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Les livres aussi voyagent [Dolyn]

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Date d'inscription : 28/01/2014


Feuille de personnage
Phobie: Devoir renoncer à ses valeurs
Ambition secrète: Offrir un bout du monde au peuple des forêts

MessageSujet: Les livres aussi voyagent [Dolyn] Mar 10 Jan - 20:31

Le plus intéressant dans une bibliothèque n'étaient pas les ouvrages qui se trouvaient dans le registre mais, bien entendu, ceux qui n'y figuraient pas. De la même manière dans les archives des naissances et décès enregistrés à la mairie, il était toujours bien plus intéressant de se concentrer sur les personnes non-déclarées alors qu'elles semblaient là depuis toujours, ou sur des individus nés un siècle plus tôt et dont rien n'indiquait le départ ni la mort. Dans près de 50 % des cas, on finissait par remonter la trace d'un être magique. Même chose pour les affaires non élucidées de la police. Et à la bibliothèque ? Les livres jamais ou peu empruntés étaient toujours suspects. Ils avaient le titre le plus rasoir du monde, une couverture atroce, un style alambiqué illisible et bourré de fautes d'orthographe. Les gens les feuilletaient sans doute parfois par curiosité, puis les reposaient en songeant qu'on avait dû les acheter à un auteur illuminé pour lui faire plaisir. Par exemple, le volume avec la tête d'un vieil homme chauve très laid visiblement agrandie et découpée sur paint, que Merwyn feuilletait avec concentration, aurait dû effrayer n'importe qui. Le titre lui-même n'envoyait pas du rêve : Les Inflorescences des saxifragacées. De nos jours, il était vrai qu'avec l'auto-publication, les spécialistes de domaines assez pointus pour n'intéresser personne essayaient sans grand succès d'envahir le marché, mais qu'un tel ouvrage se trouve dans une grande bibliothèque restait consternant. Ils se repéraient de cette manière. En réalité, l'adjoint à la mairie tenait un livre joliment relié sur les plantes magiques d'Amérique du Nord. Celui-là n'avait encore jamais trouvé preneur. Mais il venait vérifier de temps en temps si les titres magiques étaient bien sur les étagères. Avec son charisme de faune, il ne lui était pas très difficile d'aller faire les yeux doux à une stagiaire pour lui demander si elle pouvait chercher dans ses données la dernière personne à en avoir retiré. Il y avait toujours des avantages à découvrir qu'un étudiant de vingt ans passait de lectures sur les exorcismes à des abécédaires de démons simples à invoquer. Mais toutes ces œuvres n'étaient pas d'une préciosité énorme. Elles n'avaient de magique qu'une apparence illusoire, et ne contenaient que des informations pratiques, faciles à vérifier. C'étaient aux archives que se dissimulaient les textes les plus anciens, et souvent les plus dangereux.

Aujourd'hui, Merwyn n'intriguait presque pas. Ou plutôt si, il cherchait un grimoire qui n'en était pas un, un artefact créé par un sorcier irlandais pour se nourrir de l'histoire d'une ville et ses habitants. Longtemps considéré comme légendaire, il avait appris par d'autres créatures que le livre reposait dans les archives de la ville, comme l'avait confirmé le descendant de ce sorcier un siècle plus tôt en mettant au défi quiconque de l'en déloger. C'était un défi tentant. Malheureusement, le livre changeait souvent d'apparence, même sous un œil magique, et ressemblait à quelque chose de très banal, comme à l'édition originale d'un Jack London. Il aurait fallu tout feuilleter un à un, cela en considérant qu'un archiviste aurait laissé quelqu'un toucher à des titres excessivement protégés qui ne se consultaient jamais que sous rendez-vous et pour une durée limitée afin de ne pas abîmer le papier. Un archiviste magique et zélé aurait pu y consacrer une partie de ses journées, diriez-vous alors. Mais ce n'était encore pas évident, car la place du livre pouvait aussi changer et, même si quelqu'un le trouvait, il était impossible de lui faire quitter la pièce si on ne possédait pas un sang assez proche de la lignée du sorcier. Un pas de côté le livre en main, et il disparaissait. Cependant, Merwyn avait un arbre généalogique assez complet, tenu à jour depuis un millénaire, qui lui permettait de savoir que sa famille avait connu quelques mariages avec celle de ce magicien, même si les derniers remontaient au XIVe siècle. Il n'en descendait pas moins en partie. Au-delà du plaisir de gagner un trophée particulièrement rare, le demi-faune était très intéressé par ses pouvoirs. En restant dans la bibliothèque, l'ouvrage se nourrissait de tous les titres en rayon, ce qui permettait tout aussi bien de lui donner l'air d'un Twilight que d'un Steinbeck. L'important était que la personne à qui vous le prêtiez le lise d'un bout à l'autre, ce qui constituait déjà une petite contrainte, notons le. Ensuite, les choses devenaient plus amusantes. Tout est parfaitement normal tant que le livre ne retourne pas en votre possession mais, dès lors, les souvenirs de son dernier lecteur sont remplacés par ceux d'un personnage de roman, souvent le plus marquant, avec l'aller simple évident pour l'asile quand on est persuadée d'être une reine du Moyen-âge soudain projetée dans une époque étrange et à la recherche de son chevalier-servant. Il ne fallait cependant pas se tromper de cible, car le sort avait besoin de dix années pour se recharger. Dans l'immédiat, Merwyn ne visait personne en particulier, mais ça restait une arme qu'on appréciait avoir sous le coude.

Pour l'accès aux archives, Merwyn ne s'était pas fait un souci immense. Il avait toujours son sourire ravageur avec lui, et une astuce toute trouvée pour identifier le livre rapidement à partir du moment où on le laisserait seul dans la pièce qui l'intéressait. Il avait passé un appel quelques jours plus tôt pour demander à ce qu'on lui réserve l'endroit pour l'étude d'un vieil ouvrage d'urbanisme sans réel intérêt pour lui, ce qui n'avait pas été difficile grâce à son statut. Il ne lui restait plus qu'à obtenir de n'avoir personne derrière son dos. Or, lorsqu'il se retrouva face à l'archiviste, un léger malaise le traversa. Son instinct de créature sentait de la magie en lui. De quelle nature ? Il était bien incapable de le dire, et s'il s'agissait d'un sorcier, le jeune homme pouvait ne pas en avoir conscience. Il ne changea donc rien à ses plans. Et, c'est avec le visage le plus aimable et doux du monde qu'il le salua :

– Bonjour monsieur, Merwyn Caerwyn, adjoint à la ville, je vous ai appelé mardi pour pouvoir étudier dans les archives une petite heure.

Il n'acheva pas son numéro car un nom sur le bureau retint son attention. Sangreth n'était pas franchement le genre de nom de famille qu'on oubliait, et il avait fallu une lignée de sorciers avec quelques représentants assez particuliers pour oser changer un noble nom de famille écossais par ce pseudonyme étrange. Il ne connaissait pas toute l'histoire, ni le pourquoi exact, mais il connaissait les Sangreth de réputation, et respectait leur famille qui avait su rester proche de sa nature. Que l'un de leur plus jeune représentant soit à New-York était intéressant. Ça n'arrangeait pas ses affaires immédiates, mais il pouvait s'en faire un allié si leurs buts se croisaient.

– J'imagine que vous êtes en fonction depuis peu. Que pensez-vous de la collection de la ville de New-York ? Je dois reconnaître qu'elle m'a surpris la première fois. Ça n'égale bien entendu pas Londres, mais il est toujours incroyable de voir comme les vieux livres peuvent voyager, et si triste de voir si peu de lecteurs s'y intéresser.

Le ton était banal, autant que le propos, mais si ce Dolyn était bien formé à la magie comme ses parents, il comprendrait aisément le message caché, et connaissait peut-être déjà les origines de son nom de famille. Pour ce qui était du grimoire qu'il était venu chercher, rien ne pressait. Il préférait gagner l'amitié du jeune homme et vérifier les effets de sa magie sur lui avant de prendre le risque que l'on découvre ses intentions, surtout qu'il pourrait sentir les forces anormalement à l’œuvre dans la pièce une fois qu'il activerait ses dons pour trouver son artefact.

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