ne savait même pas pourquoi il se répétait cette phrase en boucle. D’ailleurs, il lui disait de se calmer. Le regard toujours mauvais, les lèvres excessivement pincées, Lenny l’écouta sans rien dire. Cette situation était à la fois terriblement déplaisante, et… étrange. Etrange en ce sens qu’il lui était peut-être déjà arrivé de la souhaiter, dans le fond. Oui, tout adolescent perdu n’avait-il jamais rêvé un jour de se faire tendre la main par un être qui lisait en lui, connaissait ses malheurs, promettait de l’aider ? Mais le sauveur n’était qu’une image, pas une personne, encore moins un homme comme ce Drake. Qu’est-ce qui lui prenait à ce type ? Pourquoi se mettait-il à jouer les bonimenteurs comme ces pseudo-maîtres vaudous à l’orthographe douteuse qui distribuaient leurs cartes de visite dans les boîtes aux lettres ? Il n’avait absolument pas envie d’entendre ses discours bien intentionnés d’adulte qui a déjà tout compris à la vie. Et, même si sa défense était minable, il comptait bien le lui faire comprendre. A défaut d’avoir fait reculer son ennemi, le blondinet lui trouva un visage plus fermé. Il avait réussi à le mettre de mauvaise humeur et ne s’en étonnait qu’à moitié. Se faire détester des gens en un temps record était très certainement son plus grand talent. Hélas, la colère n’atténuait pas les propos de Drake, bien au contraire. Il lui fit regretter d’avoir mentionné la prison en évoquant sèchement les douches. Le regard hargneux de Lenny se mua en une sorte de neutralité stupéfaite. Ses coups de sang étaient aussi rapides qu’éphémères. Il était bien trop nerveux pour tenir tête longtemps à ses interlocuteurs et, souvent, lorsque la discussion devait se poursuivre, il se figeait, comme en état de choc devant un événement qui le dépassait.

La suite lui sembla assez dure. Elle le laissa à moitié perplexe. Que voulait donc ce type ? Pourquoi lui demanda-t-il avec un air si agressif de le suivre pour en apprendre plus sur la vie. Qu’avait-il donc avec son existence, avec son « confort » comme il le disait. Il venait lui porter la bonne parole ou quoi ? Avec ses discours de grand philanthrope prêt à tendre sa main aux adolescents innocents et désireux de se corrompre avant l’heure prévue par leur destinée ? Sur le papier, la proposition avait des attraits, mais il lui était impossible d’y répondre favorablement vu la manière dont elle était présentée. Cela faisait sérieusement désespéré. Il n’allait pas non plus reconnaître qu’il se retrouvait dans la définition d’un geek efflanqué d’amis plus inutiles les uns que les autres.
Lorsque la douche froide s’arrêta enfin de tomber sur sa nuque, Lenny fit de son mieux pour se calmer et reprendre une respiration normale. Il desserra les dents et les poings, mais conserva quelques plaques rouges sur son teint de blond un peu trop sensibles aux grandes émotions.

- Et parce que tu étais un ado lamentable, tu t’es donné pour mission d’aider tout ceux que tu penses dans ta situation ? demanda-t-il en haussant un sourcil au-dessus d’un regard terne. J’ai l’impression d’entendre une publicité télé pour personnes désespérées. Comment suis-je censé réagir à ça, sincèrement ? Devrais-je sauter de joie parce que tu m’as élu pour me faire profiter de ta vie géniale ? Parce que depuis un an tu gardes mon contact avec ce genre d’idées en tête ? Je ne respire peut-être pas la joie de vivre, mais je me demande à quel genre de réaction tu peux t’attendre avec un discours pareil. Et pourquoi aurais-je envie d’un modèle comme toi ?

Et, tandis qu’il parlait en jouant nerveusement avec son verre, Lenny avait parlé d’une voix de plus en plus traînante, et pincée de mépris. Drake le laissait réellement perplexe. Sincèrement, comment pouvait-il se laisser atteindre par un type qui avait l’air d’avoir autant de problèmes à régler avec lui-même ? Même si sa proposition maladroite était bien intentionnée, elle restait parfaitement curieuse et déplacée. Ce n’était pas de cette manière abrupte qu’on aidait les gens, surtout qu’il n’avait pas demandé à être aidée. Enfin… Si… Peut-être un peu. Dans le fond, il était venu parce qu’il désirait ce que l’homme lui proposait, mais il n’était pas préparé à ce qu’un changement dans sa vie lui soit proposé aussi violemment. Là, il se sentait juste bloqué maintenant que tout était dit et exprimé, qu’aucun faux semblant n'était possible, qu’il ne pourrait plus agir en se donnant l’illusion d’être naturel.

- Tu es bizarre, assena-t-il après un silence. Je ne sais pas exactement ce qui m’a poussé à venir aujourd’hui. La curiosité… L’envie de sortir, peut-être. Tu vois, je peux me prendre en charge. Je n’ai pas l’impression d’avoir plus besoin d’aide qu’un autre.

Et sa voix continuait d’être lasse tandis qu’il continuait, avec cette expression de marmoréenne, impossible à briser sur son visage. C’était l’étape deux. Après la fureur, venait une sorte de renfermement blasé, attitude qui tenait à peu près jusqu’à la prochaine vexation. Il trempa les lèvres dans son verre sans grande conviction, en se rappelant vaguement être hors la loi… Et alors ? Il n’allait pas reculer alors qu’on l’avait si cruellement insulté. De toute manière, personne ne pourrait lui coller une amende. Il se sentait assez abattu pour user de sa magie sans la moindre réticence si une autre personne osait venir l’ennuyer.


Dernière édition par Lenny Pinsker le Lun 22 Sep - 18:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Mon canevas! [TERMINÉ] Lun 25 Aoû - 21:18

Je n'avais pas l'habitude de m'amuser aux dépends des autres. Certes, je ne me retenais pas de rire d'une personne dans une mauvaise situation, surtout si elle l'avait bien cherché. Toutefois, je ne provoquais pas volontairement le malheur de quelqu'un seulement pour m'en moquer. Si je voulais m'amuser avec Lenny, ce n'était pas par sadisme. Je ne lui voulais aucun mal. Je faisais juste un parallèle entre sa vie lamentable et celle qui avait été la mienne lorsque j'étais adolescent. J'avais stupidement envie de le sortir de là, et ce, qu'il en ait lui-même envie ou non. Bien sûr, ma principale motivation était le plaisir immédiat que je tirerais de le sortir de sa zone de confort mais, au-delà de cela, je sentais en moi un réel intérêt pour le positif qu'un peu de bon temps pourrait représenter pour un jeune solitaire comme ce petit blond.

Je comprenais que Lenny préfère la compagnie d'un réseau apparemment infini que celle de sa mère et qu'il passe beaucoup de temps devant son ordinateur plutôt que sortir de sa chambre pour aller se taper les conversations soporifiques de cette femme qui l'avait mis au monde. Moi-même, à ce âge, je restais enfermé loin de la femme qui me manquait le plus aujourd'hui. À l'époque, je n'en pouvais plus d'elle et de son amour démesuré pour cet homme qui ne serait jamais mon père. Mon affection pour le piratage me paraissait beaucoup plus saine. Pour Lenny, l'écriture d'histoires romantiques devait représenter le même genre de salvation. Quant à certains sites qu'il fréquentait...bref, il était un jeune homme sur la fin de son adolescence et c'était très normal.


- Et parce que tu étais un ado lamentable, tu t’es donné pour mission d’aider tout ceux que tu penses dans ta situation ?

-Tous les ados sont lamentables.


Les adultes aussi, d'ailleurs.

-J’ai l’impression d’entendre une publicité télé pour personnes désespérées. Comment suis-je censé réagir à ça, sincèrement ? Devrais-je sauter de joie parce que tu m’as élu pour me faire profiter de ta vie géniale ? Parce que depuis un an tu gardes mon contact avec ce genre d’idées en tête ? Je ne respire peut-être pas la joie de vivre, mais je me demande à quel genre de réaction tu peux t’attendre avec un discours pareil. Et pourquoi aurais-je envie d’un modèle comme toi ?

À première vue, mon sujet d'étude tout en blondeur pouvait paraître timide. En fait, il était un petit ouragan qui n'attendait que de se déchaîner contre quiconque frappait là où ça ne lui plaisait pas. Comme tout bon ouragan qui se respecte, il manquait d'organisation et de logique.

-Je n'ai pas décidé de garder ton contact,  Lenny. Je n'ai pas trop accordé d'attention à mon téléphone alors que j'étais en prison des semaines durant.

J'avais parlé sèchement. Il commençait très sérieusement à me faire chier.  J'inspirai lentement pour calmer la frustration que son ingratitude et son dédain avaient allumée en moi et entrepris d'au moins lui expliquer d'où je sortais après si longtemps.

-Je ne me suis physiquement remis des blessures qui m'ont été faites le jour de l'exécution que tout récemment. Je t'épargne les détails sanglants; je veux éviter que tu me les balances au visage la prochaine fois que je dis un mot de travers. Entre temps, je n'ai pas pris le temps de mettre mon carnet d'adresses à jour.

Voilà qui mettait les choses au clair. Je n'étais pas un maniaque qui avait observé son nom parmi les contacts enregistrés dans mon téléphone pendant des mois en me languissant. Je n'avais refait surface que tout récemment et j'avais essayé de reprendre ma vie à peu près où je l'avais laissée, même si certaines réalités avaient définitivement changé.

- Tu es bizarre.

-C'est le commentaire le plus original qui m'ait été fait.


J'avais parlé avec un petit sourire, mais mon entrain était minime. Son attitude m'avait épuisé.

-Je ne sais pas exactement ce qui m’a poussé à venir aujourd’hui. La curiosité… L’envie de sortir, peut-être. Tu vois, je peux me prendre en charge. Je n’ai pas l’impression d’avoir plus besoin d’aide qu’un autre.

Je ne savais pas s'il se justifiait envers moi ou envers lui-même. J'avais lu ses textes et ses conversations. Je savais que ce jeune homme avait besoin d'une autre existence que cette vie sans saveur dans laquelle il choisissait chaque matin de faire un pas de plus. Toutefois, je n'avais pas envie de me battre avec lui. Je lui avais expliqué mes intentions et j'avais même argumenté. Je ne pouvais pas prendre de décision à sa place. S'il ne voulait pas de mon aide, il allait s'en passer. Je ne prétendais pas être un sauveur, et surtout pas une grande âme qui s'oubliait pour servir les autres. Cette idée d'enseignement ne m'intéressait plus si elle me demandait trop d'efforts. Tant pis.

-Si tu le dis, Lenny. Je suis cependant convaincu que chaque personne peut accepter de l'aide. Si tu considères que mon offre ne te va pas, c'est ok. Pas besoin de m'attaquer ou de paniquer. Je vais te laisser tranquille. De toute manière, tu dois être super occupé. Tu as dit toi-même que tu as une vie moins lamentable que la mienne. Alors tant mieux.

La psychologie inversée me venait toute seule. J'y croyais même un peu moi-même. Je parlais avec une sincérité apparente: aucun sarcasme, aucune condescendance. Je me trouvais génial. Je me félicitai en avalant d'un trait ce qui restait dans mon verre.

-En plus, je suis moi-même occupé à reprendre contact avec les gens qui n'ont pas eu de mes nouvelles durant ma convalescence, tu vois. Plein de petites fêtes en vue pour moi: le bonheur total.

Je poussai jusqu'à lui faire un clin d'oeil complice.

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MessageSujet: Re: Mon canevas! [TERMINÉ] Lun 22 Sep - 18:03

Tous les adolescents sont lamentables. Il pouvait difficilement jurer le contraire, puisqu’il passait son temps à les mépriser et se réjouissait d’ailleurs à l’idée de n’avoir plus que quelques semaines à passer au lycée. Il attendait cette libération avec impatience, l’imaginait pleine de grandes promesses. Lenny s’était convaincu qu’une très grande partie de ses problèmes disparaîtraient grâce à l’université, comme il l’avait fait trois ans plus tôt en faisant de son départ du collège un saut majeur de son existence. Il espérait ne pas y retrouver les mêmes déceptions. La seule chose qui avait véritablement changé était l’attitude des autres vis-à-vis de lui. Au lycée, les élèves se moquaient un peu moins de lui ou, en tout cas, ils ne le faisaient plus avec le même acharnement. A force de monter les échelons, il finirait bien par s’entourer de personnes qui sauraient reconnaître sa valeur, apprécier ses conversations. Il n’en pouvait plus de tous ces imbéciles heureux qui préféraient rire d’un condisciple intéressé par les cours et trouvaient intelligent de lui faire perdre l’envie d’y participer. Des « ados lamentables » oui, qui se pensaient plus malins parce qu’ils avaient pris leur première cuite et choppé leur première mst. Ils voyaient sur le court terme, ils n’arrivaient pas à comprendre que, dans quelques années, tout le monde aurait réalisé les mêmes exploits et se ficheraient de leurs frasques comme de cette chaussette orpheline oubliée au fond d’un tiroir.

Mais laissons là toute cette haine qui travaillait ardemment notre pauvre blondinet. Les propos de Drake le mettaient véritablement mal à l’aise. Il s’était lancé trop passionnément sur le sujet de la prison. C’était une maladresse, il le reconnaissait. Cet homme avait souffert et, au lieu de se censurer comme n’importe quel individu sensible, il avait mis les pieds dans le plat, appuyé sur la corde la plus tendue possible en se fichant des conséquences. Ce genre de chose lui échappait toujours malgré lui. Quand on l’attirait sur un terrain qui lui déplaisait, Lenny rendait la pareille. Il ne réfléchissait pas. Ou, plutôt si, quelque chose le poussait à la faire. La pensée qu’il risquait de réellement blesser la personne, au lieu de le retenir, l’incitait à attaquer. Et ensuite ? Il lui arrivait de s’en vouloir. Ce n’était pas systématique. Mais, avec Drake, il se sentait finalement coupable. Cet homme n’avait à aucun moment cherché à lui nuire. Il y avait même une certaine sincérité qu’il devinait dans sa démarche. Même s’il ne pouvait y répondre avec le sourire, il le lui accordait. Son interlocuteur avait traversé des épreuves qui réclamaient un immense courage. Il pouvait peut-être lui apporter quelque chose. Pourtant, il le sentait, en cet instant, si différent de lui, qu’il l’intimidait. Et, de toute manière, il venait de tout gâcher. Que pouvait-il faire d’autre que le fixer bêtement en acquiesçant à ses propos pour lui « promettre » de ne plus jamais évoquer sa captivité ?

Drake lui assura qu’il allait le laisser tranquille. Etrangement, ce n’était pas une bonne nouvelle. Encore une fois, il lui semblait qu’il avait gâcher quelque chose, une amitié possible peut-être ? Mais, enfin, ce n’était pas seulement sa faute. Cet homme avait une attitude trop perturbante pour ne pas éveiller la méfiance ! Et, même s’il sentit très bien la pique qu’il lui adressa en évoquant ses activités passionnantes, il n’avait pas tort… Tout le monde avait mieux à faire que suivre un inconnu étrange. D’ailleurs, il devait réviser pour obtenir une mention au bac et rendre vert de jalousie tous ces imbéciles qui se moquaient de lui et pleureraient dans deux mois en se découvrant recalés ou refusés dans les meilleurs universités. Ça, au moins, c’était du concret, et une satisfaction sûre, dans un futur proche. Il n’allait certainement pas se laisser narguer par Drake qui justifiait presque sa méchanceté en lui faisant miroiter des fêtes auxquelles il ne serait pas invité. Défait, Lenny le regarda un long moment, avant d’oser une réponse ambivalente.

- Alors je te souhaite bien du plaisir. J’imagine que tu as du temps perdu à rattraper, et moi, j’ai des examens à passer. Je suppose que tu trouves le programme de mes prochaines semaines terriblement plus ennuyeux que le tien, mais j’aurai tout le temps de m’amuser plus tard.

Il lui rendit un sourire de biais léger, presque complice. C’était le meilleur compromis qu’il avait trouvé. Il refusait de laisser la victoire à Drake sur aucun point. Hors de question de revenir sur ses paroles pour s’excuser de s’être emporté et réclamer une seconde chance, bien sûr, mais il ne pouvait pas non plus se fermer entièrement à sa proposition et rester dans le rôle de garçon coincé que l’homme lui attribuait. Lenny ne savait pas très bien dans quel jeu il s’embarquait. Il se laissait guider par sa fierté qui refusait d’être contrariée par une personne envers laquelle il éprouvait une certaine admiration. Il avait passé une grande partie de son existence à se faire traiter de « nolife inutile » et autres choses dans ce goût là, mais jamais cette étiquette ne l’avait autant touchée qu’aujourd’hui… Oui… Jamais… Et il osait regretter d’avoir rappeler à ce type les sévices de sa vie carcérale ? Il l’avait bien mérité !

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MessageSujet: Re: Mon canevas! [TERMINÉ] Ven 7 Nov - 15:10

Dès que j'avais découvert le piratage, il avait fait partie de ma vie. J'y pensais en cours, je réfléchissais à des tactiques plutôt qu'écouter les imbécilités que le professeur voulait que je retienne par coeur. Quand j'étais à la maison, je passais tout mon temps enfermé dans ma chambre, les yeux rivés sur mon écran. Ma passion ne m'empêchait cependant pas de sortir (à peu de frais, vu mes moyens limités) avec des amis ou...des amis intimes.

J'avais donné mon premier vrai baiser alors que j'avais onze ans, à un garçon de ma classe qui faisait pus âgé. Je n'avais pas expliqué à ma mère pourquoi j'étais revenu de l'école avec le visage en sang. De toute manière, à ce moment-là, j'étais persuadé qu'elle me demanderait de m'excuser auprès du garçon en question pour mon comportement déplacé. Je n'avais rien raconté à ma mère de mes premières expériences amoureuses, lesquelles s'étaient d'abord déroulées avec des filles. (J'avais compris la leçon et je m'étais montré plus prudent par affection envers mon joli visage.) Je ne lui avais rien dit de la petite reputation que j'avais commencé très tôt à me faire, convaincu qu'elle ne comprendrait rien. J'avais couché avec une fille «avant l'âge» selon les bonnes moeurs. J'avais un peu moins de quatorze ans et elle croyait que j'en avais seize. J'avais appris très jeune que les mensonges étaient une arme puissante. De toute manière, même en disant la vérité, on ne se garantissait pas la confiance des autres. À quoi bon se priver? Le mensonge faisait donc partie intégrante de mon langage, et ce, depuis l'enfance.

Il m'avait fallu moins d'un an après ma première expérience avec une fille pour accepter les avances d'un mec...puis d'un autre, un autre et encore un autre. Je m'étais laissé aller dans cet univers que beaucoup qualifieraient de trop adulte sans chercher à comprendre pourquoi j'avais besoin d'aller si vite. Encore aujourd'hui, je trouvais un bonheur psychologique intense dans l'accomplissement de l'acte sexuel avec une autre personne. J'aimais cette source de plaisir pour ce qu'elle était: un rapprochement physique entre deux personnes recherchant la jouissance. Je n'étais pas l'un de ces machos qui tiraient leur satisfaction de la chasse et qui couraient derrière une proie de plus à ajouter à leur tableau d'honneur. Si on ne voulait pas rapidement de moi, je laissais tomber. Rien ne m'allumait moins que l'absence de désir de la part de l'autre personne.


- Alors je te souhaite bien du plaisir. J’imagine que tu as du temps perdu à rattraper, et moi, j’ai des examens à passer. Je suppose que tu trouves le programme de mes prochaines semaines terriblement plus ennuyeux que le tien, mais j’aurai tout le temps de m’amuser plus tard.

Pourquoi faisait-il l'effort de souligner ce qu'il croyait être mon avis? Ce petit était déconcertant. Manquait-il d'attention à ce point? Il venait de m'ouvrir une porte sans aucune subtilité. Espérait-il que je m'y engouffrerais pour le piquer et lui prouver qu'il avait raison de refuser mon aide parce que j'étais ô combien mal intentionné, au fond? Au contraire, peut-être souhaitait-il justement que je le contredise et l'encourage... Je détestais les jeunes. Il pouvait bien se donner à fond dans ses études; je n'en avais rien à faire. Je ne m'étais toujours intéressé que modérément à mes propres résultats scolaires. Alors, pour ce qui était de ceux de Lenny Pinsker...

-Je te le souhaite sincèrement, Lenny.

Sourire innocent.

Je sortis l'argent nécessaire pour payer les consommations et pour laisser un généreux pourboire à la serveuse et je le déposai sur la table. Je déchirai un bout de ma serviette de table en papir pour y inscrire mon numéro de téléphone et je glissai ce dernier entre les billets. Avec un peu de chance, le sourire que m'avait adressé la serveuse n'était pas simplement courtois.


-Bonne fin de journée, le blondinet. Si tu retrouves la raison, tu as mon numéro.

Un fois dehors, je sentis de petits picotements sur ma poitrine. Même à travers le tissu, le soleil faisait réagir mes parasites lumineux. Cette constatation acheva ma bonne humeur déjà ternie par le refus de Lenny et je filai directement chez moi. Il n'y avait rien que quelques heures passées avec mon matériel informatique ne règlerait pas.

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